Le 30 décembre 2025
Un grand film qui déjoue le récit des expéditions européennes et exorcise les démons de la colonisation.
- Réalisateur : Lav Diaz
- Acteurs : Gael García Bernal, Dario Yazbek Bernal , Brontis Jodorowsky, Baptiste Pinteaux, Ronnie Lazaro, Rafael Morais, Roger Alan Koza, Ângela Ramos
- Genre : Drame, Biopic
- Nationalité : Espagnol, Portugais, Philippin
- Distributeur : Nour Films
- Durée : 2h43mn
- Titre original : Magalhães
- Âge : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
- Date de sortie : 31 décembre 2025
- Festival : Festival de Cannes 2025
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Résumé : Porté par le rêve de franchir les limites du monde, Magellan défie les rois et les océans. Au bout de son voyage, c’est sa propre démesure qu’il découvre et le prix de la conquête. Derrière le mythe, c’est la vérité de son voyage.
LIRE NOTRE INTERVIEW DE LAV DIAZ
Critique : Présenté à Cannes, malheureusement hors compétition, le film de Lav Diaz vient éclairer sous une lumière singulière la figure presque mythique du navigateur Fernand de Magellan, connu pour avoir entrepris la première circumnavigation de l’Histoire. Encore aujourd’hui, tous les écoliers européens apprennent le nom de Magellan, en même temps que ceux de Christophe Colomb ou Vasco de Gama, comme celui d’un aventurier téméraire, d’un explorateur héroïque habité par un dessein capable de faire plier les océans.
C’est ce mythe, cette légende humaniste de la Renaissance que Diaz vient battre en brèche, en explorant le personnage via une grande rigueur historique et surtout par le regard des peuples qu’il a massacrés et qui lui doivent leur servitude. Magellan est ici un homme de domination, qui dans plusieurs plans va jusqu’à éclipser le soleil, qui ne veut se présenter au monde que par la force et le triomphe mais dont la vie reste marquée par l’échec. Débutant pendant la conquête de Malacca en 1511, le film le suit durant les années précédant sa mort, suivant ses expéditions sous les ordres du général Albuquerque, puis son retour et sa disgrâce au Portugal et enfin, son dernier voyage aux Philippines.

- Gael García Bernal
- © 2025 Nour Films. Tous droits réservés.
La réalisation épurée, contemplative, composée majoritairement de plans fixes, ne nous prend jamais par la main, ne dicte pas à son spectateur une façon de penser, une opinion : elle présente les hommes et les faits dans leur complexité. Lav Diaz compose chacun de ses plans avec une sensibilité picturale intense, des couleurs douces, des lumières éclatantes et des lignes, des axes verticaux presque toujours présents. Il nous met face aux tableaux, à l’Histoire telle qu’elle existe dans les musées et les livres, pour mieux la défier. Magellan porte la voix des oubliés de l’histoire, dont on ne se souvient pas du nom : les victimes de Magellan mais aussi ceux qui ont mis fin à ses ambitions délirantes, ainsi que sa femme, la jeune Beatriz. Elle demeure dans le film, même après le départ du navigateur, comme un fantôme, enveloppée d’une lumière cotonneuse ; elle attend patiemment, à la fin du récit, non loin du champ de bataille où gît son mari. Les grands évènements, comme le passage du détroit auquel Magellan donnera son nom, ou les quelques scènes de bataille sont écartées du récit : font partie de l’Histoire, de la légende, et n’ont donc pas leur place ici ; seules comptent les conséquences des voyages de Magellan, toute la mort qu’il a semée derrière lui.

- Ângela Ramos
- © 2025 Nour Films. Tous droits réservés.
L’hubris de Magellan est au cœur du film ; elle lui fait perdre tout ce qu’il a, le tient à l’écart de la bonne société portugaise qui le met à l’écart notamment à cause de sa jambe malade, et le pousse à se rêver roi et même dieu. En effet, le désir qui le mène dans son périple est bien dans l’œuvre de Lav Diaz un désir de puissance : se créer son petit royaume par-delà les mers, sans aucune considération pour les peuples locaux.
La figure de Magellan est très loin de supplanter celle des habitants de l’île de Cebu : avant l’arrivée du navigateur, ils vivent en honorant leurs dieux, s’occupant de leurs familles et affrontant le deuil. Le réalisateur nous montre cette communauté par ses femmes, ses mères dont les souffrances sont utilisées par les Portugais pour se présenter en sauveurs. Ils parviennent cependant à rendre au navigateur sa violence.
Le film se termine sur cette note victorieuse : un peuple se débarrasse d’un oppresseur, d’un colon, et le personnage d’Enrique, esclave de Magellan, recouvre sa liberté.
Dans Magellan, Lav Diaz lave le passé de son verni mythique pour mieux affranchir le présent, exorciser les traumas du colonialisme et rétablir la voix, la vérité de tout un peuple qui peut symboliser tous ceux qui ont subi l’asservissement de leurs corps, de leur pensée et de leur culture, dans un mouvement historique débuté à l’époque de Magellan, et qui perdurera pendant des siècles.
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