Le 16 juillet 2026
Au-delà d’une certaine étrangeté habitée de poésie, le nouveau film d’Akiko Ohku après le délicieux Tempura parvient à dégager une belle émotion sur l’amour et les regrets. Une invitation à vivre l’instant présent.
- Réalisateur : Akiko Ohku
- Acteurs : Yūmi Kawai, Kodai Kurosaki, Riku Hagiwara, Aoi Itô, Hajime Anzai, Kôdai Asaka, Honoka Matsumoto, Arata Furuta
- Genre : Comédie dramatique, Romance
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Art House Films
- Durée : 2h08mn
- Titre original : Kyo no Sora ga Ichiban Suki, to Mada Ienai Boku wa
- Date de sortie : 22 juillet 2026
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Résumé : À Kyoto, entre l’université et un petit boulot dans des bains publics, Toru garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur. Quand il rencontre Hana, mystérieuse, lumineuse, fragile, l’évidence naît entre eux... avant qu’elle ne disparaisse soudainement.
Critique : Il y a des titres qui ne laissent jamais indifférents. La traduction internationale du nouveau film d’Akiko Ohru est particulièrement réussie, donnant dès le nom, la tonalité d’une œuvre où va se mêler à la poésie des sentiments, la profondeur des émotions. Le ciel est en effet très présent dans cette romance d’une grande maîtrise, avec ses jaillissements de pluie et de soleil dont le héros, Toru, ne cesse de se protéger avec son parapluie immense qu’il baisse lorsqu’il refuse de croiser le regard d’une personne. Le jeune homme est étudiant, partageant son existence entre son travail nocturne dans un sauna japonais et des études apparemment peu motivantes. On retient surtout de lui qu’il mène une existence langoureuse, pétrie de solitude et de rêveries.
"Ce fut comme une apparition." avait écrit Flaubert dans son célèbre roman L’éducation sentimentale. La comparaison est aisée pour ce film qui s’ouvre réellement sur l’apparition d’une jeune étudiante dont Toru tombe littéralement amoureux. Tout le film s’apparente véritablement à un chemin initiatique sur les pas d’une forme d’éducation sentimentale pour paraphraser l’écrivain français. D’ailleurs, comme dans le roman, les révoltes étudiantes grondent dans la rue, et surtout le jeune héros trimbale une existence médiocre, faite de regrets, d’indifférence générale et d’absence de repères. On ne lui connaît ni parents, ni amis à part ce camarade de faculté ou cette collègue de boulot, Sacchan, qui va se révéler être un personnage majeur de ce récit romanesque.

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Si d’ailleurs l’histoire du cinéma doit retenir quelque chose, c’est bien le monologue magistral entonné par Sacchan à la sortie du travail, qui déclame son amour pour Toru et surtout la nécessité de vivre véritablement l’instant présent. Cette scène d’anthologie constitue une bascule dans le défilement de la narration, le récit jusqu’alors se perdant parfois dans une mise en scène de par trop poétique, voire même un peu naïve. La gravité du propos prend alors le pas sur ce qui pouvait jusqu’alors ressembler à une succession d’impressions et de ressentis dans un Japon sage et poétique. La ville occupe une place assez moindre par rapport à nombre de fils japonais, les décors étant réduits à quelques endroits urbains ou des intérieurs très précis comme l’université ou le bain public, ce qui oblige les acteurs à prendre une place considérable dans l’expression de leurs émotions.

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On pourrait reprocher un format un peu long, d’autant que c’était la remarque principale que nous avions du précédent film d’Akiko Ohku Tempura. On y retrouve la même force à sublimer le quotidien de jeunes gens dans une mise en scène plutôt dépouillée, qui flirte en permanence avec l’esprit littéraire et poétique. Les dialogues sont très beaux, très fournis, emprunts d’une philosophie que l’on pourrait rapprocher de l’Ikigai japonais qui force chacun d’entre nous à trouver une raison d’être chaque jour. L’existence est d’autant plus volatile et sujette à forcer le bonheur que la réalisateur agrémente son propos du thème de la sérendipité. Cette philosophie du hasard est d’ailleurs elle-même très présente dans le roman de Gustave Flaubert qui décidément partage beaucoup de points de vue avec le film d’Akiko Ohku.
Le long-métrage rend un bel hommage au travail du son au cinéma. La pluie est très présente, et avec elle, s’ensuivent des sonorités très différentes comme le bruit d’une boite aux lettres qui s’ouvre, le curetage d’un bassin, ou d’autres sons plus violents sortis d’un téléphone portable. Sous le ciel de Kyoto est un film de cinéma, au sens prestigieux du terme, où les sons, les images, les couleurs et les lumières sont au service d’un récit emprunt de beauté et de philosophie. Un régal pour les sens du spectateur.
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