Le 30 août 2026
Nanni Moretti devient papa et, dans sa panne créative, crée une œuvre réflexive sur une Italie en pleine crise politique.
- Réalisateur : Nanni Moretti
- Acteurs : Nanni Moretti, Silvio Orlando
- Genre : Comédie, Documentaire, Politique
- Nationalité : Italien
- Distributeur : Bac Films, Malavida Films
- Durée : 1h18mn
- Reprise: 30 septembre 2026
- Date de sortie : 20 mai 1998
- Festival : Festival de Cannes 1998
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– Reprise en version restaurée : 30 septembre 2026
Résumé : La vie de Nanni, « splendide quadragénaire », entre les élections de 1994 (remportées par Berlusconi) et 1997. Les doutes, pannes d’inspiration et interrogations sur l’avenir de la gauche italienne, mais aussi l’entrée dans la paternité. Un autre enjeu, non des moindres : Nanni parviendra-t-il afin à lancer son projet de comédie musicale sur un pâtissier trotskyste ?
Critique : Et si finalement le film le plus politique de Nanni Moretti était son film où il n’arrive plus à en faire ?
Dans Aprile (1998), Moretti filme sa vie entre 1994 et 1997 : la victoire de Berlusconi, l’impuissance de la gauche italienne, la naissance de son fils... et surtout son incapacité à savoir quel film faire.
D’abord, il veut réaliser un documentaire sur l’Italie. Il souhaite comprendre Berlusconi (c’est compliqué), dénoncer le conflit d’intérêts, interroger cette gauche qui semble incapable de répondre à la droite. Devant sa télé, il devient spectateur de son impuissance. Il ne commente plus. Il se contente de regarder.
Il supplie devant son écran de télévision pour que les dirigeants de gauche tiennent des propos de gauche. Dans cette injonction, Moretti demande au cinéma de dire ce que la politique ne parvient plus à exprimer. Alors, il essaie de filmer. Des manifestations, des hommes politiques, l’arrivée des migrants albanais. Mais là encore, cela coince. Les questions sonnent artificielles, tout semble préchauffé. La réalité lui échappe. Le documentaire ne produit pas de vérité intéressante.
Pendant ce temps, sa vie continue. Sa compagne est enceinte. Son fils naît, tandis que l’Italie se métamorphose politiquement. Le titre Aprile désigne ce croisement entre Histoire et intimité. En avril 1996, la gauche gagne les élections et il devient père. Moretti fait ainsi entrer en collision le public et le privé.
Pendant qu’il s’inquiète de l’avenir de l’Italie, il veille aussi à ce que son fils mange bien. Alors qu’il veut comprendre la politique, il mesure le temps qu’il lui reste à vivre. Et lorsqu’il cherche le grand sujet de son prochain film, il passe son temps à ne pas le tourner.
La forme du film épouse cette crise. C’est fragmenté, digressif, presque constamment interrompu. Une dispersion qui n’est pas un défaut puisqu’elle est précisément le sujet du long métrage. Moretti fait de son impossibilité à représenter l’Italie le véritable sujet du film.
Puis, au final, après avoir voulu entreprendre un documentaire sur l’Italie, il revient sur une vieille idée déjà évoquée dans Journal intime (1993) : une comédie musicale sur un pâtissier trotskiste.
Cela paraît absurde. Ça l’est. Et c’est justement magnifique, parce qu’en renonçant au grand film politique qu’il pensait devoir faire, Moretti retrouve le plaisir de fabriquer des images. Ce n’est pas pour autant qu’il dépolitise son œuvre, ses doutes ou son pâtissier trotskiste. Il change juste d’échelle.
Moretti comprend que pour filmer l’Italie, son Histoire, il faut parfois commencer par filmer l’intime.
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