Qu’elle était verte ma forêt
Le 15 octobre 2024
Même si son message écologiste et humaniste est un peu complaisant, Sauvages est un film humble à l’esthétique tout à fait remarquable. La cote de l’animation en volume est loin de redescendre.


- Réalisateur : Claude Barras
- Genre : Animation, Film pour enfants
- Nationalité : Français
- Distributeur : Haut et Court
- Durée : 1h27mn
- Date de sortie : 16 octobre 2024
- Festival : Festival d’Annecy 2024

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Résumé : À Bornéo, en bordure de la forêt tropicale, Kéria recueille un bébé orang-outan trouvé dans la plantation de palmiers à huile où travaille son père. Au même moment, Selaï, son jeune cousin, vient trouver refuge chez eux pour échapper au conflit qui oppose sa famille nomade aux compagnies forestières. Ensemble, Kéria, Selaï et le bébé singe baptisé Oshi vont braver tous les obstacles pour lutter contre la destruction de la forêt ancestrale, plus que jamais menacée.
Critique : Alors que le cinéma d’animation traditionnel en deux dimensions semble avoir été mis au placard par les plus grands studios (Disney, DreamWorks…), l’animation en volume, pourtant expérimentée depuis la naissance du cinématographe par des cinéastes fondamentaux tels Ladislas Starewitch et Leni Riefenstahl, ne semble pas prête de fermer l’opérateur, modernisée d’année en année par des sociétés remarquable comme Aardman et Laïka, et parvenant toujours à trouver son public.
Si la France n’a plus rien à prouver concernant l’animation en images de synthèse, elle a aussi su faire ses preuves quant à la maîtrise de l’art rigoureux du stop motion. En témoigna, en 2016, le modeste et surprenant Ma vie de Courgette. Huit ans plus tard, le réalisateur Claude Barras réitère avec Sauvages, un film plus ambitieux et tout aussi réussi.
- Copyright Haut et Court
L’on pourrait qualifier le métrage de huis clos extérieur, son intrigue se déroulant presque exclusivement en plein cœur de la forêt tropicale. Là où les décors du précédent long-métrage de Barras étaient simples sans être simplistes, ceux de Sauvages sont plus riches, plus foisonnants, plus détaillés aussi : les plantes, les arbres, les lianes, les animaux, les ponts de singe, y sont mis en scène avec un certain sens du réalisme.
Bien articulées, les marionnettes restituent le mouvement dans la cadence si particulière et délicate des films en stop motion. Photographie et colorimétrie achèvent de donner à l’ensemble du film une esthétique touchant, par la profondeur et la nuance des couleurs, à l’onirisme.
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De par les protagonistes qu’il met en scène, Sauvages s’adresse clairement à un jeune public, vulgarisant le contraste entre la civilisation industrialisée et connectée – même perdue en pleine forêt, Kéria, la jeune héroïne, ne peut s’empêcher de prendre des photos avec son smartphone – et les peuples autochtones vivant encore comme à l’aube de l’humanité, en harmonie avec la nature. Ainsi, c’est dans sa morale très appuyée – notamment au travers du personnage de Jeanne, écologiste anticapitaliste radicale – que le film trouve sa limite, malgré quelques nuances bien amenées.
Nul doute qu’il parviendra tout de même à trouver son public durant les vacances de la Toussaint. Son histoire devrait plaire aux enfants, tandis que sa direction artistique touchera, à n’en pas douter, les adultes.
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