Le 25 octobre 2026
Cette coproduction internationale relatant l’amitié entre deux immigrés figure parmi les réussites de son auteur, qui y orchestre un subtil mélange des genres. Une œuvre à redécouvrir.
- Réalisateur : Goran Paskaljević
- Acteurs : Miki Manojlović, Tom Conti, Sergej Trifunović, Maria Casarès, Predrag Ejdus, Lanny Flaherty, Zorka Manojlović, José Ramón Rosario, Mihalis Giannatos
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Britannique, Français, Allemand, Grec, Yougoslave
- Distributeur : Malavida Films , CTV International
- Durée : 1h36mn
- Reprise: 4 novembre 2026
- Titre original : Someone Else's America
- Date de sortie : 20 décembre 1995
- Festival : Festival de Cannes 1995, Festival de La Rochelle
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– Reprise en version restaurée : 4 novembre 2026
Résumé : Alonso, émigré espagnol, tient un petit café-restaurant dans un coin délaissé de Brooklyn. Il y héberge Bayo, un Monténégrin sans papiers. Alonso, Latino excessif et charmeur, et Bayo, Slave fier et susceptible, cultivent leur amitié et leur nostalgie à l’ombre des gratte-ciel de Manhattan, entourés d’une poule, d’une chèvre et d’un puits… ainsi que de la mère d’Alonso, qui souffre elle aussi de ce déracinement. Bayo envoie régulièrement de l’argent à ses enfants et à sa mère restés au pays, mais, étrangement, ceux-ci ne le reçoivent pas. Laissée sans nouvelles, sa famille décide alors de le rejoindre en passant clandestinement par le Mexique…
Critique : Coproduction entre le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et la Grèce, L’Amérique des autres a été tourné à une période charnière de la carrière de Goran Paskaljević (1947-2020). Le réalisateur yougoslave venait de quitter la Serbie, en proie à la guerre et à la ferveur nationaliste. Ouvertement critique à l’égard de la politique de Milošević, Paskaljević n’est pourtant pas un cinéaste ouvertement militant, ce que confirme L’Amérique des autres. Mais, comme plus tard avec Honeymoons, le réalisateur y déploie un humanisme engagé, dénonçant la précarité et les conditions de vie difficiles des migrants. Paskaljević a pu déclarer à propos du projet de ce long métrage : « Le cœur de ce film s’est mis à battre lors d’un voyage à New York avec mon scénariste, Gordan Mihić. Nous nous promenions dans Brooklyn, lorsque nous avons vu, dans une cour, une vieille femme avec une chèvre. (…) J’ai une grande nostalgie pour mon pays et ce film a été pour moi comme une thérapie » (extrait du dossier de presse fourni par Malavida).

- Tom Conti, Miki Manojlović
- © Malavida
Dans une veine semi-picaresque, L’Amérique des autres décrit l’amitié entre deux immigrés vivant dans un quartier délabré de New York. L’Espagnol Alonso (interprété par le Britannique Tom Conti) a hébergé Bayo, un Monténégrin en situation irrégulière (Miki Paskaljević, acteur fétiche de Kusturica). Le premier tient une cantine de quartier et s’occupe de sa mère aveugle (Maria Casarès, dans son dernier rôle). Le second travaille au noir sur un chantier et envoie régulièrement de l’argent à sa famille, restée au pays. Entre séquences de drague foireuses pendant leurs loisirs, engueulades suivies d’accolades et petits mensonges destinés à protéger leurs proches, le quotidien d’Alonso et de Bayo est fait de galères, mais aussi de moments de détente. Les deux compères déploient un humour qui s’apparente parfois à la politesse du désespoir. Le récit prend ensuite une tonalité plus grave, avec deux deuils successifs qui ébranlent les protagonistes. Au misérabilisme et au propos démonstratif, Paskaljević et Mihić préfèrent la légèreté teintée de mélancolie et une narration qui tient de la chronique, à la fois intra- et extracommunautaire, le tout dans un style poético-lyrique, davantage que naturaliste. L’histoire met aussi en lumière, avec acuité, les contrastes générationnels au sein des populations immigrées modestes qui s’installent aux États-Unis au milieu des années 1990.

- Sergej Trifunović, Zorka Manojlović, Tom Conti, Andjela Stojkovic
- © Malavida
Les plus anciens vivent dans la nostalgie d’un monde perdu, celui d’un petit jardin avec un puits, tandis que leurs enfants se résignent à l’exil, quitte à se taire face à des situations humiliantes. Le film dépeint une jeunesse arriviste et individualiste à travers le personnage de Lukas (Sergej Trifunović), le fils de Bayo, prêt à trahir les valeurs familiales pour parvenir à ses fins. Sans doute cette vision est-elle réductrice, mais le récit ne souffre ni de manichéisme ni de déterminisme. Plusieurs séquences se révèlent inoubliables, notamment lorsqu’un air d’accordéon rappelle un drame familial ou lorsque de faux sièges d’avion, installés dans la cour, permettent de fantasmer un retour au village natal. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 1995, L’Amérique des autres confirmait l’univers d’un auteur authentique, mais rencontra peu d’écho à sa sortie en salles. Il en sera de même pour les autres longs métrages du cinéaste, notamment le percutant Baril de poudre, tourné en Serbie, qui demeure à nos yeux son meilleur film. La reprise en version restaurée de L’Amérique des autres est l’occasion de redécouvrir une œuvre touchante et de réévaluer celle d’un artiste dont le travail n’a pas été suffisamment reconnu et apprécié à sa juste valeur.
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