Le 12 avril 2026
Une œuvre courageuse, d’une grande élégance visuelle, tentant de conjurer la complexité de la lutte israélo-palestinien, et rendant enfin possible un discours de paix et de fraternité.
- Réalisateur : Cheyenne Carron
- Acteurs : Johnny Amaro, Dan Kadosh, Sofiane Kaddour, Joëlle Haddad Champeyroux, Frédérique Nahmani, Magdi Haddaoui-Gonzalez
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Distributeur : Hésiode Distribution
- Durée : 1h14mn
- Date de sortie : 15 avril 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Joseph, trente ans, chrétien de confession, se consacre à sa petite chapelle perdue sur les terres du Moyen-Orient. Régulièrement, il est amené à rencontrer des patrouilles de soldats israéliens et des religieuses dans un couvent. Dans ce contexte géopolitique tendu, il reste à l’écart du conflit et développe des relations amicales avec tous. Au fil du temps, Joseph tissera une relation amicale, fraternelle, avec Ruben, soldat israélien. Jusqu’au jour où leur chemin croisera celui d’un islamiste gravement blessé…
Critique : C’est l’histoire d’un homme qui veille sur une chapelle, dans le contexte que l’on sait de la guerre en Palestine où juifs et musulmans se livrent une guerre d’un autre temps. On trouve quelque chose de supplémentaire dans cette chapelle : ce n’est pas seulement un espace de prière ou de recueillement, mais aussi un lieu sacré où les personnes se rencontrent, se parlent et s’adonnent à l’amitié. Et c’est ainsi, que Joseph, jour après jour, tisse des liens avec un soldat israélien venu s’excuser du comportement de sa troupe.
Cheyenne Carron est une cinéaste courageuse qui depuis des décennies construit une œuvre cinématographique, sans le moindre appui du CNC, où elle livre sa vision spirituelle du vivre-ensemble. On se souvient du très beau Que notre joie demeure ou plus récemment L’Agneau qui abordaient des sujets aussi complexes que profondément ancrés dans la foi et le désir d’une humanité plus juste. Encore une fois, elle aborde le sujet totalement polémique des relations entre musulmans et juifs, sur une terre que chacun réclame comme celle de ses racines. Entre les deux, elle crée un personnage, Joseph, entouré de religieuses, qui tente de conjurer la brutalité de ces conflits sans fin.

- Copyright Cheyenne Carron Hésiode Production
Cheyenne Carron sait filmer et raconter la complexité. On retrouve à chaque fois les plans pris depuis l’encablure d’une fenêtre où les personnages tentent de survivre au milieu de la violence et des paradoxes qui les étreignent. La mise en scène a réellement gagné en maturité et profondeur. Les acteurs semblent très concentrés, dans ce Liban fictif où la vérité est multiple, qu’il s’agisse du peuple juif ou du peuple musulman, broyé par l’absurdité de la guerre. Une très belle scène met en confrontation Joseph avec un homme blessé, musulman, qui appelle à l’aide. Soudain, toutes les certitudes appuyées par la solidité de la chapelle s’ébranlent, jusqu’à cette magnifique relation entre le soldat israélien et lui.
Cheyenne Carron ne tente pas de convaincre du bien-fondé de telle ou telle position politique. Elle filme l’humanité dans ses contradictions, ses tentations et ses relents de fraternité. La réalisatrice soigne sa photographie. Les paysages sont très beaux, épurés, quand ils ne sont pas mis en opposition avec les ruines des maisons, écrasées par les conflits. Les dialogues, très travaillés, rendent compte de la complexité de toute forme de foi religieuse, surtout quand elle est culturellement mise en tension avec les instrumentalisations politiques et sociales. Comme à chaque fois dans le cinéma de Cheyenne Carron, il n’y a pas de ligne figée, définitive, mais une raison d’espérer et de vivre encore qui surgit du cœur des personnages.

- Copyright Cheyenne Carron Hésiode Production
Cette histoire aurait pu avoir pour cadre la Seconde Guerre mondiale, avec la terrible période de l’Occupation, quand les juifs ne trouvaient que trop rarement des espaces pour se cacher et survivre à la barbarie. La rencontre entre Joseph et le soldat musulman blessé témoigne d’une répétition de l’Histoire plongeant dans la tyrannie des peuples qui n’ont demandé rien d’autre que la quiétude et la sécurité.
Cheyenne Carron s’attaque à la complexité des identités et des points de vue. On pressent que le conflit israélo-palestinien ne peut trouver d’issue que dans un discours de paix. La réalisatrice invoque une forme de spiritualité qui tente de transcender les clivages culturels. Pour autant, elle ne fait pas de film démagogique, dont la vertu serait de convaincre le spectateur de la neutralité des chrétiens. Elle tisse le récit de l’éthique, mise à mal depuis le jour où quelques hommes politiques zélés en 1948 ont décidé à leur place du sort des populations juives et musulmanes en Palestine.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.






























