Le 10 février 2026
Douce amère et poétique, cette nouvelle comédie dramatique brésilienne est un petit bijou de grâce et de féérie.
- Réalisateur : Gabriel Mascaro
- Acteurs : Rodrigo Santoro, Denise Weinberg, Miriam Socarrás, Adanilo Reis, Rosa Malagueta, Clarissa Pinheiro, Isabela Catão, Dimas Mendonça
- Genre : Drame
- Nationalité : Brésilien
- Distributeur : Paname Distribution
- Durée : 1h26mn
- Titre original : O Último Azul
- Date de sortie : 11 février 2026
- Festival : Festival de Berlin 2025
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Résumé : Tereza a vécu toute sa vie dans une petite ville industrielle d’Amazonie. Le jour venu, elle reçoit l’ordre officiel du gouvernement de s’installer dans une colonie isolée pour personnes âgées, où elles sont amenées à « profiter » de leurs dernières années. Tereza refuse ce destin imposé et décide de partir seule à l’aventure, découvrir son pays et accomplir son rêve secret…
Critique : Ici, dans ce Brésil dystopique, là où encore récemment l’extrême droite hantait la démocratie, tous les vieux sont envoyés dans une lointaine colonie pour disparaître de la vie civile, et sans doute mourir ; et ce pour des raisons de maintien de la productivité. C’est exactement ce qui doit arriver à Tereza à qui l’on contraint de quitter l’abattoir de crocodiles où elle travaille et dont une représentante du gouvernement décore l’entrée de sa maison d’un signe plus que distinctif de son vieillissement. Finalement, on n’est pas très loin de l’affreux insigne de l’étoile jaune dans une période passée, sauf qu’en l’occurrence ceux qu’on arrête dans des petit véhicules grillagés sont des personnes âgées.
Les voyages de Tereza raconte donc l’embarquée merveilleuse d’une octogénaire sur les rives du fleuve Amazone. La vieille dame fuit l’autoritarisme d’un régime qui, sous prétexte de protection des anciens, met en place une véritable traque de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une personne âgée. Le réalisateur, Gabriel Mascaro, s’amuse de cette situation tragique en mettant son héroïne au cœur d’un système où rien n’est possible sans montrer sa carte d’identité. En ce sens, il réalise une sorte d’allégorie très astucieuse de la mécanique dictatoriale dont le Brésil n’est pas encore complètement exempt. Tereza devient alors une héroïne ordinaire de résistance contre l’ordre établi, surtout quand contrevient gravement aux droits humains.

- Copyright Guillermo Garz
Mais Les voyages de Tereza n’est surtout pas un film politique. Il s’agit surtout d’un boat movie à travers le Brésil, dans ces espaces forestiers si convoités par les grands producteurs de cocotiers et que les défenseurs de la nature voudraient protéger le plus longtemps possible. L’octogénaire fait la rencontre d’une religieuse qui vend à prix d’or des bibles étranges, lesquelles lui ont permis d’acheter sa paix et sa protection sur son bateau. Tous les personnages qu’elles croisent sont à mi-chemin entre le conte et le récit réaliste. Surtout quand un mystérieux escargot qui bave de l’encre bleue fait son entrée dans cette histoire.
Les voyages de Tereza est créatif et audacieux. Le scénario mêle tous les styles dans une fiction qui a évidemment moins à voir avec le réalisme que la fable. La bande-son apporte une dimension féérique supplémentaire, avec ces musiques brésiliennes et le bruit de l’eau qui se mélangent aux propos des villageois. L’actrice principale, Denise Weinberg, est exceptionnelle dans la peau de cette vagabonde qui fuit les pratiques gouvernementales aberrantes et l’emprise de sa propre fille qui ne souhaite absolument pas avoir sa mère sur son dos. Le personnage forme avec cette drôle de religieuse un couple irrésistible de drôlerie et délicatesse.

- Copyright Guillermo Garz
Le grand prix du jury obtenu pour le film lors du Festival de Berlin en 2025 est plus que mérité pour une œuvre de cinéma qui emprunte des voix narratives d’une très grande originalité. Le cinéma brésilien se démarque particulièrement sur les écrans avec le très récent L’agent secret ou encore Le rire et le couteau qui doit arriver dans les salles prochainement, et naturellement les films de Walter Salles dont les immenses Je suis toujours là et Carnets de voyage. Gabriel Mascaro réinvente véritablement la narration en donnant chair à des personnages comme Tereza qui sont loin de figurer parmi les plus séduisants du cinéma. La fiction s’invite dans un Brésil vert et aqueux dont la photographie absolument lumineuse amplifie la beauté.
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