Le 23 octobre 2026
Cruel, cynique et délicieusement subversif, le film de Nicolangelo Gelormini rappelle la langue cinématographique d’un certain Pier Paolo Pasolini.
- Réalisateur : Nicolangelo Gelormini
- Acteurs : Valeria Golino, Jasmine Trinca, Saul Nanni, Francesco Colella, Betty Pedrazzi, Gianni Bissacca, Laura Mazzi, Anita Fiorello
- Genre : Drame, Thriller, Teen movie
- Nationalité : Italien
- Distributeur : Destiny Films
- Durée : 1h48mn
- Titre original : La Gioia
- Date de sortie : 28 octobre 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : À cinquante ans, Gioia vit encore chez ses parents, sous la coupe d’une mère autoritaire. Elle consacre sa vie à l’enseignement de la littérature française. Alessio, un nouvel élève de son lycée, suit une scolarité chaotique. Gioia va alors lui proposer des cours particuliers. Quand ces deux solitudes se rencontrent, un poison silencieux se distille. Qui séduit réellement l’autre ?
Critique : En s’ouvrant sur une scène profondément comique avec cette cinquantenaire, perchée sur un toit, qui tente de reconnecter l’antenne de télévision à l’occasion d’un match de la Juventus de Turin, Nicolangelo Gelormini donne le ton d’un film, aussi drôle que corrosif. Deux mondes s’opposent. Celui de cette enseignante de français, qui vit encore chez ses vieux parents, et celui de ce fascinant adolescent qui partage son corps entre des compagnes de passage et un richissime coiffeur. Cet Alessio provoque bien des émois, à commencer par sa propre mère qui, tellement affamée d’argent, semble cautionner les relations sexuelles tarifées de son propre fils.
La tentazione traverse toutes les formes de sexualité avec, au cœur de la narration, un adolescent dont le trouble envahit tout l’écran. L’ambiguïté demeure le premier trait de caractère de ce jeune homme qui se rêve un grand promoteur immobilier sur la Côte d’Azur. Il est prêt à toutes les tentations et toutes les bravoures pour parvenir à cet idéal, avec toutefois, en creux, la posture d’un gamin blessé, abandonné par son père, qui se débat comme il peut, contre ses vieux démons. En face de lui, il y a Gioia, cette femme gauche, attachante, sans doute résignée à la solitude, qui occupe la majeure partie de ses jours à lire de grands auteurs français (et notamment Flaubert) et à prendre soin de ses parents âgés.

- Copyright Destiny Films / Indigo Films, Vision Distribution
La relation qui s’installe entre eux deux constitue la matière principale du film qui se plaît à multiplier les genres et les effets narratifs. Le cinéaste joue en effet sur l’humour et le cynisme grâce à un montage vif, rythmé, où la sensualité côtoie le rire et la cruauté. La bourgeoisie italienne est visée par le cinéaste qui s’amuse à précipiter ses personnages dans des situations cocasses. On pense alors aux univers de Pasolini dans Théorème ou Porcherie où la luxure bourgeoise se mêlait à la confusion des sentiments et l’érotisme mortifère.
La tentazione s’affiche comme une œuvre originale et diablement maline. Le scénario déroule un récit âpre, où les personnages sont mis à l’épreuve face au magnétisme du jeune Alessio. Chacun cultive une attirance morbide pour lui, à l’exception de Gioia qui tombe naïvement amoureuse de lui. Adapté d’un célèbre fait divers en Italie, la célèbre affaire Gloria Rosboch, le film joue entre la fiction et l’actualité. Là où le véritable adolescent a été présenté comme psychopathe par la presse à sensations, Nicolangelo Gelormini offre le portrait ambivalent d’un gamin qui n’a comme seule ressource, que son charme vénéneux.

- Copyright Destiny Films / Indigo Films, Vision Distribution
Les acteurs qui se partagent l’affiche concourent à la réussite incontestable du long-métrage. Valeria Golino particulièrement rentre dans la peau de cette professeure névrosée, plus proche d’une Emma Bovary que de la Princesse de Clèves. Saul Nanni donne le change, dans la peau de ce terrifiant jeune homme, hanté par le goût amer de l’argent et du sexe.
La fin est très belle et laisse chez le spectateur une envie de poursuivre ce voyage dans l’intimité dévastée des personnages principaux. Les presque deux heures se déroulent dans un rythme incisif qui n’épargne aucun des personnages. La mise en scène classique parvient à rendre palpable la sensualité perverse du jeune héros qui hésite entre cruauté, manipulation et désarroi.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.


















