Le 18 février 2026
À travers la famille dysfonctionnelle Homolka, Papousek dépeint une société tchécoslovaque qui l’est tout autant.
- Réalisateur : Jaroslav Papousek
- Acteurs : Marie Motlová, Josef Šebánek, Frantisek Husák, Helena Ruzicková, Petr Forman, Matej Forman
- Genre : Comédie, Noir et blanc, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Tchèque, Slovaque
- Distributeur : Malavida Films , Les Films Corona
- Durée : 1h23mn
- Reprise: 25 février 2026
- Titre original : Ecce homo Homolka
- Date de sortie : 30 août 1972
- Festival : Festival de La Rochelle 2022, Arras Film Festival 2025
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– Année de production : 1969
– Reprise en version restaurée : 25 février 2026
Résumé : C’est un beau dimanche ensoleillé, dans une forêt en banlieue de Prague. Un jeune couple batifole en pleine nature tandis que la famille Homolka toute entière, des grands-parents aux petits enfants, s’installe au bord d’un ruisseau. Les jumeaux jouent ; leur mère, qui rêvait d’être ballerine, danse entre les arbres tandis que les bières flottent bien au frais... et que les grand-parents font la sieste. Hélas, retour à la maison inattendu et précipité, mais le pire est encore à venir : la télé est cassée. C’était une journée idyllique jusqu’à ce qu’elle vire à l’orage... Voire au cataclysme familial !
Critique : En 1969, au lendemain de l’écrasement du Printemps de Prague, Jaroslav Papoušek réalise La Famille Homolka. Présenté comme une comédie domestique chronique, le film semble d’abord se tenir à distance des secousses politiques de son époque. Pourtant, derrière les disputes familiales, se déploie une satire redoutablement précise : celle d’une société qui, après l’espoir réformateur, se replie dans le confort médiocre et l’adaptation silencieuse.
Le récit se concentre exclusivement sur l’espace privé (hormis l’introduction en forêt). Un resserrement spatial qui fonctionne comme un microcosme de la société tchécoslovaque des années 1960. L’autorité se diffuse, répartie entre les générations, faite de reproches, rappels à l’ordre, petites humiliations quotidiennes. Ce pouvoir banal, sans visage tyrannique, évoque la bureaucratie socialiste. Elle n’est ni omniprésente, ni spectaculaire, mais profondément normalisatrice. Les conflits ne se basent jamais sur des idées mais plutôt sur le confort et la reconnaissance domestique. L’espace privé absorbe les tensions et la famille devient le lieu de compensation d’un espace public neutralisé.

- © Malavida Films
Sorti un an après l’invasion soviétique, le film ne mentionne aucun événement historique et politique. Pourtant, il est traversé par le climat de désillusion qui suit l’échec du Printemps de Prague. Là où les années précédentes portaient une énergie réformatrice, La Famille Homolka montre des individus résignés. Personne ne cherche à changer sa condition. On s’accommode, on se plaint, on ironise – mais rien ne change. Cette inertie constitue le cœur politique du film.
Les Homolka incarnent une petite bourgeoisie socialiste en formation tant ils sont attachés aux biens matériels, séduits par les biens de consommation accessibles, satisfaits d’une stabilité sans grandeur. Le socialisme n’est plus une utopie. Il est devenu un système d’aménagement. L’idéologie s’est dissoute dans le pragmatisme domestique. C’est donc là la naissance du nouveau contrat social implicite qui consiste à renoncer aux ambitions politiques en échange d’une sécurité minimale.

- © Malavida Films
Papoušek adopte une mise en scène naturaliste : dialogues improvisés, temporalité qui s’étire, pas d’effets dramatiques. Le rire que le film suscite est un rire gêné et même cruel. Il naît du décalage entre la trivialité des enjeux et l’intensité des conflits. Les personnages se battent pour des détails, laissant paraître un horizon pathétique. Le cinéaste expose la médiocrité comme norme et la banalité se transforme en symptôme. La famille est ordinaire, pas monstrueuse. Cette ordinarité devient pourtant inquiétante.
C’est un film qui dépasse son contexte tchécoslovaque. Il interroge la facilité avec laquelle toute la société peut troquer l’ambition politique contre la sécurité domestique, l’engagement contre la routine. Le rire discret du spectateur laisse l’impression qu’un monde où l’absence de drame peut être le symptôme le plus angoissant pour une société.
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