Le 12 avril 2026
Ce film n’est pas mauvais au sens technique, mais inutile au sens cinématographique. Il n’apporte rien à ce qu’il emprunte, ne transforme pas ce qu’il reprend, ne propose aucune perspective sur le genre qu’il habite. Il existe, occupe son créneau, et s’en va sans laisser de trace.
- Réalisateur : Rod Blackhurst
- Acteurs : Seann William Scott, Fabianne Therese, Russ Tiller, Michalina Scorzelli, Max the Impaler
- Genre : Épouvante-horreur, Film de monstre
- Nationalité : Américain
- Distributeur : ESC Distribution
- Durée : 1h23mn
- Âge : Interdit aux moins de 16 ans
- Date de sortie : 1er avril 2026
- Festival : BIFFF 2026
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Résumé : Une jeune femme est enlevée par un personnage monstrueux qui veut l’élever comme son propre enfant.
Critique : Il y a dans Dolly les ingrédients d’un bon film d’horreur : des effets spéciaux convaincants, des décors et des costumes travaillés, des acteurs qui s’investissent, une histoire de base qui aurait pu fonctionner. Rod Blackhurst a visiblement les moyens techniques de son ambition. Ce qu’il n’a pas, c’est la rigueur narrative qui permettrait à ces moyens de produire quelque chose de cohérent et de tenu. Dolly se sabote lui-même par une accumulation de choix d’écriture qui finissent par vider le film de toute tension et crédibilité, de tout enjeu réel.
Les effets spéciaux sont bons, dans un genre où ils constituent souvent le premier point de rupture entre le film qui tient et celui qui s’effondre : c’est une base solide. Le monstre a une présence physique réelle, une matérialité dans le cadre qui lui donne une crédibilité que les créatures entièrement numériques peinent souvent à atteindre. Les décors et costumes contribuent à cette réussite de surface : on trouve un soin apporté à la construction visuelle, une attention à l’atmosphère, qui révèle que quelqu’un a réfléchi à ce que le film devait avoir l’air d’être. Les acteurs font ce qu’ils peuvent et, dans les limites de ce que le script leur offre, s’en sortent honnêtement. On croit à leurs interprétations individuelles plus qu’à leurs personnages, ce qui est une distinction importante : le problème n’est pas dans le jeu mais l’écriture, dans des personnages trop peu développés pour que leurs choix aient une logique interne, une cohérence qui rendrait leurs actions compréhensibles et leurs destins importants.

- © ESC Films. Tous droits réservés.
Le défaut central du film est structurel, et se manifeste avec une régularité épuisante : les faux rebondissements. Un faux rebondissement, utilisé avec parcimonie, est un outil légitime du film d’horreur : il joue sur les attentes du spectateur, crée une tension supplémentaire, retarde la résolution avec un effet calculé. Utilisé en série, il produit l’effet inverse : il désapprend au spectateur à croire à ce qu’il voit, détruit la crédibilité de chaque nouvelle menace, transforme le danger en rituel sans conséquence. Dolly multiplie ces faux rebondissements jusqu’à l’insupportable. On croit que quelque chose se résout, ça ne se résout pas. On croit que quelqu’un meurt, personne ne meurt vraiment. On croit que le monstre est vaincu, il revient. À la dixième occurrence de cette mécanique, le film a perdu tout crédit : on ne croit plus à rien, on attend simplement que cela se termine, on a cessé de s’investir dans des enjeux dont on a compris qu’ils ne seront jamais vraiment tenus. C’est le problème de la narration qui se protège de ses propres conséquences, en refusant de laisser quoi que ce soit arriver vraiment : elle finit par n’avoir rien à raconter. Le fait que personne ne meure jamais véritablement est le symptôme le plus visible de cette frilosité narrative. La mort dans le film d’horreur est ce qui indique au spectateur que les enjeux sont réels, que le danger a des conséquences, que l’issue n’est pas garantie. Un film d’horreur qui protège tous ses personnages a abdiqué sa fonction première.
Les incohérences narratives aggravent ce problème structurel. Pourquoi le personnage principal revient-il à chaque fois dans l’espace du danger, même lorsqu’elle croit le monstre neutralisé ? La question n’est pas rhétorique : elle pointe une absence de motivation crédible, vers des choix de personnage qui semblent dictés par les besoins du scénario plutôt qu’une logique interne. Quelle est la nature exacte de la relation entre le monstre et l’homme qu’il détient ? À qui appartiennent les flashback de la petite fille, et que font-ils là ? Ces questions restent sans réponse satisfaisante, non pas parce que le film choisit délibérément l’ambiguïté, mais parce qu’il semble ne pas avoir décidé lui-même ce que ces éléments signifient.

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Il faut mentionner Ghostland, auquel Dolly fait irrésistiblement penser, et par comparaison duquel il sort affaibli. Le film de Pascal Laugier explorait un territoire similaire avec une radicalité et une cohérence que Dolly n’atteint pas. Ce n’est pas simplement une question de registre ou d’intensité, mais de rigueur dans la construction du monde, dans la logique des personnages, l’acceptation des conséquences narratives. Ghostland allait jusqu’au bout de ce qu’il posait. Dolly recule à chaque fois qu’il devrait avancer.
Le film est stéréotypé d’une façon qui ne relève pas de l’hommage conscient au genre ni de la parodie, mais simplement du recyclage. Les figures du slasher et du film de monstre sont ici dans leur version la plus attendue, sans la distance ironique qui aurait pu en faire quelque chose, ni la radicalité formelle qui aurait pu les transcender. On reconnaît tout, on n’est surpris par rien, et cette reconnaissance n’est jamais transformée en plaisir, elle reste une simple constatation de familiarité sans affect.
C’est peut-être là le reproche le plus fondamental qu’on puisse faire à Dolly : non pas d’être mauvais au sens technique, mais d’être inutile au sens cinématographique. Il n’apporte rien à ce qu’il emprunte, ne transforme pas ce qu’il reprend, ne propose aucune perspective sur le genre qu’il habite. Il existe, occupe son créneau, et s’en va sans laisser de trace.
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