Critique

CINÉMA

Max

Paris en bouteille

Le 17 septembre 2003

Les chambres à gaz auraient-elles pu être évitées si Hitler avait su exprimer ses traumatismes et ses angoisses sur la toile ? Avec des si...

  • karamzin 18 janvier 2007
    Max

    Et si Max Rothman, le héros fictif du film de Menno Meyes, cet artiste devenu directeur d’une galerie d’art parce que sa participation au premier conflit mondial lui a coûté un bras, ce qui l’empêche désormais de peindre, ce fils né d’une riche famille juive et cultivée avait vraiment existé et rencontré, dans le Munich de 1918, Adolf Hitler ? Type aux idées extra-larges et ne manquant pas de finesse psychologique, il aurait certainement pu stopper net, du moins si on lui avait laissé le temps, le politicien débutant qu’était alors Adolf Hitler en donnant au passionné d’architecture que celui-ci était aussi, ce qu’il recherchait le plus, la reconnaissance par un professionnel de son talent d’artiste, le bonhomme doutant fortement de ses dons. La bénédiction de Max en poche, Adolf Hitler, conforté dans l’idée qu’il se faisait de sa vocation, se serait mis alors à cracher du trait à longueur de journée. Accaparé par la recherche de la pureté d’une courbe dans une occupation saine et noble, il se serait ainsi éloigné une fois pour toutes de ces frénétiques soirées où il aiguisait ses talents d’orateur dans de fallacieux discours sur la pureté de la race. L’art ayant tué dans l’œuf l‘homme politique, le dictateur ne serait bien évidemment pas né et la seconde guerre mondiale, par voie de conséquence, remise aux calendes grecques.

    Et si. Le moins que l’on puisse dire de l’hypothèse qu’émettait le pote à Steven Spielberg dans Max, dans ce film qu’il tournait en 2002, est qu’elle est ne manque pas de culot. Certains chiffres méritent en effet que l’on s’en tienne aux faits, WW2 ayant fait dans le monde plus de soixante millions de victimes. Supposition déplacée, elle semble aussi totalement dénuée de fondements, l’histoire ayant prouvé qu’après la reddition de l’Allemagne signée à Rethondes, Adolf Hitler, revanchard parce qu’il ne supportait pas d’avoir perdu la guerre et plus antisémite que jamais, éprouvait bien moins d’intérêt et de goût pour les belles perspectives et le calcul des lignes de fuites appris à Vienne une douzaine d‘années plutôt, que pour son action politique.
    Fâché par cette hypothèse qui n’avait pas lieu d’être, le spectateur de Max pourrait tout aussi bien l’être et d’une, par le peu d’imagination dont a fait preuve celui qui l’a émise pour la mettre en scène - en effet, que de situations attendues, le plus exemple en étant sûrement la mort de Max en héros, en souffre-douleur de tout un peuple -, et de deux, par ce trop-plein d’imagination qu’il manifeste parfois - Rothman a installé sa galerie d’art dans une usine désaffectée que renieraient certainement pas les plus branchouilles de nos artistes actuels -, et de trois, par ce Max justement (John Cusack), il est à la fois bien trop beau, bien trop bon, bien trop riche, trop bien marié, bien trop lettré, bien trop à l’écoute de ses ennemis jurés, bref, bien trop parfait pour être vrai, et enfin par la trop médiocre prestation de Noah Taylor en Hitler. Hors de lui, puisque l’acteur s’est physiquement enlaidi pour interpréter le rôle, il n’en est pas pour autant entré dans la peau de son personnage comme avait su si bien le faire Bruno Ganz de la Chute d’Hirschbiegel.

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