Le 20 mai 2026
La détention raconte six mois au cœur de l’École nationale de formation des surveillants pénitentiaires, qui semblent presque une intrusion dans l’univers carcéral. Un film audacieux et passionnant.
- Réalisateur : Guillaume Massart
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Durée : 2h12mn
- Festival : Festival de Cannes 2026, ACID 2026
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– Festival de Cannes 2026 : ACID
Résumé : Ouvrir une porte. Gérer une crise. Rédiger un compte-rendu d’incident. À l’École nationale d’administration pénitentiaire, des centaines de femmes et d’hommes apprennent le métier de surveillant. Au fil des cours, sur les visages, le doute se fait de plus en plus rare.
Critique : Un étudiant lambda accepterait-il de rester debout pendant près de trois heures de cours ? C’est peu probable. À l’ENAP (École nationale des surveillants pénitentiaires), c’est exactement la situation des apprenants, tout juste sortis du concours d’entrée, face à leurs formateurs. La question qui leur est posée est immédiate : celle de leur autorité, du respect du cadre et de la légitimité à contester les règles. Le mot d’ordre est lancé, et c’est ainsi que la caméra de Guillaume Massart va accompagner pendant près de six mois à Agen, des futurs gardiens de prison.
La détention s’annonce comme un film rare, inédit, ouvrant les portes secrètes de l’univers pénitentiaire. À défaut sans doute de pouvoir filmer la vie en prison, le documentariste s’invite dans une école de formation où tous les actes quotidiens de ce métier sont décryptés sous l’œil avisé de leurs enseignants. Les fonctionnaires, hommes ou femmes, sont de tous âges. Ils sont originaires de toute la France et l’entrée dans le monde carcéral relève d’un parcours initiatique où ils vont être transformés dans leur rapport au monde, à la société, à l’institution judiciaire et pénitentiaire.

- Copyright TS Productions
Le film se termine sur la préparation à la remise des prix de fin de formation. Le réalisateur aurait pu se permettre de tourner lors de la cérémonie officielle. En réalité, il choisit ce moment, comme si ces six mois avec eux n’étaient finalement qu’une répétition générale du métier qui les attend, avec les doutes, épuisements, contraintes, provocations des détenus, et le laxisme de certains collègues. La caméra filme longuement des analyses de pratique où les étudiants confient, sans hésitation, les incohérences d’un système qui les poussent à accepter les contradictions.
La détention est un film abrupt, sans aucune recherche de fioritures. L’image se focalise essentiellement sur les visages, les corps étant presque niés dans un apprentissage difficile, à l’exception des rares scènes de combat sur un tatami. La dureté du métier d’agent pénitentiaire est déjà très présente dans les regards, jusqu’à cette pluie âpre qui s’abat sur les képis, à un moment pourtant où chacun devrait se réjouir d’avoir terminé la formation. La vraie vie commence alors, dès l’affectation dans un centre de détention où une réalité, évidemment plus sombre, les attend.

- Copyright TS Productions
Guillaume Massart n’a pas réalisé de film didactique au bénéfice de l’institution pénitentiaire. L’art du documentaire consiste à appréhender, dans des milliers d’heures de rush, le petit détail, le geste infime, qui transforme le réel se jouant devant la caméra en une dimension supérieure. On pourrait regretter l’absence de confidence des étudiants. Mais ils semblent déjà froids, conquis par la glaceur d’une institution judiciaire où l’on va attendre d’eux le sang-froid, le goût pour la République et la loyauté à l’ordre et la hiérarchie.
Guillaume Massart n’en est pas à son coup d’essai sur le monde pénitentiaire. Il avait filmé en 2019 un centre de détention corse, au milieu d’un domaine agricole. Le cinéaste cultive avec un certain plaisir l’art de la diversion, abordant la question de l’enfermement indirectement, dans des lieux, des espaces ou à travers des personnages qui ne sont pas directement privés de liberté. Si le style est plus froid, plus objectif, son cinéma rappelle celui de Nicolas Peduzzi dans État limite qui évoquait les limites du prescrit et du proscrit, de la liberté et de la détention, du réel et de l’imaginaire. En espérant que ce film ne découragera pas les candidats au métier de surveillant pénitentiaire dont hélas nos sociétés ont grand besoin.
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