Le 19 septembre 2023
Derrière cette apparente comédie où l’on rit franchement, Faouzi Bensaïdi déroule une satire cruelle contre l’univers financier capitalistique au Maroc, et particulièrement la gente masculine qui persiste à maintenir l’Empire chérifien dans le conservatisme.


- Réalisateur : Faouzi Bensaïdi
- Acteurs : Fehd Benchemsi, Abdelhadi Talbi, Rabii Benjhaile
- Genre : Comédie
- Nationalité : Français, Danois, Belge, Marocain
- Distributeur : Dulac Distribution
- Durée : 2h04mn
- Date de sortie : 20 septembre 2023
- Festival : Festival de Cannes 2023

L'a vu
Veut le voir
Festival de Cannes 2023 : Quinzaine des Cinéastes
Résumé : Amis de longue date, Mehdi et Hamid, travaillent pour une agence de recouvrement. Ils sillonnent les villages du grand Sud marocain dans leur vieille voiture et se partagent des chambres doubles dans des hôtels miteux. Ils ont exactement la même taille, les mêmes costumes-cravates, les mêmes chaussures. Payés une misère, ils essaient de jouer aux durs pour faire du chiffre. Un jour, dans une station-service plantée au milieu du désert, une moto se gare devant eux. Un homme est menotté au porte-bagage, menaçant. C’est l’Évadé. Leur rencontre marque le début d’un périple imprévu et mystique…
Critique : On serait presque arrivé dans un conte de Voltaire avec ce film. En effet, à la manière du célèbre philosophe des Lumières, le récit suit la traversée de deux personnages, Mehdi et Hamid, à travers le désert, autour desquels s’enroulent d’autres histoires révélatrices du Maghreb rural d’aujourd’hui. Ils travaillent tous les deux pour un organisme de crédit, et doivent récupérer coûte que coûte les créances qu’un certain nombre d’habitants pauvres ne remboursent plus, faute de moyens. Toutes les méthodes sont bonnes, et même les plus cruelles quand il s’agit de retirer le seul tapis que possède une famille, ou enlever la camionnette d’un homme que sa femme a mis à la porte. Et pourtant ces deux gars sont bons. Ils trimbalent aussi leurs problèmes, et surtout leur douce mélancolie qui habite ce film.
- Copyright Dulac Distribution
Il y a donc plusieurs récits dans cette fiction. La principal demeure évidemment le road movie de ces deux compères à travers un désert rocailleux et impressionnant. Ils vont à la rencontre de mille et un personnages, permettant au passage de révéler le Maroc officiel où par exemple l’alcool est interdit, et le Maroc souterrain où les hommes se soulent de bières et de vodka. Le film fait un formidable pied de nez aux représentations souvent très occidentalisées d’un pays sage, aux mœurs définies par un certain conservatisme, accueillant. Faouzi Bensaïdi ne parle pas ouvertement de féminisme. Le réalisateur parle de la condition des femmes en se moquant généreusement des hommes qui ne sont que mensonges, fragilités et paradoxes. Et il y a aussi le récit de ce soi-disant meurtrier, rencontré dans une station essence, que les deux amis doivent ramener en prison. En réalité, un drame romantique et moral s’ouvre à l’occasion de ce tueur.
- Copyright Dulac Distribution
Déserts est un film caustique et rythmé. On reconnaît dans la mise en scène la culture théâtrale du réalisateur. Le cinéaste fabrique des scènes potaches, aux dialogues souvent succulents. Tout est fait pour que le spectateur rit le plus possible, tout en se posant des questions sur l’état d’un pays, le Maroc, où la situation économique contraint une grande partie de la population des campagnes à s’endetter et se soumettre à la tyrannie des organismes de crédit. On dit que le Maroc fait partie de la liste des grands pays émergents. Pour autant, la pauvreté continue de frapper la majorité du peuple qui vit, pour une part, dans des maisons sans toit ou se retrouve dépouillé par les créanciers.
Voilà donc une farce cruelle et sensible, inventive et féconde, qui fera réfléchir le spectateur occidental sur sa propre condition économique.
Galerie Photos
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.