Le 1er août 2026
Ce documentaire chinois est le touchant portrait d’une vieille femme qui, malgré la précarité, continue d’aider les autres. Le réalisateur laisse toute sa place à cette personnalité hors norme.
- Réalisateur : Zhiqi Pan
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Chinois
- Distributeur : Éclumia Pictures
- Durée : 1h42mn
- Titre original : Ms. Hu's Garden
- Date de sortie : 7 octobre 2026
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– Année de production : 2024
Résumé : À Chongqing, Madame Hu transforme les objets abandonnés qu’elle récupère en un jardin foisonnant. Le portrait sensible d’une femme, de son fils et de leur quête d’un refuge dans une ville en pleine mutation.
Critique : Proposé par le distributeur indépendant Éclumia Pictures, Le jardin de Madame Hu est un touchant documentaire, récompensé aux Festivals de Shanghai et Moscou, et présenté lors d’autres rencontres cinématographiques, dont le Festival Jean Rouch. Il s’agit du second long métrage documentaire de Zhiqi Pan, après 24th Street (2017), inédit en France. De 2012 à 2022, le cinéaste a suivi le quotidien de Madame Hu, une vieille femme vivant à Shibati, ancien quartier populaire de Chongqing, autour duquel se sont construits des immeubles modernes et des centres d’affaires. Disposant d’une maigre pension de retraite, Madame Hu vivote en tenant une modeste auberge où elle loue, pour trois yuans par nuit, une chambre à une population précaire : chômeurs, nouveaux migrants, malades… Elle ne harcèle pas les locataires en retard de paiement : bien au contraire, elle est toujours disposée à leur faire une avance… qu’elle ne récupère jamais.

- © 2026 Éclumia Pictures. Tous droits réservés.
C’est que Madame Hu, ancienne caissière, dont la générosité agaçait son ancien mari, a toujours aidé les plus déshérités qu’elle, au point de se retrouver elle-même endettée à la suite de malheureuses cautions. Recyclant des déchets pour les revendre ou décorer un jardin jouxtant sa résidence, elle doit aussi aider son fils, en proie à de graves problèmes de santé. Ce résumé pourrait laisser penser à un documentaire misérabiliste, énième pamphlet dénonçant le sort des laissés-pour-compte de la croissance asiatique. Si le réalisateur n’occulte pas cet aspect, il n’en fait pas le thème central de son film, laissant l’opulence hors-champ, ou la suggérant via des panoramiques ou travellings sur les gratte-ciels encerclant le quartier. Le jardin de Madame Hu est avant tout le portrait d’une résistante, qui continue, malgré les difficultés, à faire vivre un esprit de solidarité dans une micro-communauté gagnée par l’individualisme, mais lucide face à ses errements qui lui ont valu d’avoir été victime d’escroqueries, son idéalisme l’ayant conduit à des situations de déni. Et lorsqu’une ancienne bénéficiaire de son aide, désormais réinsérée, la retrouve avec enthousiasme, une sérénité se lit sur le visage de cette vieille dame digne, en dépit du dispositif de « docu-menteur ».
Suivant la silhouette de Madame Hu voûtée par le poids d’un panier porté sur le dos, le réalisateur est d’une discrétion absolue, n’hésitant pas à couper sa caméra quand une créancière en colère le lui demande, ou ne bronchant pas face aux taquineries de sa protagoniste, qui déclare à son entourage qu’« il n’a rien d’autre à faire ». Dans la lignée de la trilogie JEUNESSE de Wang Bing, le film est également complémentaire de fictions ayant abordé les mutations de la société chinoise (on pense surtout à celles de Jia Zhang-ke). Ce long métrage attachant pourra aussi raviver le souvenir du très beau Les glaneurs et la glaneuse d’Agnès Varda. Il est salutaire que le public français puisse découvrir en salle ce film chinois dont l’intérêt ne se limite pas à son sujet.
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