Le 21 avril 2026
Extrêmement bien documenté, le nouveau film de Marta Bergman, qui avait été repérée à l’ACID en 2018, constitue un drame cinglant et hautement éthique sur les enjeux de l’immigration. Une mise en scène saisissante qui rappelle à bien des égards le cinéma de Bertrand Tavernier.
- Réalisateur : Marta Bergman
- Acteurs : Marie Denarnaud, Salim Kechiouche, Isabelle de Hertogh, Michaël Abiteboul, Lucie Debay, Yoann Zimmer, Natali Broods, Zbeida Belhajamor, Clara Toros, Abdal Razal Alsweha
- Genre : Drame, Thriller, Drame social
- Nationalité : Canadien, Belge
- Distributeur : Destiny Films
- Durée : 1h44mn
- Date de sortie : 29 avril 2026
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Résumé : Sara et Adam sont arrivés illégalement en Belgique avec leur petite fille de deux ans, espérant rejoindre l’Angleterre. Entassés à l’arrière d’un véhicule, ils voient la peur sembler prendre le pas sur l’espoir. Redouane est policier depuis vingt ans. Avec son équipe, toutes les nuits, il fait la chasse aux passeurs. Ce soir-là, alors que la voiture de police essaie d’arrêter la camionnette soupçonnée de transporter des migrants, tout bascule…
Critique : Trois mondes s’opposent de façon frontale : celui de Syriens en quête d’espérance qu’ils rêvent de trouver en Angleterre, celui de policiers des airs et des frontières belges à qui les autorités demandent de faire du chiffre, et celui de migrants instrumentalisés par des passeurs sans foi ni loi. L’enfant bélier raconte tout cela à la fois à travers un jeune couple dont les premiers pas sur l’écran ressemblent à un cauchemar qui surgit de la Manche, un policier qui doit traquer sans répit les migrants et leurs passeurs, et une jeune Africaine qu’un délinquant sans vergogne contraint de transporter des personnes dans un fourgon de fortune jusqu’au passage vers l’Angleterre. Aucune rencontre n’est possible, sauf peut-être, comme un ultime souffle, une main qui se presse pour ranimer le cœur d’une petite fille ou une sorte de pardon pour un immigré en détresse, trouvé au fond d’un camion.
La long-métrage a la densité des grandes tragédies grecques. Le temps du cinéma s’arrête sur une seule nuit où, le temps d’un voyage depuis la Belgique vers les rives de la Manche, le pire survient. Cette unité de temps se déroule dans des lieux rares et clos : c’est une camionnette où les migrants s’entassent, en écho aux convois de la Seconde Guerre mondiale ; c’est un commissariat de police où une agente scrute sur un écran les véhicules suspects ; c’est encore une tente lumineuse où une famille syrienne tente de retrouver la sérénité de leur vie d’avant. L’étouffement demeure la caractéristique principale de cette mise en scène rythmée, dure, où Marta Bergman, dans la continuité de Seule à mon mariage, décortique le tiraillement éthique et culturel des candidats à l’exil en Europe.

- Copyright Destiny Films
On pense beaucoup à Bertrand Tavernier en traversant ce film condensé et incisif et notamment à L. 627 ou L’appât qui faisaient du réalisme brut la matière même de la fiction. La réalisatrice ne cherche pas à expliquer. Elle montre les paradoxes, les conflits éthiques et l’incroyable vacuité humaine quand on n’a plus rien à perdre. Tous les personnages sont à plaindre, à commencer par cette jeune mère syrienne dont la colère devient presque suspecte. Le policier entraîné dans un incident grave mobilise lui aussi l’empathie du spectateur, même si, évidemment, personne ne peut cautionner de telles pratiques de poursuite de clandestins. L’enfant bélier porte admirablement son nom car dans cette atmosphère suffocante, tout est permis pour que l’ensemble des protagonistes parviennent aux fins que leur confère leur destin, jusqu’à l’instrumentalisation d’une petite fille innocente, entraînée dans une histoire qui n’est pas la sienne.
En ce sens, L’enfant bélier demeure une œuvre militante où la réalisatrice laisse le spectateur se faire une opinion des enjeux qui ont trait au phénomène migratoire. La légitimité des personnages à agir même de façon sombre et égoïste est permanente, et pour autant jamais le film ne cautionne les actes des uns et des autres. Seule l’enfant échappe au manichéisme, dans la mesure où elle est emportée malgré elle dans un drame qui n’est pas le sien. Et pourtant, comme toute tragédie classique, c’est par le sacrifice qu’advient la vérité crue des adultes qui l’entourent.

- Copyright Destiny Films
L’enfant bélier constitue un film grave mais urgent. Il invite dans une mise en scène à la fois très précise et très dépouillée à réfléchir à la société souhaitée demain par chacun d’entre nous. C’est aussi une incitation à penser le vivre-ensemble et le sens de nos existences, face aux atteintes à l’humanisme.
On reconnaît dans le rythme, la position de la caméra, la photographie sombre, le style d’un docu-fiction qui ne dit pas son nom. Grâce à une recherche très poussée, la réalisatrice révèle les techniques déployées par la police belge pour traquer les voitures à bord desquelles voyagent des clandestins. Pire, elle montre que le déclenchement d’une poursuite prend son origine dans une dénonciation par un automobiliste lambda d’un camion qui lui semble suspect. Comme si, finalement, on n’en aura jamais fini avec une certaine époque où l’on dénonçait son voisin aux autorités quand il avait le malheur d’être juif.
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