Le 15 mai 2026
Film de retrouvailles entre un frère et une sœur, récit d’exil et magnifique portrait d’un Iran perdu, Dans la gueule de l’ogre est d’une grande force émotionnelle.
- Réalisateur : Mahsa Karampour
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Durée : 1h26mn
- Festival : Festival de Cannes 2026, ACID 2026
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– Festival de Cannes 2026 : ACID
Résumé : « La destinée romanesque de mon frère Siavash, si loin de la mienne, m’échappe et me fascine. Alors que je viens de devenir française et qu’il s’apprête à devenir américain, loin de notre Iran natal, nous cherchons un terrain de jeu commun. »
Critique : On se souvient du film Les Chats persans de Bahman Ghobadi, salué à Cannes en 2009, qui relatait l’histoire véritable d’un groupe de musiciens iraniens contraints à l’exil aux États-Unis. Une partie des rockers underground a été sauvagement assassinée, laissant Siavash, esseulé, en plein cœur de Brooklyn avec ses rêves de musique et ses souvenirs iraniens. La sœur, Mahsa, est celle qui réalise le film. Elle se lance dans cette aventure cinématographique sans savoir où elle va. Elle aurait pu faire un vague documentaire sur la poésie persane, comme l’y avait encouragée fortement une amie réalisatrice : elle préfère s’engager sur les traces de son jeune frère qu’elle n’a pas revu depuis neuf ans.
Dans la gueule de l’ogre fait partie de ces films de plus en plus nombreux, dont le style personnel emprunte à l’autobiographie ou à ce que la littérature se plaît à nommer l’autofiction. La cinéaste commente son film en langue perse, alors qu’elle maîtrise l’anglais et qu’elle s’est réfugiée à Paris. Elle a le mal du pays, jusque dans la langue qu’elle ne pratique plus et les lieux qu’elle a laissés derrière elle, avec sa famille. Siavash, lui, s’exprime uniquement en anglais. Il rejette son pays, les émotions laissées là-bas, au profit d’une existence faite de musique, de petits boulots et de poésie, luttant contre la perte de ses amis musiciens. Ce portrait pourrait être celui d’un dandy contemporain, habité par une forme de tristesse drapée dans des rires et une apparente quiétude. Mais peu à peu, le récit laisse percevoir la fragilité du jeune homme qui a subi les représailles du régime iranien.

- Copyright Les Films du Bilboquet
La sélection de l’Acid 2026 regorge de films documentaires, à vocation très personnelle. En ce sens, Dans la gueule de l’ogre témoigne de la très forte créativité de jeunes cinéastes qui utilisent leur propre expérience de vie comme matière filmique. Mais derrière ce récit de retrouvailles, Mahsa Karampour parle de l’Iran, ce magnifique pays qu’elle a dû fuir pour se protéger, des guerres, et surtout d’un régime qui n’autorise aucune contestation. Elle se filme dévoilée, libre ; et pourtant, d’un bout à l’autre de son récit, elle témoigne d’une nostalgie inconsolable. C’est une œuvre qui rappelle que les massacres se perpétuent sur les populations. Elle se termine sur les échos sanglants de la guerre menée par Israël et les États-Unis, comme un dernier appel à rendre à l’Iran la dignité qui lui est dérobée.

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La jeune femme avoue se rendre plusieurs fois par an en Iran. On peut hélas redouter qu’après ce coup de poing cinématographique, elle y soit interdite de séjour ou que ses tentatives de visite se soldent par une arrestation. Et pourtant, cette expérience de cinéma demeure essentielle, si l’on veut continuer à croire en la paix, en la démocratie dans un pays qui, plus que d’autres, cultive une identité culturelle des plus nobles. À elle seule, Mahsa Karampour incarne humblement le courage de ces jeunes Iraniens qui luttent pour leur émancipation et leur liberté.
Dans la gueule de l’ogre est une œuvre puissante dont la dimension est autant sensible que politique. Le montage est très ingénieux, rappelant en permanence qu’avant d’être un film, il s’agit d’un projet de voyage aux États-Unis. Les images de balade dans New York et ses environs alternent avec celles de l’Iran, tournées il y a longtemps, sans doute à une période où Mahsa Karampour se rêvait déjà cinéaste.
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