Le 3 novembre 2026
Teenage Sex and Death at Camp Miasma propose une relecture singulière du slasher, à la fois hommage séduisant aux productions horrifiques des années 1970 et 1980 et réflexion sur les représentations qu’elles ont véhiculées, au risque de se perdre dans ses ambitions.
- Acteurs : Gillian Anderson, Dylan Baker, Arthur Conti, Hannah Einbinder, Zach Cherry, Patrick Fischler
- Genre : Épouvante-horreur, Expérimental, LGBTQIA+, Teen movie, Slasher
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h52mn
- VOD : MUBI
- Date de sortie : 17 septembre 2026
- Plus d'informations : Le site de MUBI
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– En VOD sur MUBI le 2 octobre 2026
– Sortie en salle : uniquement le 15 septembre 2026
– Festival de Cannes 2026 : Queer Palm
Résumé : Après plusieurs suites bâclées et une communauté de fans sur le déclin, une jeune réalisatrice enthousiaste reprend les rênes de la franchise de slasher CAMP MIASMA. Mais alors qu’elle rend visite à la star du premier film, une actrice mystérieuse et recluse, les deux femmes s’entraînent dans un univers sanglant entremêlant désir, peur et hallucinations.
Critique : À peine Halloween passé, l’envie de prolonger les frissons peut se faire sentir. Avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma (disponible sur MUBI), Jane Schoenbrun propose une relecture singulière du slasher, à la fois hommage aux productions horrifiques des années 1970 et 1980 et réflexion sur les images, les normes et les représentations qu’elles ont véhiculées.

- © MUBI
Kris (Hannah Einbinder), jeune cinéaste revendiquant une approche contemporaine et volontiers queer du cinéma, est chargée de relancer la franchise horrifique Camp Miasma. Pour cela, elle doit composer avec Billie Presley (Gillian Anderson), ancienne vedette de la série de films, dont le parcours renvoie à un Hollywood d’un autre temps. Leur relation se construit d’abord autour du cinéma : Kris cherche à reprendre les codes d’une franchise qui appartient à l’histoire de Billie, tandis que cette dernière porte en elle les traces de sa propre expérience des tournages. Mais ce dialogue entre une réalisatrice et une actrice dépasse progressivement le seul cadre professionnel. Il fait émerger des questionnements plus intimes sur leur sexualité respective, le désir partagé, les traumatismes et les tabous qui les entourent.
Jane Schoenbrun joue sur le décalage entre ces deux univers avec une ironie réjouissante. D’un côté, le vieil Hollywood incarné par Billie et son quotidien ; de l’autre, Kris, qui entend remettre en question les codes, les angles morts et les représentations du cinéma d’horreur classique. Mais le film ne se contente pas d’opposer deux époques. Les séquences contemporaines alternent avec des extraits des anciens Camp Miasma, qui éclairent ce que Billie a vécu de plus épouvantable pendant les tournages. Les images se répondent, les frontières deviennent poreuses : le passé n’est jamais tout à fait derrière elle, la fiction n’est jamais loin de la réalité, et la création se construit aussi dans la transmission et la réappropriation d’un héritage. Ce parcours de Billie permet également d’aborder la place réservée aux actrices vieillissantes dans une industrie qui les a souvent célébrées pour leur jeunesse, avant de les marginaliser.

- © MUBI
C’est donc à travers la représentation des femmes et de leur sexualité que le regard critique du film se précise. Dans le slasher classique, les adolescentes sont prises dans une contradiction révélatrice de la morale puritaine de l’époque : leur sexualité est souvent envisagée selon des modèles masculins, qui les incitent à se rendre désirables, mais celles qui passent à l’acte deviennent à leur tour des cibles à abattre. La perte de virginité, fréquemment associée à une faute, se transforme ainsi en condamnation narrative. En revenant sur ces conventions, le film questionne moins l’héritage du genre en lui-même que la morale problématique qu’il a longtemps contribué à diffuser. Il s’intéresse aussi à la manière dont ces images ont pu façonner les représentations de la sexualité chez les jeunes spectatrices, tout en faisant une place à des désirs et des identités que le cinéma de cette époque tendait à invisibiliser ou à stigmatiser.
Le film est un véritable oignon. Il se découvre couche après couche, jusqu’à arriver en son cœur : loin de se limiter à une satire d’un cinéma masculiniste, Jane Schoenbrun signe une ode explosive à l’amour lesbien, piratant les codes d’un système qui a historiquement tenté de le cadrer. Cette richesse thématique s’accompagne d’une forme très particulière. Montage incongru, images artificielles, humour absurde et références nombreuses au cinéma d’horreur composent un objet volontiers expérimental, parfois gore ou hallucinatoire, qui joue avec les attentes du public. Certaines trouvailles sont particulièrement savoureuses, comme ce rapprochement entre une discussion sur le désir féminin et de longs plans langoureux de morceaux de poulet trempés dans une sauce.

- © MUBI
Mais l’accumulation des pistes peut aussi brouiller le récit. À partir du dernier tiers, le film bascule davantage dans la mise en abyme et la réflexion métaphysique : Kris questionne sa place dans son propre film, son emprise sur celui-ci, jusqu’à se demander si elle ne serait pas elle-même appelée par l’œuvre. Une ambition stimulante, mais qui finit par rendre l’ensemble plus difficile à suivre.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma suscite ainsi une tension entre admiration intellectuelle et expérience de cinéma parfois laborieuse. Jane Schoenbrun fait preuve d’une véritable inventivité et propose une réflexion pertinente sur l’héritage du cinéma d’horreur, mais toutes les idées ne trouvent pas leur juste mesure. Singulier et euphorisant, le film pourra fasciner les amateurs de formes expérimentales et de références horrifiques, tout en laissant d’autres spectateurs à distance.
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