Le 21 mai 2026
Un premier film du réalisateur libanais Rakan Mayasi qui recèle beaucoup de qualités notamment dans la conduite d’acteurs mais qui manque singulièrement de rythme.
- Réalisateur : Rakan Mayasi
- Acteurs : Yasser Al Mawla, Jawaher Al Mawla, Rim Al Mawla
- Genre : Drame
- Nationalité : Belge, Libanais, Palestinien, Saoudien, Qatari
- Distributeur : L’Atelier Distribution
- Durée : 1h40mn
- Titre original : Yesterday the Eye Didn't Sleep
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Un Certain Regard
Résumé : Dans un village bédouin de la Vallée de la Bekaa, à la frontière entre le Liban et la Syrie, une jeune femme disparaît. Pendant les recherches, son cousin Yasser renverse par accident un homme d’un clan rival. Ses sœurs, Rim et Jawaher, sont désignées pour réparer la faute. Leur sacrifice suffira-t-il à éviter la vengeance et au feu de se propager ?

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Depuis le conflit qui brutalise le Liban, on avait presque oublié que ces terres isolées, pas très éloignées de la Syrie, abritent aussi des lieux de paix où différents groupes culturels cohabitent sans vraiment partager le sens d’un pays qui leur serait commun. La vallée de la Bekaa est réputée pour son multiculturalisme religieux notamment. Ainsi, Une disparition restitue ce cosmopolitisme social et culturel avec l’exemple de deux tribus qui se retrouvent confrontées à un différend grave, suite à un accident de la route.

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Rakan Mayasi est parvenu à réaliser un film dans le contexte que l’on connaît du Liban et de la Palestine. Il implante son récit dans la vallée de la Bekaa qui, sans doute, est encore préservée des bombes qui détruisent le Liban. Pour autant, il faut beaucoup de courage pour réunir des crédits et écrire un film de cette trempe. La disparition semble s’inscrire dans la continuité de grands films iraniens, dont le réalisateur est lui-même spécialiste, tant les femmes sont à la fois les pivots essentiels de la fiction et les victimes d’un marchandage orchestré par des communautés d’hommes. Deux sœurs sont en effet sacrifiées pour mettre fin à un conflit entre les deux clans, au bénéfice de l’auteur de l’accident : la première va être mariée à un homme de la tribu adverse et l’autre est condamnée à quitter la région. Cette justice populaire fait référence à un cinéma iranien qui n’a de cesse de dénoncer la terrible loi du talion.
Le problème de La disparition demeure le manque de rythme. Le cinéaste a réalisé un film très bavard, certes nécessaire pour donner les clés de compréhension aux spectateurs, mais qui aurait eu beaucoup à gagner en allégeant les dialogues. Les paysages, les villages sont assez absents du récit, à l’exception de la fin drôle et magnifique qui fait honneur à cette région du Liban. Les femmes tiennent le haut de l’affiche dans une fiction où elles sont proprement sacrifiées pour préserver les hommes. L’ambiguïté toutefois est notable dans la mesure où le réalisateur défend à la fois l’émancipation nécessaire des femmes, mais ne parvient pas pourtant à les filmer dévoilées. Ce paradoxe vient presque à l’encontre du projet du cinéaste dont on ne saisit pas toujours la ligne idéologique.

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Maintenant, La disparition reste un film très honorable. Concourant au prix Un Certain Regard 2026, il vient nourrir l’éclectisme de la sélection qui montre le monde sous de multiples facettes. En 2025, le prix de la mise en scène avait été décerné à un film palestinien Once Upon a Time in Gaza. C’est dire la vivacité du cinéma de cette partie du monde qui résiste autant qu’elle peut à la guerre. Ainsi, Rakan Mayasi participe à un mouvement cinématographique que la pénurie économique, les conflits, les muselages politiques et idéologiques ne sauront étouffer.
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