Critique

CINÉMA

D’étoile en étoile - la critique du film

Le 31 décembre 2019

Dans ce long métrage financé entièrement par le réalisateur, Antonio Amaral propose un récit filmé caméra à la main, du point de vue du SDF résolu à réaliser une œuvre de cinéma, qui s’apparente autant à une autofiction qu’une réflexion sur l’impossibilité de fabriquer des films, en dehors des réseaux convenus. Troublant certes, mais sans doute trop expérimental pour convaincre le plus grand nombre.

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  • Joaquim Lomba 3 janvier 2020
    D’étoile en étoile - la critique du film

    réponse à la critique de Laurent Cambon,
    Si je souhaite répondre à cette critique, c’est que j’ai assisté à une séance du film D’étoile en étoile, en avant-première, il y a quelques mois (septembre 2019). J’ai vu ce film en salle contrairement à Laurent Cambon.
    J’ai constaté au contraire que la salle riait et j’ai très bien compris que l’auteur joue sur l’ironie lorsqu’il fait citer "Godard" par son personnage. Où est l’orgueil là-dedans, puisqu’il s’agit de rire du décalage entre la réalité et une chimère, un rêve hors de portée ?
    Il y a quelque chose de quelque peu paradoxal qualifier un film "d’objet de cinéma courageux" et à estimer qu’il ne "se justifie pas" (rien que ça !). Et dans le même temps regretter le "formatage et de l’uniformisation du goût" en matière de cinéma.
    Effectivement D’étoile en étoile n’a pas de tête d’affiche. D’ailleurs pourquoi en aurait-il ? Cela irait à l’encontre même de son propos. Et l’auteur de la critique de reprocher "une pénurie extrême de moyens" ! Comme si c’était quelque chose de honteux. Comme si l’histoire du cinéma n’était pas ponctuée de ce type de tentatives. Mais pourtant, oui, cet aspect est assumé par le réalisateur : il livre une œuvre minimaliste dans la forme, mais finalement très dense sur le fond. Une structure très complexe, où plusieurs histoires s’entremêlent, sans que l’on ne sache jamais vraiment où elles vont nous mener.
    Ce film propose un récit qui joue à la fois à démystifier le cinéma et à lui rendre hommage.
    Mais ça l’auteur de la critique ne semble pas l’avoir remarqué. Il passe à côté de ce film comme on passe à côté d’un sans-abri, dans la rue. On se croit supérieur, on se voit plus beau et "on méprise", sans vouloir se l’avouer.
    Lors de discussions à la sortie de la séance, j’avais été frappé par les réactions très diverses qu’engendrait le personnage de Pédro (le sans abri du film) : cela allait d’un sentiment d’oppression et de rejet à une profonde empathie. Mais jamais d’indifférence.
    L’auteur de la critique nous dit qu’il ne sait trop quoi dire à propos de ce film. Là, on touche le fond : si on ne sait pas quoi dire... et bien on n’écrit pas.
    Je souhaite aussi prendre la défense des acteurs, car contrairement à l’auteur de la critique, je les ai trouvés convaincants. Le film joue sur la frontière entre documentaire et fiction et effectivement, si à certains moments on se demande où l’on est, c’est bien grâce au jeu des acteurs.
    Ce que je trouve dommage dans la critique ci-dessus, c’est son absence, d’analyse et son côté un peu "simpliste" face à un "objet de cinéma" résolument différent, qui s’assume comme tel, qui ne cherche à ressembler à rien, qui ne cherche pas à distraire, ni à séduire ; mais qui parvient toutefois à nous embarquer par son approche à la fois humble et authentique.
    J’ai trouvé attachant le fait que le réalisateur semble "respecter si profondément" son personnage Pédro - le sans abri - au point d’en faire une sorte de "mystique".
    Le film s’adresse à notre époque, il s’inscrit dedans : petit clin d’œil au gilets jaunes au passage...
    J’ajouterai quelques correctifs nécessaires à la critique ci-dessus. Il ne s’agit nullement d’une autofiction : tous les personnages sont pure invention (mais c’est la forme qui fait penser au style documentaire). Tout n’est pas filmé en caméra portée subjective : les différentes façons de filmer (il y en a trois distinctes) ont visiblement été utilisées de façon très précise, à des moments choisis. Car si les moyens sont petits, les choix de mise en scène sont en tout cas bien présents. Enfin, rien n’a été filmé dans le bois de Vincennes, contrairement à ce qui est écrit : il s’agit d’une forêt de Seine et Marne (oui, je suis bien informé).
    Pour conclure, je pense que, quoi qu’il arrive ce film a rempli son objectif : sélections en festivals et sortie en salle. Tout cela avec des bouts de ficelles. Son équipe peut en être fière. Probable qu’ils n’ont pas besoin de moi pour se défendre. Probable aussi qu’on pourra en croiser certains, défilant dans les rues, lors des mouvements sociaux actuels (là, c’est moi qui extrapole).
    Pour toutes les raisons que j’ai développées (et il y en aurait d’autres), la critique ci-dessus me semble un peu expéditive, voire même confiner à l’amateurisme.

  • Thomas Sotinal 4 janvier 2020
    D’étoile en étoile - la critique du film

    Pour répondre également à la critique de Laurent Cambon,
    Dès la première ligne de sa critique il écrit : "Dans ce second long métrage...".
    Ça commence mal : D’étoile en étoile est un premier long métrage (pas un second). Effectivement sa critique s’apparente à de l’amateurisme : informations non vérifiées, affirmations à l’emporte pièce, absence d’analyse, propos irrespectueux en l’encontre des comédiens…
    Tout récemment, dans un article de Paris Match, Manuel Chiche (Jockers films) s’alarmait : "J’ai très peur du formatage et de l’uniformisation du goût". Il s’inquiète à juste titre du fossé qui se creuse entre le "marché grand public du film" et le cinéma d’auteur. Il dit à juste titre : “Et le plus souvent, les films que les réalisateurs font pour Netflix sont leur plus mauvais".
    Si Laurent Cambon prend sa plume accusatrice, affirmant que "distributeurs et les producteurs n’ont de considération que pour des œuvres formatées", Jockers films et bien d’autres en sont pourtant le contrexemple. Il ne faudrait pas que des critiques de films accompagnent ce mouvement de nivellement par le bas.
    D’étoile en étoile nous montre un SDF, un gilet jaune, des comédiens en galère, la rue (une rue dont on ne sort pas)... ; mais toujours avec un regard ironique. Il mérite bien un coup de pouce en allant le voir au cinéma Le St André des Arts, à Paris, à partir du 19 février 2020 (cinéma que je salue au passage pour sa programmation pointue et courageuse, son soutien indéfectible au cinéma indépendant).

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