Le 24 août 2026
Un thriller glaçant et mené avec précision sur les ravages de la violence intrafamiliale dans le milieu feutré et secret d’un prince saoudien, malgré une fin décevante.
- Réalisateur : Hélène Rosselet-Ruiz
- Acteurs : Ziad Bakri, Malou Khebizi, Soundos Mosbah , Kassem Al Khoja
- Genre : Drame, Thriller
- Nationalité : Français, Canadien, Belge
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h27mn
- Date de sortie : 29 juillet 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites. Tandis que Laura doit s’adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu’un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux.
Critique : Rares sont les films qui s’invitent dans l’intérieur secret et feutré des luxueuses villas saoudiennes qui peuplent Paris et sa proche banlieue Ouest. C’est le pari audacieux de cette première œuvre cinématographique, qui se déroule dans une luxuriante demeure où un prince saoudien cache celle qu’il souhaiterait voir devenir sa seconde épouse. Le triangle d’or parisien s’étend ainsi entre la place de l’Alma, le rond-point des Champs-Élysées et le Fouquet’s. Il abrite en son sein de richissimes habitants, comme cette famille où une toute jeune femme, Laura, accepte un emploi de servante, pour ne pas dire d’esclave, au service de la maîtresse de maison. La violence est perceptible immédiatement, notamment à travers le comportement de Souria qui surjoue sa position de dominatrice, au mépris de Laura elle-même qui découvre, avec stupeur, les affres de l’hyper-capitalisme.
On ne peut pas dire que Souria et son prince soient préoccupés par la mesure ou l’écologie. Ils dépensent sans compter, les billets s’entassent dans les tiroirs, au point de commander un soir tous les menus disponibles dans un fast-food voisin et de laisser l’intégralité des aliments dans le couloir. Laura découvre un mode de vie absolument impensable, étant issue d’un milieu plus que modeste. Elle subit les railleries et la brutalité psychologique de sa patronne, jusqu’au moment où les rapports de force s’inversent. Et c’est à ce moment clé du récit que le film prend une dimension particulièrement intéressante, faisant basculer l’ambiance dans un thriller implacable.

- Copyright Les Films de Pierre
Hélène Rosselet-Ruiz est encore un nom assez peu connu dans le paysage de la réalisation cinématographique. Elle compte déjà trois courts-métrages à son actif. Son premier long-métrage, particulièrement bien écrit, a été remarqué au Festival de Cannes, où il a été présenté en séance spéciale. Paradoxalement, la cinéaste est issue de l’Est parisien, de Clichy-sous-Bois exactement, à l’opposé de ce monde extrêmement fortuné. Ses premiers essais cinématographiques ont été financés, entre autres, par des crédits en faveur de l’égalité sociale. En ce sens, Le triangle d’or s’attaque à cet entre-soi richissime, qui n’a aucun complexe à dépenser sans compter. Pour autant, la réalisatrice montre avec un certain talent la duplicité de l’environnement économique, qui voue à ces familles un culte presque nauséeux. Laura, qui est peut-être le pendant de la réalisatrice elle-même, résiste avec force à l’obscurantisme de l’argent à tout-va, pour se concentrer peu à peu sur la violence intrinsèque dont Souria est victime.

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Le rythme et le format sont très adaptés pour rendre compte du stress et de la violence qui étreignent les personnages féminins. Hélène Rosselet-Ruiz choisit d’abord de concentrer sa fiction dans le huis clos glaçant de cette demeure magnifique. De rares scènes extérieures ponctuent le récit, avec cette porte luxurieuse qui sépare les intérieurs feutrés de la vraie vie qui se déroule dans Paris et sa banlieue. La fiction décrit la mécanique terrifiante de l’enfermement dont l’aisance financière ne parvient pas à taire la cruauté. Le triangle d’or est un film sur la liberté, qui peut parfois se heurter aux illusions de l’argent illimité. C’est aussi un film sur la violence masculine qui, au moins dans ce milieu saoudien, entretient, à coups de vêtements luxueux et de dépenses somptuaires, la domination des femmes.
Deux actrices merveilleuses tiennent le haut de l’affiche, à savoir Malou Khebizi qui interprète Laura et Soundos Mosbah dans le rôle de Souria. La première est également du casting d’un autre film cannois, le très réussi Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré, pour notre plus grand bonheur. Les deux comédiennes évoluent dans un face-à-face complexe où les rapports de force finissent par s’inverser. On regrettera toutefois une fin assez bâclée, qui ne clôt pas vraiment le récit et laisse le spectateur en suspens. Le risque est alors de faire oublier tout le reste du film, en laissant un goût d’inachevé. Le triangle d’or fait toutefois partie de ces premières œuvres que l’on aimerait voir plus souvent. Hélène Rosselet-Ruiz s’annonce comme une réalisatrice importante, et l’on sera attentif à la sortie de son prochain long-métrage.
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