Le 27 octobre 2026
Une pure merveille pour le cœur, les yeux et les oreilles ! Alexander Murphy atteint une forme de perfection dans l’art du documentaire.
- Réalisateur : Alexander Murphy
- Acteur : Lisa O’Reilly
- Genre : Documentaire, Drame social, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français, Irlandais
- Distributeur : Dulac Distribution
- Durée : 1h36mn
- Titre original : Tin Castle
- Date de sortie : 28 octobre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Le long d’une route oubliée, la famille O’Reilly vit dans une vieille caravane échouée au milieu des champs. Pa, Lisa et leurs dix enfants traversent les saisons dans ce fragile château de tôle, héritiers d’un mode de vie en sursis. Menacés d’expulsion, leur équilibre précaire vacille, mais ils résistent, fidèles à leurs traditions. Les enfants rient, les chiens aboient, la caravane tient encore… mais pour combien de temps ?
Critique : D’abord, on ne voit que l’entrée percée d’une humble vitre à travers laquelle un flopée d’enfants entrent et sortent, n’hésitant pas d’ailleurs à braver la caméra. C’est le mobile home où cette famille de voyageurs habite, un bout de ferraille qui ne finira pas l’année, avec devant une route bruyante traversée par les voitures et les vaches, et à perte de vue, derrière, les champs et les forêts ou chacun de ces personnes cultive le secret et la magie de leur existence. On pourrait penser qu’il s’agit d’une famille pauvre, réduite au froid et au dénuement. Mais au fur et à mesure que le récit se déroule, on comprend qu’en dépit des apparences, cet enclos familial est un ilot de surprises et de trésors.
Dès l’entrée de son film, Alexander Murphy casse les codes du documentaire. La caméra est là, vraiment là, comme un membre à part entière de cette famille qui tente de survivre à la modernité en poursuivant la culture des Irish Travellers, baignée de chevaux, de pluie, d’espaces verts et d’amour. Depuis longtemps, jamais on n’aura vu de documentaire d’une telle puissance où chaque scène, chaque pan de lumière, chaque tressaillement de musique respirent la beauté. Le réalisateur aime ces personnes qu’il filment, et elles-mêmes lui rendent la pareille, comme un cadeau pour la chance que le cinéma leur offre de témoigner de leur culture.

- Copyright GOODSEED PRODUCTIONS
Irish Travellers se regarde comme une fiction. Les mois et les saisons passent, tandis que la famille hésite à quitter son mobile home pour s’installer en ville. Le doute laisse aussi place à l’angoisse lorsque le juge condamne le père à la prison, faisant craindre à toute la famille de se retrouver seule face à l’immensité de la nature. La dépression qui ravage les traits de cet homme est également palpable. Avec une infinie tendresse, Alexander Murphy saisit toute la grandeur et la misère de cette famille, qui ne semble pouvoir compter que sur les liens qui unissent ses membres. Souvent silencieux, le père apparaît comme une statue inébranlable, malgré les ravages d’une maladie mentale qui ne dit pas son nom.
Rares sont les films dont on aimerait qu’ils ne s’arrêtent jamais, jusqu’à la dernière note du générique. Le récit nous plonge dans l’intimité d’une famille qui ouvre son cœur et partage avec nous ses joies, surtout. On se sent littéralement adopté par cette smala, qui devient si familière qu’il est difficile de la quitter. Alexander Murphy enrichit cet écrin de tendresse avec des sonorités revisitées de Schubert, mais aussi l’interprétation à la fois hésitante et déterminée de Glenn Gould dans le célèbre Largo du Concerto n° 5 de Bach.

- Copyright GOODSEED PRODUCTIONS
La beauté est partout, de la première seconde où Alexander Murphy pose sa caméra à l’entrée du mobile home jusqu’à la scène finale, où chacun des personnages joue devant lui. Le film ne connaît aucun faux pas, signe que le cinéaste a franchi une étape importante dans sa compréhension de ce qui fait la magie du documentaire. On se souvient d’Au-delà de Katmandou, dans lequel il dressait déjà le portrait de deux sœurs au Népal, au sein d’une minorité dont les chants occupaient une place essentielle. Avec Irish Travellers, le réalisateur va plus loin encore dans la restitution d’une émotion brute, sans jamais laisser la complaisance prendre le pas sur la sincérité des personnages.
Irish Travellers restera l’un des films les plus marquants de la sélection cannoise de 2026, et tout particulièrement de la Semaine de la Critique. Une œuvre dont personne ne sortira indifférent, tant elle rappelle que l’art peut parfois nous faire entrevoir l’invisible, comme un battement de cils de Dieu.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.


















