Le 14 mai 2026
Un film d’horreur agréable, proposant une thématique intéressante et à la réalisation efficace, même si le long métrage manque de substance...
- Réalisateur : Natalie Erika James
- Acteurs : Robert Taylor (2), Danielle Macdonald, Midori Francis, Madeleine Madden
- Genre : Épouvante-horreur
- Nationalité : Australien
- Distributeur : Shadowz / Program Store
- Date de sortie : 3 juin 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Une étudiante en médecine mal dans son corps se met à consommer une étrange gélule pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui envahit de plus en plus son quotidien.
Critique : Dès sa sortie, il semblait assez entendu que The Substance de Coralie Fargeat, qui défiait le culte patriarcal de la jeunesse à grand coup de body horror grand-guignolesque, avait le potentiel d’engendrer une descendance : Saccharine est de cette lignée.
Il nous raconte les déboires d’Hana, une étudiante en médecine souffrant de boulimie et d’une grande difficulté à accepter son corps. Alors que tous ses efforts lui semblent vains et la tâche insurmontable, elle croise une ancienne amie qui a perdu énormément de poids sans rien faire grâce à des pilules miracles, qui sont en réalité composées de cendres humaines. Se servant sur un des cadavres du cours d’anatomie, Hana va fabriquer ses propres cachets tout en commençant à être témoin de phénomènes surnaturels et autres possessions en tout genre.

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Saccharine est une œuvre éminemment dans l’air du temps, que l’on peut lire comme une métaphore du phénomène Ozempic, médicament controversé contre le diabète qui a été détourné comme drogue magique pour s’empêcher de manger, non sans risques pour l’appareil digestif. Hana a la même relation à ses macabres gélules : elles représentent un échappatoire facile, une façon d’atteindre l’apparence souhaitée sans avoir à travailler une seule seconde sur son alimentation et surtout sur les raisons psychologiques de ces désordres alimentaires. Le film développe une critique intéressante du désir mortifère de la réduction de son propre corps qui confine à la négation de soi et donc celle de l’autre, car dans ce cadre de recherche d’un idéal seuls ceux qui y correspondent ont le droit d’être perçus comme des humains. C’est ce que fait Hana d’abord avec elle même mais surtout avec le corps de cette infortunée, une femme obèse dont elle ne connait pas le nom et qu’elle surnomme Bertha (la grosse Bertha), pendant la majorité du récit. Même dans la mort, cette femme n’est pas vue comme autre chose qu’une « grosse » dont l’individualité n’a aucune importance. Elle devient d’ailleurs une allégorie, un réceptacle des peurs d’Hana, qui prend de plus en plus de place à mesure qu’elle essaie de la cacher, cette femme qu’elle a peur de devenir, ce corps qui la dégoûte. Elle en apprend plus sur celle qui s’appelle en réalité Grace, une autre version d’elle-même à qui personne n’a laissé de chance. Les deux femmes, la vivante et la morte, sont l’incarnation du fait de ne pas se laisser vivre à cause de ses complexes, d’être mangé de l’intérieur par une quête de maigreur sans fin : le fantôme qui tourmente Hana n’est jamais rassasié. La réalisatrice traite assez bien des fringales boulimiques et surtout de la honte qui les accompagne ; elle met en scène le surplus, la saturation matérielle de la nourriture mâchée, déchirée, accentuant l’horreur de l’acte de destruction d’Hana. Le fantôme est d’ailleurs aussi un symbole de ce refoulé, de la perte de contrôle, du fait d’être sale, peu désirable par le fait de manger trop et surtout de sortir de la norme. Saccharine porte une attention particulière aux détails peu ragoûtants que l’on ne nous cache pas, mais aussi à une manière de filmer le corps féminin sous des aspect beaucoup plus réalistes et « imparfaits » que ce à quoi le cinéma anglo-saxon est habitué. La caméra se détourne peu ? même dans lors des scènes les plus graphiques, filmant l’intérieur des corps de très près. L’accent est également mis sur le contexte familial et les troubles alimentaires : Hana est coincée entre son père obèse dont l’addiction à la nourriture le détruit, l’éloignant de sa famille, et sa mère exerçant sur elle une grande pression psychologique, ne lui parlant que de son poids.

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Cependant, une fois que Saccharine a déposé tous ces éléments devant son spectateur, il ne les exploite qu’assez peu : on a l’impression d’un trop-plein que le film ne maîtrise absolument pas. La protagoniste ne se réconcilie jamais vraiment avec son corps ou son poids, tout est interrompu par la marche de la narration qui doit se conclure au détriment de l’évolution du personnage. Hana n’apprend jamais à se libérer des codes de cette féminité « idéale », ne soigne que très peu son rapport à la nourriture. De la même façon, le conflit avec ses parents, qui lui ont infligé de réelles blessures, n’est jamais résolu. Le propos ne va guère plus loin que des enjeux personnels, les problèmes psychologiques d’une jeune femme, mais ne s’oriente que très peu vers la critique d’un véritable vice sociétal, d’une norme patriarcale à l’origine de toutes ces images, de toutes ces normes qui influencent à des degrés variés. De la part d’une œuvre qui se positionne comme embrassant le body positivisme, il est étrange de la voir se complaire dans une utilisation du corps obèse comme un objet de peur et de dégoût. L’évocation du lesbianisme est également plus que lacunaire et ne dépasse pas quelques répliques, dont une digne du meilleur post Tumblr : « Est-ce que tu veux être avec elle ou être elle ? » La jeune femme objet du désir d’Hana reste un objet, la belle fille sportive vêtue de rose que l’on veut à la fois posséder et incarner, mais rien de plus. Le film l’évoque mais ne le traite pas.
Enfin, Saccharine se clôt sur une scène qui rend son propos encore plus confus voire inexistant, avec un cliché de film d’horreur qui relance la terreur une dernière fois pour finir sur un coup d’éclat, mais ne fait que réduire la portée de l’œuvre, la rendre convenue.
La réalisatrice Natalie Erika James livre un body horror amusant mais trop timoré tant dans sa forme que son fond, et qui souffre donc de la comparaison avec The Substance. Ce film divertissant sait toucher certains points avec justesse mais ne pousse malheureusement pas sa réflexion jusqu’au bout.
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