Le 22 mai 2026
Une œuvre cynique et drôle, qui, derrière ses airs potaches, dénonce avec effroi la condition des mineurs en Iran. Encore un exemple du courage dont certains cinéastes non officiels font preuve pour défier les pratiques gouvernementales de l’Iran.
- Réalisateur : Karim Lakzadeh
- Acteurs : Ebrahim Naeej, Mehdi Rashidi, Hojjat Hosseini, Hamed Nejabat, Raha Soleimani, Shadab Mahdiar, Keyvan Parmar, Alireza Heidari Raad
- Genre : Comédie dramatique, Comédie noire
- Nationalité : Iranien
- Durée : 1h43mn
- Festival : Festival de Cannes 2026, ACID 2026
L'a vu
Veut le voir
– Festival de Cannes 2026 : ACID
Résumé : Trois mineurs survivent à l’effondrement d’une mine mais choisissent de se faire passer pour morts afin que leurs familles touchent une indemnisation. Contraints à une clandestinité absurde, entre tensions familiales et quête d’identité, ils traversent l’Iran jusqu’à Téhéran. Mais lorsque l’administration exige des preuves, une question surgit : comment prouver sa mort quand on est encore en vie ?
Critique : Sans doute l’humour demeure le meilleur moyen pour parler de choses graves. Le cinéaste iranien Karim Lakzadeh en fait la démonstration avec ce drôle de phénomène de cinéma, Living Twice, Dying Thrice. Comme souvent dans les films du grand pays perse, la question des conditions de vie et de travail des ouvriers est abordée. Mais cette fois, le réalisateur emprunte la voix du burlesque pour traiter le sujet. Une mine vient d’exploser : trois hommes en échappent, lesquels, conscients que les indemnisations de l’accident qu’ils ont subis seraient ridicules, décident de se passer pour morts afin que leur famille récupère la compensation financière prévue par le gouvernement. Mais pour cela, encore faut-il que les proches fassent la démonstration de la mort, avec un bout de corps récupéré au fin fond de la mine.

- Copyright Repassfilm
Living Twice, Dying Thrice s’affiche comme un film noir et décapant. Le réalisateur audacieux ne recule devant aucune provocation, si l’on se place du côté des autorités iraniennes qui vont voir le film. Il faut d’ailleurs noter qu’un grand nombre de scènes sont tournées à l’intérieur d’un véhicule car, comme on le sait depuis Taxi Téhéran, il n’y a pas besoin d’autorisation pour filmer dans des espaces clos. La photographie est souvent très noire, en tous les cas sombre, suggérant un enfermement permanent des protagonistes dans leur délire et peut-être des subterfuges trouvés par le cinéaste lui-même pour réaliser son film.
Il faut d’abord mettre en avant le courage du réalisateur de filmer ses comédiennes sans voile. La seule fois où on les voit dans leur tenue traditionnelle concerne le rendez-vous dans le bureau de l’administration. Le cinéaste ose même reconstituer un lieu clandestin, perché au premier étage d’un magasin, réservé aux hommes des grandes villes pour aller écouter des femmes chanter, pour ne pas dire, on imagine, consommer des corps féminins contre de l’argent. Le cinéaste ne se contient pas lorsqu’il s’agit de dénoncer la condition ouvrière en Iran, poussant les personnages à s’enfermer dans un cauchemar brodé de toutes pièces, où ils se retrouvent piégés par leur propre combine. Il aborde même à demi mots l’homosexualité féminine, quand il ne traite pas directement de la drogue.

- Copyright Repassfilm
Une nouvelle fois, il faut saluer l’audace des cinéastes de l’ACID qui sont allés chercher cette petite perle du cinéma iranien. Une visibilité internationale est offerte à un réalisateur qui va trouver un espace pour poursuivre sa carrière. Le talent est certain dans sa capacité à dépasser le raisonnable et entraîner ses personnages dans une spirale d’évènements, à la fois cruels et absurdes. L’humour est trop rare dans le cinéma iranien qui parvient jusqu’aux écrans français pour ne pas saluer cet essai de cinéma qui n’hésite pas à braver les formes conventionnelles du septième art. Karim Lakzadeh est en effet reconnu pour son don de produire des fictions dans une langue innovante et alternative.
Les conditions de production et de sortie de films s’étant complexifiées depuis la guerre, on saluera l’excellente qualité de la traduction, de l’image, du montage et de l’étalonnage. Living Twice, Dying Thrice est certes un film sombre si l’on en juge du destin des personnages, mais surtout une comédie sévère où tout le monde en prend pour son grade. D’une certaine façon, on pense dans cette manière totalement démente de raconter des histoires, à un certain cinéma belge de la trempe de C’est arrivé près de chez vous..
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.


















