Le 27 janvier 2026
Un essai nécessaire pour comprendre les enjeux esthétiques, sociaux et culturels d’aujourd’hui dans le monde cinématographique.
- Auteur : Rob Grams
- Editeur : Les Liens qui libèrent
- Genre : Essai
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 4 février 2026
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur
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Résumé : Le « bourgeois gaze », à l’instar du male gaze, imprègne notre culture. Ce terme désigne cette manière particulière de filmer et raconter le monde, depuis une position sociale dominante et minoritaire qui se prétend pourtant universelle.
Critique : En voulant écrire ce papier, je ne savais pas trop quoi dire à part : « oui je suis d’accord, cet auteur a raison ». On peut dire que c’est cathartique. Cela replonge dans des souvenirs où l’on a été confronté à ce regard bourgeois. C’est désagréable mais jouissif grâce à la verve acide et sarcastique de l’auteur. Il ne s’empêche pas de secouer individuellement les membres actifs d’un microcosme conservateur. Rob Grams ne se contente pas uniquement de pointer du doigt les acteurs du monde bourgeois : il explique en quoi ce trop-plein de « bourgeois gaze » appauvrit l’esthétique des films, décrédibilise les récits, freine la pluralité sociale à l’écran, déforme la réalité, crée une scission dans le public français…
Il y a deux genres où les bourgeois ont la mainmise : le film « social » et la comédie « populaire ». Cela va de Vincent Lindon avec sa fausse moustache de CGTiste à Christian Clavier, la figure de proue du conservatisme xénophobe et raciste.
Dans le film social, on souhaite se rapprocher du réel mais sans faire face à l’ennui et à la répétitivité de la classe populaire. Les gens normaux n’ont pas le droit à une représentation digne. La raison est simple : ce cinéma n’est pas pensé pour lui, il est pensé pour un public bourgeois venu chercher le grand frisson. Rob Grams donnent des solutions de représentation par l’analyse filmique de Ressources humaines (Laurent Cantet, 1999), Rosetta (les frères Dardenne, 1999), Violence des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003) ou La Terre tremble (Luchino Visconti, 1948). C’est un pattern de l’ouvrage, vous livrer des données et des analyses désespérantes pour qu’au chapitre suivant des solutions rationnelles soient proposées.
Les individus constituant la bourgeoisie productive sont une problématique qui en apporte un tas d’autres. La surreprésentation de Paris, la dépolitisation des œuvres, une presse critique édulcorée, des moyens de production contrôlés… Quand on a grandi dans la campagne des Landes, à Soustons, avant de s’installer à Marseille, il est compliqué de trouver un cinéma représentatif de ces deux géographies. Le monde rural est sous-représenté, et quand les habitants apparaissent, c’est souvent en tant qu’arriérés violents, homophobes et/ou crades (Sheitan de Kim Chapiron, Vingt dieux de Louise Courvoisier, Tom à la ferme de Xavier Dolan, As Bestas de Rodrigo Sorogoyen).
Pour ce qui est de Marseille, depuis quelques années le peuple phocéen s’est emparé des caméras pour produire un cinéma singulier mais peu distribué (Diamant brut d’Agathe Riedinger, Bonne mère de Hafsia Herzi, Les filles désir de Prïncia Car). Quand il s’agit d’un arriviste parisien comme Cédric Jimenez (BAC Nord), cela donne des films avec une vision altérée, la même que celle d’un enfant victime de ses propres cauchemars. Mais n’en voulons pas à Jimenez. contrairement à ses camarades, il a des prises de position politiques. Pas de centrisme. On se positionne du côté des chiens de garde de la République.
Dans le cinéma centriste, c’est évidemment le cinéma à thème impérialiste qui a le plus d’influence. Une dépolitisation particulièrement présente dans un sujet comme la guerre. De 1917 à Oppenheimer en passant par Civil War (film produit par la société « indépendante » A24 et dont le réalisateur s’est positionné comme centriste) Rob Grams montre le danger culturel en provenance de ce genre d’œuvre qui nous font regretter Punishment Park de Peter Watkins ou le Nouvel Hollywood.
L’auteur, par la suite, aborde un sujet trop peu mis en avant : la critique. Si l’industrie du cinéma est contrôlée par la bourgeoisie, la critique n’échappe pas à cela. Conséquences, les films au regard bourgeois récoltent les fleurs, le reste peut aller se gratter même si il est question de Palme d’or (Sans filtre de Ruben Östlund, pamphlet anticapitaliste). D’ailleurs, il nous rappelle que le festival de Cannes a été créé par Jean Zay, le Front populaire et la CGT en réaction à la création de la Mostra de Venise créée en 1932 (Cette dernière s’étant déroulée en 1939 en présence de Joseph Goebbels. Il est bon de rappeler aussi, qu’avant de devenir une bulle bourgeoise rythmée par le bling-bling, la cocaïne et les villas de luxe, il arrivait que les participants de cet événement se révoltent contre l’injustice et l’inefficacité étatique. Heureusement, il nous reste les Golden Globes et les Oscars où il suffit de porter un pin’s et de sortir deux trois phrases toutes faites sur les inégalités dans le monde pour endormir le public.
Arrive l’avant-dernier chapitre. Le plus lourd et désespérant. Cela a été dur de retenir ses larmes. Se rendre compte qu’il est légitime de ressentir de l’injustice nous rapproche d’un souffle libérateur. Fils de fonctionnaire ayant grandi dans la campagne, j’ai toujours pensé que mon parcours faisait partie de la norme. Je pensais que galérer c’était normal. Les données et les chiffres qui apparaissent dans ce chapitre sont vertigineux : « au moins 70 % des réalisateurs viennent des classes supérieures voire de la grande bourgeoisie et plus d’un tiers d’entre eux ont des parents issus de milieu artistique ». Que peut-on faire contre cela ?
« Ce qui échappe au bourgeois gaze » c’est que « d’autres propositions ont toujours existé ». Néoréalisme italien, Cinema novo, Nouvelle Vague, Nouvel Hollywood. Nouveau, nouveau, nouveau. C’est à notre tour, la nouvelle génération de nous souvenir des mouvements qui ont renversé les codes bourgeois et paternalistes. Beaucoup d’outils sont déjà mis en place : cinéma itinérant, atelier collectif, éducation à l’image…
Je finirai ce papier sur les mêmes mots que Rob Grams citant lui-même Luis Buñuel : « le jour où l’œil du cinéma se réveillera, le monde prendra feu. À nous d’y contribuer ».
224 pages.
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