Le 23 octobre 2026
Une œuvre brute et intègre, dans laquelle Marina de Van, réalisatrice, comédienne, scénariste et écrivaine, met à nu un corps confronté au vieillissement et au tarissement du désir. Un grand film.
- Réalisateur : Marina de Van
- Acteurs : Marina de Van, Adrien de Van, Rachel Arditi, Juliana de Van
- Genre : Drame, Documentaire
- Nationalité : Français
- Distributeur : Atypik Studio
- Durée : 1h25mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 28 octobre 2026
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Résumé : Paris, de nos jours. Marina de Van bataille avec ses relations sentimentales, sa propre image et sa nudité à une époque où les applications de rencontres et les échanges en ligne sont légion. Dans cet autoportrait cru d’une femme approchant la cinquantaine et ce qu’on appelle « l’ère de la transparence des femmes qu’on ne désire plus », la réalisatrice s’affranchit des limites, avec humour et sincérité.
Critique : Marina De Van parle depuis longtemps de son rapport au corps, tant dans sa filmographie trop rare que ses ouvrages. En ce sens, avec Christine Angot, elle occupe une place particulière dans ce genre à tord méprisé de l’Autofiction, où elle se raconte à la fois comme objet de fiction, et enjeu d’identification pour les femmes et les hommes qui vont la lire ou l’écouter. Car avoir dépassé la cinquantaine est le chemin obligatoire de tout le monde, et dans un univers miné par l’image, les réseaux sociaux, assumer le vieillissement constitue un vrai risque. Le risque de voir sa vie affective réduite à la solitude, le risque de se voir mourir au moins psychologiquement.
Marina va à la rencontre des hommes sur des sites de rencontres. Elle se filme nue dans son appartement parisien, et pourtant, elle exprime quelque chose du dégoût d’elle-même, de la fatigue de soi dirait le philosophe Alain Ehrenberg. Sa nudité est décrite comme un poids, et le peu de rencontres sentimentales qui aboutissent la met en situation de rejet et de brutalité vis-à-vis d’elle-même et des autres. Elle accompagne les images d’un texte âpre, très poétique, qui exprime l’ambivalence du temps qui passe, du désir qui s’estompe, et de la difficulté à être soi. Ma nudité ne sert à rien n’est surtout pas un film gai. La gravité du propos s’exprime dans chacune des scènes, avec, en contrefont, une musique à peine audible, comme un écho au désarroi joyeux qui traverse l’artiste.

- Copyright Atypik Studio
Les rencontres se succèdent dans des cafés parisiens, se terminant par des échecs érotiques. Quand elle ne se perd pas dans ces fulgurances amoureuses, elle écrit, fait le bilan de son existence artistique. Marina De Van raconte le destin de nombre de personnes qui ont rêvé leur vie et qui sont restées sur un bord du chemin, entre une certaine satisfaction des années qui ont passé, et une nécessité à l’immobilisation du corps et de l’âme. Ma nudité ne sert à riendemeure une œuvre universelle qui parlera à chacun et chacune qui se sent acculé à l’impasse du vieillissement. La réalisatrice échappe à la tentation du voyeurisme en offrant une représentation de son corps qui ne soit pas exclusivement centrée sur elle. La réalisatrice, en parlant de son propre parcours, parle en réalité des femmes, confrontées au regard masculin sur leur corps, au regard des femmes sur les autres, et plus largement sur la capacité de nos sociétés modernes à accepter que la jeunesse n’est pas éternelle.
Le film bat en brèche toutes les représentations stéréotypées de l’artiste, a fortiori réalisatrice de cinéma. Oui, une cinéaste connaît des doutes, bataille pour réussir sa vie de créatrice, rien n’est jamais vraiment acquis, et le succès demeure toujours un mur à surmonter. En l’occurrence, Marina De Van fait le bilan sur une carrière en dents de scie, où elle a connu l’estime, la reconnaissance puis dans une certaine mesure, l’oubli de la presse et du public. En ce sens, la réalisatrice utilise au sens propre et au sens figuré sa propre nudité pour faire valoir la femme qu’elle est, l’artiste qu’elle est aussi. On sait la difficulté de fabriquer un film, de le distribuer, et cet exercice de style constitue une preuve en acte de la nécessité créatrice.

- Copyright Atypik Studio
Dans sa quête du désir, Marina De Van parle de cinéma. De nombreuses scènes la montrent, sur un lit, avec sa chatte, où elle revient sur celle qui a été comédienne, ou encore celle qui faisait tourner Sophie Marceau et Monica Bellucci. La peau en référence à l’une de ses œuvres est très présente dans ces instants d’éternité où l’actrice et réalisatrice se donnent à voir dans une nudité la plus totale. Le film ne bascule jamais dans la vulgarité, grâce sans doute à ces phrases qu’elle lit, qui semblent issues d’un ouvrage qui ne verra jamais le jour.
Ma nudité ne sert à rien réinvente la langue de l’Autofiction au cinéma. La gravité côtoie un certain goût pour l’auto-dérision, jusqu’à cette scène finale, où, enfin, la vie reprend son cours. Voilà un film qui rappelle avec force que la tristesse des jours n’est jamais définitive.
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