Le 27 octobre 2026
L’éditeur Épicentre propose un coffret DVD réunissant quatre films d’Amos Gitaï, à la croisée du documentaire et de la fiction. À travers de subtiles mises en abyme, ces œuvres offrent une réflexion sur les liens entre l’art et la politique.
- Réalisateur : Amos Gitaï
- Acteurs : Irène Jacob, Jeanne Moreau, Mathieu Amalric, Hanna Schygulla, Yaël Abecassis, Hana Laszlo, Sarah Adler, Elena Yaralova , Jérôme Kircher, Menashe Noy, Keren Mor, Micha Lescot, Naama Preis, Samuel Fuller, Bahira Ablassi, Minas Milad Qarawany
- Genre : Documentaire, Expérimental, Politique, Docu-fiction
- Nationalité : Israélien, Britannique, Français, Italien, Suisse
- Editeur vidéo : Épicentre Films Éditions
- Durée : 7h30mn
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– Sortie DVD : 1er décembre 2026
Les quatre DVD sont réunis sous le titre Dialogues and Metaphors. Amos Gitaï a toujours défendu le dialogue, notamment entre Israéliens et Palestiniens, en rejetant le radicalisme politique. Les lieux où se déroulent ses récits évoquent les traumatismes de l’exil et la nécessité d’un apaisement, notamment grâce aux échanges artistiques et culturels.
Il faut noter que seul Shikun a bénéficié d’une sortie en salles, après sa présentation à la Berlinale. Why War, sélectionné à la Mostra de Venise, n’est sorti qu’en DVD, le 17 mars 2026, suivi de Golem in Pompéi, le 2 juin. Quant à The Road to Jericho, également présenté à la Mostra, il fait ici l’objet de sa première édition vidéo.
Cinéaste de gauche et critique de l’extrême droite israélienne, Amos Gitaï poursuit, à travers son œuvre, un engagement que l’on retrouve aussi chez son compatriote Nadav Lapid. Espérons que l’absence de sortie en salles de ses trois derniers films ne soit pas liée à la nationalité du réalisateur, ce qui serait un comble, mais plutôt à une démarche artistique privilégiant les mises en abyme et les références, peut-être mieux adaptée au format vidéo. Il n’en reste pas moins que l’absence de projection en salle prive ces œuvres de conditions de visionnage optimales.
Laissons-nous donc fasciner par ces quatre pépites poétiques et humanistes, coécrites par Marie-José Sanselme, à l’exception de Why War. En espérant retrouver bientôt sur grand écran le réalisateur de Kippour.
Les films
SHIKUN (2024). Durée : 1h25mn

- Irène Jacob
- © 2024 AGAV Films, GAD Fiction Ventre Studio, Recorded Picture Company, Intereurop CDP, United King Films, Elefant Films, Freestudios. Tous droits réservés.
Résumé : Inspiré de la pièce Rhinocéros d’Eugène Ionesco, le film explore l’émergence de l’intolérance et de la pensée totalitaire dans nos société contemporaines. Certains se transforment en rhinocéros tandis que d’autres résistent.
Critique : Écrit et tourné avant les attentats du 7 octobre, Shikun doit être apprécié en le situant dans le contexte de cette période, où de nombreux citoyens et artistes de la société civile israélienne manifestaient leur hostilité au gouvernement d’extrême droite au pouvoir. (...) Librement inspiré du Rhinocéros de Ionesco, qui dénonçait métaphoriquement les dérives du totalitarisme, le long métrage a été tourné avec un budget modeste, mobilisant la troupe que le réalisateur dirigeait pour la version scénique de House, pièce de théâtre inspirée d’un de ses films. Le semi-huis clos en plein air, dispositif déjà utilisé par Gitaï, permet de créer un sentiment d’oppression et de malaise. Au sein de ce shikun, immeuble de logement social qui sert de décor, différents protagonistes trouvent refuge, et les différentes langues (hébreu, arabe, ukrainien, français) se télescopent, comme pour montrer l’universalité du propos. Gitaï parvient alors à créer un mini-film choral séduisant, jamais plombé par la profusion de dialogues, cohérent par des prises de vue fluides (beau travail du directeur photo Éric Gautier) et ses plans-séquences. (...)
WY WAR (2024). Durée : 1h27mn

