Le 23 juin 2026
Virtuose et délicat, L’illusion de Yakushima est porté par une Vicky Krieps toute en grâce et en poésie. Une très belle réflexion sur la confrontation des cultures.
- Réalisateur : Naomi Kawase
- Acteurs : Vicky Krieps, Kan’ichirō, Ojiro Nakamura, Misaki Nakano, Haruto Tsuchiya, Ukyo Yodoshi, Ryūtarō Nakagawa, Rei Okamoto, Midori Matsuo
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Japonais, Belge, Luxembourgeois
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h52mn
- Date de sortie : 17 juin 2026
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Résumé : Corry est française et vit au Japon. Elle partage sa vie avec Jin et s’occupe d’enfants en attente de greffe cardiaque à l’hôpital de Kobé. Alors que la culture japonaise a du mal à accepter le don d’organe, Corry se bat au quotidien pour faire évoluer les mentalités et trouver plus de donneurs. Quand Jin disparaît un jour sans laisser de trace, elle tente de le retrouver, mais doit aussi mener une course contre la montre pour que la greffe de son jeune patient aboutisse…
Critique : S’il est une évidence a priori universelle, c’est que chacun, surtout lorsqu’il s’agit de son enfant, est prêt à tous les sacrifices pour trouver un remède contre la mort. Et pourtant, la greffe de cœur, d’un rein ou de tout autre organe ne semble pas une pratique médicale internationale. Si l’Espagne demeure l’un des pays au monde où le délai d’attente est le plus court, et surtout l’acceptation du don de son corps amplement partagée, le Japon apparaît comme l’un des pays du monde les plus rêticents. C’est tout l’enjeu de ce très joli film où une psychologue française, Corry, se retrouve mise à disposition dans un service de pédiatrie à Kobé, où de jeunes patients attendent désespérément un donneur d’organes.
L’illusion de Yakushima n’est absolument pas un film sur la mort. En réalité, Naomi Kawase autrice de films admirables comme Still the Water et Les délices de Tokyo, joue avec une grande subtilité sur l’absence et la présence des personnages. Chacun est en effet embarqué dans un parcours quasi initiatique qui oblige à revisiter ses fondamentaux. À commencer Corry qui non seulement se retrouve confrontée aux mystères de l’amour avec un jeune Japonais, mais surtout doit faire face à une institution hospitalière où le personnel, en dépit de tous les soins qu’il apporte aux patients, lutte secrètement contre le processus de greffe. En fait, le long-métrage met en opposition deux manières très radicales de considérer la vie et la mort : en France, le prélèvement d’organes peut être effectué à quiconque meurt accidentellement et n’a pas fait valoir de son vivant une interdiction, alors qu’au Japon une mort n’est constatée qu’après l’arrêt du cœur, mettant à néant la chance de récupérer des organes encore vivants.

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Le long-métrage tisse une variation très touchante sur la vie à travers ses multiples acceptions, qu’il s’agisse d’une forêt, du regard d’un enfant, d’un amour se cherchant ou plus concrètement d’un thorax qui s’ouvre pour laisser place à un cœur malade. Vicky Krieps interprète son personnage avec une grâce inouïe. Elle habite la figure solaire de cette psychologue, prête à toutes les stratégies pour faire admettre au corps médical la nécessité d’encourager les greffes. Elle trouve sans doute ici l’un des plus beaux rôles de sa carrière. Mais il ne s’agit surtout pas d’un énième récit médical dont la télévision raffole tant. L’illusion de Yakushima entrelace des récits secondaires à partir de la colonne vertébrale de l’histoire qui se déroule une majeure partie dans un service hospitalier, lesquels démultiplient les points de vue sur la vie et la mort.

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La poésie n’est jamais loin dans la manière dont Naomi Kawase filme les visages ou la nature. Les dialogues sont très soignés et le spectateur mesure l’importance de défendre les greffes d’organe dans un pays qui résiste sous le poids de la tradition. Mais si la réalisatrice n’idéalise pas pas le Japon, elle ne cherche pas pourtant à le diaboliser. Elle cultive un art de l’esthétique qui se confronte au regard singulier d’une Européenne intègre et pétrie d’humanité. Les incompréhensions se mêlent à des rencontres inattendues où le bonheur surgit même pour un court instant. Qu’importe alors l’invraisemblance de la langue, les personnages japonais maîtrisant l’anglais ou le français.
Le spectateur ressort de L’illusion de Yakushima avec un sentiment mêlé de joie et de tristesse. Le sujet de la maladie d’enfants est tragique, surtout quand il s’agit de penser la perte et le deuil. Mais en même temps surgit la poésie du quotidien qui se drape habilement dans les apparitions de la nature et les relations humaines qui se créent. Voilà un très beau film sur un thème grave, mais qui échappe avec finesse aux poncifs du mélodrame.
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