Le 5 juillet 2026
Dans une langue brillante où s’opposent la rectitude des villes et la complexité familiale, Yuiga Danzuka réalise un premier film absolument magnifique.
- Réalisateur : Yuiga Danzuka
- Acteurs : Haruka Igawa, Mutsuo Yoshioka, Kodai Kurosaki, Ken’ichi Endō, Aoi Nakamura, Mai Kiryu, Akiko Kikuchi, Shingo Nakayama
- Genre : Drame, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Nour Films
- Durée : 1h55mn
- Titre original : Miharashi sedai
- Date de sortie : 5 août 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Ren livre des orchidées dans le quartier de Shibuya à Tokyo. Son père Hajime passe sa vie à dessiner des foyers pour les autres, jamais pour eux. Un jour, par hasard, une livraison les remet face à face.
Critique : C’est un voyage banal, loin de Tokyo, dans une ville côtière. Une famille découvre l’intérieur de la maison, louée pour les vacances, qui jouxte immédiatement la mer. Mais le travail, l’ambition dévorante du père reviennent au galop, et il se joue alors le drame de toute une famille qui va devoir traverser le deuil, la solitude et l’abandon. Des fleurs pour Tokyo se déroule dix ans après, en plein cœur de la capitale japonaise ; les enfants ont grandi, le plus jeune des deux livre des fleurs à des sociétés luxueuses, la plus grande s’apprête à se marier avec un certain dépit. Il n’est plus question de vie familiale, épanouie, jusqu’à ce le fils se retrouve nez à nez avec son père qu’il n’a plus revu depuis ce week-end estival.
Il faut d’emblée annoncer qu’il s’agit d’une première œuvre que le réalisateur dédie à sa mère et à Tokyo. La capitale est très présente dans ce récit touchant avec ses grandes tours en verre, ses avenues où tout semble paisible et réglé comme une partition de musique, ses autoroutes qui serpentent à travers les tours. Le cinéaste filme la rectitude, le sentiment que chaque chose a sa place dans une propreté et un ordre absolus. À l’inverse, il met en scène une famille détruite, rongée par le vacarme du capitalisme et le dévouement des Japonais à leur entreprise. On croirait relire Amélie Nothomb dans Stupeur et tremblements où il ne faut surtout pas se laisser illusionner par l’apparente ambiance policée du Japon. Cette famille est ici totalement explosée, tentant, à l’image du père, qui a bâti et décoré de magnifiques immeubles à la gloire du capitalisme roi, de redonner des couleurs à son existence.

- Copyright Nour films
Des fleurs pour Tokyo est écrit à pas feutrés. Derrière une certaine droiture, pour ne pas dire un évidement des émotions, le film raconte la douleur qui broie les deux enfants devenus adultes. Ils ont grandi manifestement seuls, au milieu de la ville, presque comme s’ils avaient été absorbés par la turbulence de la ville, au détriment de leur construction sociale et identitaire. Le père a réussi socialement, disons, mais il n’est plus vraiment ce père qui, dix ans plus tôt, jouait avec son fils au ballon dans le jardin jouxtant la mer.
Yuiga Danzuka refuse le vacarme du mélodrame. La douleur des personnages se joue dans des silences, des regards, et le spectateur réécrit intérieurement la déchirure familiale et sociale des protagonistes. Ironie du sort, le père dédaigne les SDF qui dorment dans un parc et sont chassés pour mettre en œuvre ses projets paysagistes, alors que son propre enfant, qui a perdu son emploi, s’y est installé. L’amour filial ne se marchande pas à coups de billets et de pièces d’or : voilà, en substance, le message que délivre le cinéaste, dont on suppose que le récit est très personnel.

- Copyright Nour films
On pense, en regardant le film, à un livre de Georges Perec tant les petites choses du quotidien et l’extérieur des villes retracent avec brio l’intériorité des personnages. Le film s’écarte du réalisme, avec l’insertion d’une sorte de documentaire étrange sur une ampoule qui tomberait inexorablement et appellerait, avec elle, des fantômes du passé. Le cinéaste mélange beaucoup de genres dans sa fiction, à commencer par le recours à des effets stylistiques qui plongent le spectateur dans l’intimité du réalisateur lui-même.
Des fleurs pour Tokyo s’amuse à perdre le spectateur dans une lenteur jamais déconcertante, traversée d’éclats de lumière, à l’image de ces lampes qui s’écrasent sur le sol. On regarde les personnages s’efforcer de vivre dans les répétitions du quotidien, comme s’ils avaient renoncé pour toujours à sa féérie. Seules demeurent, comme un signe d’espoir, ces vues de Tokyo, qui allient la magnificence des mégapoles modernes au sentiment que des milliers de solitudes s’y nichent dans l’indifférence du monde.
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