Le 11 mars 2026
Ce documentaire n’est pas seulement un film sur l’art : c’est une œuvre d’art à part entière, avec ses forces, faiblesses et mystères. Il mérite d’être vu et revu, pour en saisir toutes les nuances et richesses.
- Réalisateur : Amos Gitaï
- Acteurs : Irène Jacob, Mathieu Amalric, Yaël Abecassis, Jérôme Kircher, Keren Mor, Micha Lescot
- Genre : Drame, Documentaire, Politique
- Nationalité : Israélien, Français, Italien, Suisse
- Editeur vidéo : Épicentre Films Éditions
- Durée : 1h27mn
- Festival : Festival de Venise 2024
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– Sortie DVD : 17 mars 2026
Résumé : En 1932, Albert Einstein est invité par la Société des Nations à adresser une lettre à une personne de son choix sur un sujet qu’il décidera. Il décide d’interroger Sigmund Freud sur le moyen d’éviter la guerre. Cette correspondance sur la guerre entre ces deux grands penseurs s’avère aujourd’hui plus pertinente que jamais. Inspiré par cet échange de lettres entre Albert Einstein et Sigmund Freud il y a près d’un siècle, POURQUOI LA GUERRE tente de remonter à la racine des conflits humains, pour expliquer la sauvagerie des guerres qui dévastent notre monde.
Critique : Pourquoi la guerre d’Amos Gitaï, est une œuvre aussi fascinante que déroutante. Ce documentaire expérimental défie les catégories et les attentes, mêlant théâtre, cinéma, musique et arts visuels dans une réflexion ambitieuse sur la création, la violence et la représentation. Avec une esthétique audacieuse et une structure fragmentée, Gitaï propose une plongée dans les coulisses de l’art, où chaque plan, chaque son et chaque transition semblent porter une intention profonde, même si celle-ci n’est pas toujours immédiate à saisir.
Dès les premières images, Pourquoi la guerre impressionne par sa beauté visuelle. Amos Gitaï utilise des surimpressions et des plans-séquences d’une fluidité hypnotique, créant une atmosphère à la fois onirique et concrète. Les images, souvent poétiques, captent des villes, des scènes de théâtre, des concerts et des moments de vie, comme autant de fragments d’un puzzle complexe. Le travail sur le son, notamment la musique, est tout aussi remarquable : il accompagne, souligne ou contredit les images, ajoutant une couche supplémentaire de sens et d’émotion.
Cependant, les transitions abruptes des premières minutes peuvent déstabiliser le spectateur, comme si Gitai avait voulu condenser plusieurs films en un seul. On passe sans cesse du documentaire classique à la captation théâtrale, du film d’action à la méditation poétique, ce qui donne une impression de foisonnement parfois difficile à suivre. Pourtant, c’est précisément cette accumulation qui finit par créer une forme de cohérence, comme si le réalisateur nous invitait à accepter l’inconfort pour mieux appréhender la complexité de son propos.
L’un des aspects les plus frappants de Pourquoi la guerre est le jeu des acteurs, qui semble d’abord surjoué, voire amateur. Le public ne reconnaissant pas Irène Jacob, Mathieu Amalric ou Micha Lescot peut se demander si les comédiens sont professionnels. Les autres pourront penser que leurs performances relèvent d’un choix esthétique délibéré. Petit à petit, il devient clair que Gitaï joue avec cette ambiguïté : les scènes filmées ressemblent souvent à des répétitions, comme si le film lui-même était en train de se construire sous nos yeux. Cette approche, bien que déstabilisante, renforce l’idée que l’art est un processus, une quête permanente plutôt qu’un produit fini.

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Les dialogues et les voix off, quant à elles, sont d’une grande qualité. Variées, bien écrites et souvent percutantes, elles maintiennent une tension narrative qui captive dès les premières minutes. Même si l’intensité fluctue parfois, ces textes portent une réflexion profonde sur la guerre, la création et le rôle de l’artiste dans la société.
Gitaï excelle dans la mise en scène, ce qui est plutôt rare pour un documentaire. Les plans sont longs, ce qui permet au spectateur de s’immerger pleinement dans chaque séquence. Les scènes de théâtre, en particulier, sont filmées avec une attention méticuleuse aux détails, mais c’est surtout ce qui se passe dans les coulisses qui retient l’attention. Le réalisateur choisit de montrer les correspondances, les échanges et les préparatifs plutôt que les performances elles-mêmes, comme pour souligner que la vraie magie opère dans l’ombre, loin des projecteurs.
Cette approche rend le film expérimental et profondément original, mais aussi peu accessible. Pourquoi la guerre exige du spectateur qu’il s’investisse, qu’il accepte de ne pas tout comprendre immédiatement. Parfois, on se perd dans le mélange des genres et des univers, et le message de Gitaï peut sembler obscur. Pourtant, c’est précisément cette complexité qui fait la force du long métrage : il ne se laisse pas apprivoiser facilement, mais récompense ceux qui prennent le temps de s’y plonger.
L’un des grands mérites de Pourquoi la guerre est son mélange des univers. Gitaï superpose les réalités, époques et formes artistiques, créant un dialogue constant entre le théâtre, le cinéma, la musique et la politique. Ce collage, bien que déroutant, est très bien maîtrisé. Les plans longs, les transitions audacieuses et les correspondances entre les différentes séquences finissent par former un tout cohérent, même si celui-ci reste ouvert à l’interprétation.

- © Kekosa. Tous droits réservés.
Parfois, on a l’impression que le réalisateur en fait trop, comme s’il craignait que son propos ne soit pas assez clair. Pourtant, c’est dans cette accumulation que réside la beauté du film. Gitai ne cherche pas à simplifier ou à édulcorer son sujet : il embrasse la complexité, les contradictions et les zones d’ombre de la création artistique.
L’un des points forts de Pourquoi la guerre est son rythme. Contrairement à de nombreux documentaires qui multiplient les cuts et les ellipses, Gitaï laisse respirer ses plans. Il donne au spectateur le temps de s’imprégner des images, des sons et des idées. Cette lenteur n’est pas de l’ennui, mais une invitation à la contemplation, à la réflexion.
Le film est aussi une méditation sur la guerre, non pas comme un conflit armé, mais comme une métaphore de la création elle-même : un champ de bataille où s’affrontent les idées, les émotions et les visions du monde. En montrant les répétitions, les hésitations et les tensions derrière la scène, Gitaï rappelle que l’art est un combat permanent, une remise en question sans fin.
Pourquoi la guerre est une œuvre exigeante, qui ne se laisse pas appréhender d’emblée. Elle peut frustrer ceux qui cherchent une narration linéaire ou un message clair, mais séduira ceux qui sont prêts à se laisser porter par son flux poétique et politique. Amos Gitaï signe ici un film ambitieux, beau et profondément personnel, où chaque plan, chaque son et chaque silence ont leur importance. Ce documentaire n’est pas seulement un film sur l’art, c’est une œuvre d’art à part entière, avec ses forces, faiblesses et mystères. Il mérite d’être vu et revu, pour en saisir toutes les nuances et richesses.
Commentaire DVD :
DVD Zone 2
BONUS :
– Entretien avec Amos Gitaï et Marie-José Sanselme
– Bande-annonce
– Bio-filmographie.
FORMAT VIDÉO : couleurs, 576i.
FORMAT AUDIO : Dolby Digital
VOSTF. Langues : anglais, français, hébreu.
Galerie Photos
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