- Mathieu Amalric, Micha Lescot
- © Kekosa. Tous droits réservés.
Résumé : En 1932, Albert Einstein écrit à Sigmund Freud : « Existe-t-il un moyen de libérer l’humanité de la menace de guerre ? ». Un film inspiré de leur correspondance et de textes de Virginia Woolf et Susan Sontag.
Critique : Une œuvre aussi fascinante que déroutante. Ce documentaire expérimental défie les catégories et les attentes, mêlant théâtre, cinéma, musique et arts visuels dans une réflexion ambitieuse sur la création, la violence et la représentation. Avec une esthétique audacieuse et une structure fragmentée, Gitaï propose une plongée dans les coulisses de l’art, où chaque plan, chaque son et chaque transition semblent porter une intention profonde, même si celle-ci n’est pas toujours immédiate à saisir. Dès les premières images, Pourquoi la guerre impressionne par sa beauté visuelle. Amos Gitaï utilise des surimpressions et des plans-séquences d’une fluidité hypnotique, créant une atmosphère à la fois onirique et concrète. Les images, souvent poétiques, captent des villes, des scènes de théâtre, des concerts et des moments de vie, comme autant de fragments d’un puzzle complexe. Le travail sur le son, notamment la musique, est tout aussi remarquable : il accompagne, souligne ou contredit les images, ajoutant une couche supplémentaire de sens et d’émotion. (...)
GOLEM IN POMPEI (2025). Durée : 1h47mn
Résumé : Un film tourné dans le théâtre antique de Pompéi autour du spectacle Golem, inspiré des textes d’Isaac Bashevis Singer, Joseph Roth, Virginia Woolf et Lamed Shapiro. Une relecture de la légende du Golem qui explore la création, la destruction et la haine de l’autre.
Critique : Le long plan fixe sur Irène Jacob, l’un des personnages centraux du film et de la pièce qu’il met en scène, donne le ton. Golem in Pompéi s’annonce comme une œuvre sans concessions sur le plan formel, tout en portant un regard humaniste sur la diversité culturelle et le respect de l’altérité. Amos Gitaï avait déjà exploré le mythe du Golem dans une trilogie tournée au début des années 1990. Ce nouveau long métrage prolonge un spectacle créé par le cinéaste au Théâtre de la Colline en 2025. Il s’agit moins d’une adaptation cinématographique que d’une expérience de cinéma à partir d’une représentation théâtrale donnée dans les ruines antiques de Pompéi. Le résultat est fascinant. Cette fresque polyglotte, qui mêle textes et musique, mythologie et références à l’actualité, offre un grand moment de mise en scène et de mises en abyme. La démarche évoque aussi bien le Mahabharata de Peter Brook que les expérimentations radicales de Jean-Marie Straub.
THE ROAD TO JERICHO (2026) : Durée : 1h30mn
Résumé : À mi-chemin entre documentaire et fiction, le film mêle archives de films, voix d’artistes et de personnalités historiques telles qu’Yitzhak Rabin, à la réalité des Bédouins de Khan Al-Ahmar, en Cisjordanie, menacés d’expulsion par des colons.
Critique : Avec ses soixante-quinze minutes, The Road to Jericho est le film le plus épuré de ce coffret. Pourtant, comme les précédents, il révèle une grande richesse thématique, visuelle et sonore. Amos Gitaï reprend certaines séquences de ses films antérieurs (Le dernier jour d’Yitzhak Rabin, Golem in Pompéi), qu’il mêle à des images d’archives, notamment liées à d’anciens collaborateurs artistiques, comme Jeanne Moreau. Loin de tourner à vide ou de verser dans l’autocitation, le dispositif s’enrichit de textes historiques et de scènes récurrentes, tout en conservant une dimension documentaire de reportage. Gitaï donne ainsi la parole à des habitants de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, dont le village est menacé d’évacuation et de destruction. Des plans fixes austères et des travellings vertigineux renforcent la sobriété de l’ensemble. Citant aussi bien Oscar Wilde que Virginia Woolf, le cinéaste célèbre le métissage culturel et la diversité linguistique et musicale, des compositions de Mahler aux chants traditionnels hébreux.
Le DVD
Coffret 4 DVD
Boîtiers avec étui cartonné
Les suppléments
– Entretien avec le réalisateur
– Bande-annonce
– Bio-Filmographie
– Un dialogue entre Agnès Garval Lévi et Muhammad Abu Jihad
L’image
– Couleurs, 576i, 16/9, 1.85
– 16:9 compatible 4/3 format d’origine respecté 1.85
– Sous-titres : anglais, français
Le son
– Dolby Digital 5.1
– Langues : allemand, anglais, arabe, espagnol, français, hébreu, russe, ukrainien, yiddish
Galerie Photos

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