Le 3 juin 2026
Une expérience de cinéma radicale et unique en son genre, qui a permis de faire connaître le réalisateur Mark Jenkin, véritable artisan de l’image.
- Réalisateur : Mark Jenkin
- Acteurs : Mary Woodvine, Edward Rowe, John Woodvine, Giles King, Morgan Val Baker, Tristan Sturrock, Isaac Woodvine
- Genre : Comédie dramatique, Noir et blanc
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : ED Distribution
- Durée : 1h29mn
- Date de sortie : 3 juin 2026
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– Année de production : 2019
Résumé : Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au profit d’une activité touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches Londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village.
Critique : Faire du cinéma à la manière de Mark Jenkin, c’est décider que l’image, le scénario, et le montage échappent à toute forme de normativité esthétique et commerciale. Bait, premier film du réalisateur, propose une expérience qui tranche avec les codes attendus, offrant un récit âpre où la rudesse sociale côtoie le tragique et le merveilleux.
Deux mondes s’opposent, sans aucune ligne de partage possible. D’un côté, il y a le pêcheur qui, bar après bar, tente à la sueur de son front rugueux de réunir une somme d’argent capable de lui permettre d’acheter un bateau qui sera sa seule garantie d’une autonomie financière ; en face,, on trouve es gens de la ville qui achètent les maisons ancestrales du coin pour les louer à des touristes ou passer eux-mêmes leurs propres vacances. Ils décorent les murs de leur nouvelle acquisition avec des filets, des bouées, les mêmes matériaux qui constituent les outils quotidiens de ceux qui vivent de la force de leurs bras. Mark Jenkin s’inspire ainsi de la Cornouaille anglaise où il vit pour tisser un récit qui tente de conjuguer l’arrivée des Londoniens riches dans des maisons qui perdent peu à peu leur identité, et la survie de plus en plus difficile des populations locales et ouvrières qui renoncent à leur travail pour s’adonner à l’industrie du tourisme.

- Copyright ED Distribution
Mark Jenkin choisit de réaliser une œuvre radicale, tant dans l’esthétique de l’image que le montage. Les objets sont filmés de très près, et se succèdent dans des plans coupés de façon presque artisanale. L’enjeu pour le cinéaste est de rendre compte des réalités qui s’entrechoquent à travers des objets, des gestes du quotidien. L’amour parvient pourtant à s’inviter dans la rugosité des lieux et des images, même s’il est de toute façon voué à échoir dans la tragédie. On pense à l’immense film de Rainer Werner Fassbinder Querelle, d’après Jean Genet, où la plongée de la fiction dans le monde des marins se confond avec l’érotisme ravageur des visages brûlés par la mer. Pour autant, la mise en scène, très occupée à regarder les habitants dans leur quotidien, refuse la nudité, encore moins la sexualité. Seuls les regards d’un adolescent sur un autre par révèlent que les lignes de flottaison se brouillent dans un univers déjà entravé par la perte de repères des autochtones.

- Copyright ED Distribution
Bait, tourné en 2019, a été couronné d’un grand nombre de récompenses. Il a fallu attendre 2026 pour le trouver sur nos écrans. En même temps, le long-métrage semble totalement ancré dans une forme d’effacement des années. Le grain de l’image, le montage, le choix des lumières et le noir et blanc pourraient aisément faire référence à une œuvre des années 1950. Justement, le fait qu’il ait fallu sept années pour lui distribuer en France renforce la dimension intemporelle de cette œuvre originale et puissante.
Bait est un grand film, au sens d’un spectacle de la radicalité et de l’humanité qui se défait. Il se dégage de ce noir et blanc haché et abîmé une mélancolie profonde, comme si les mondes d’hier étaient définitivement révolus. La détermination du personnage principall à ramasser les billets pour s’offrir un bateau ou à traverser les rues dénote un basculement du temps dans un monde où la place à l’authenticité n’est plus. Le fantastique guette avec l’apparition furtive de ces statues immobiles ou de ces visages à travers les fenêtres, signe peut-être que dans un univers qui décline, il ne reste plus que l’imagination pour le perpétrer.
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