Le 22 juillet 2026
Une tentative de réécriture féministe de Méduse qui laisse de marbre. Une idée de départ séduisante, entre mythologie grecque et dystopie, mais un film qui ne parvient jamais à dépasser ses artifices.
- Réalisateur : Evi Kalogiropoulou
- Acteurs : Aurora Marion, Christos Loulis, Melissanthi Mahut
- Genre : Drame, Science-fiction, Action, LGBTQIA+
- Nationalité : Français, Grec
- Distributeur : UFO Distribution
- Durée : 1h36mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 22 juillet 2026
- Festival : Festival de Venise 2025
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Résumé : Au cœur d’une petite cité-État chaotique dominée par une gigantesque raffinerie pétrolière, les hommes, tous armés, détiennent le pouvoir. Leur chef Nikos, gravement malade, doit organiser sa succession. Des tensions s’installent lorsqu’il inclut sa protégée, Maria, parmi les prétendants au trône. Le destin de cette jeune femme va basculer avec l’arrivée d’Eleni, une chanteuse qui va enflammer le bar de la ville et bien au delà…
Critique : Cette prémisse de film de genre a tout pour séduire, mais au visionnage, on se rend compte assez vite que Gorgonà est un film souffrant de nombreux défauts. Il est avant tout déséquilibré : les événements s’enchaînent rapidement mais n’ont pas été suffisamment préparés et manquent donc de poids, d’autant plus qu’ils s’intercalent entre des moments dépourvus d’utilité qui laissent l’impression que le film n’avance pas. L’exposition est très peu efficace : on ne comprend pas le monde dans lequel on est plongé, qui apparaît vide, manquant de réalisme et de patine pour le rendre véritablement palpable. Les personnages subissent un sort similaire puisque, confinés dans des archétypes, ils n’ont jamais vraiment l’occasion d’exister ni d’intéresser le spectateur. On trouve assez peu de choses à en dire ou à penser tant leurs motivations sont floues ou succinctes. On ne les connaît pas assez, alors il devient difficile d’avoir le moindre intérêt pour eux. La conclusion est tellement rapide et hors de propos que seule sa réalisatrice saurait s’en contenter, et l’on ne sait si cela relève d’une volonté réfléchie et consciente de l’autrice ou d’un simple besoin de finir le film. Cette fin n’a d’ailleurs que peu de rapport avec la promesse du film, son intrigue de jeux de pouvoir et de compétition ayant disparu brutalement pour laisser place à des éléments fantastiques un peu ridicules et se mêlant mal au reste de l’œuvre. De la même façon, la romance entre Maria et Eleni, qui devrait constituer le cœur émotionnel du film, laisse complètement froid tant aucune de leurs actions ou de leurs mots d’amour ne semblent méritées. Tout dans l’intrigue passe d’une chose à son contraire : les événements sortent du vide, ils ne sont la conséquence de rien.

- © UFO Distribution
De plus, le film se fonde uniquement à partir d’une réflexion sur le sexisme assez facile et peu intéressante : les femmes subissent les hommes, tandis que ces derniers sont extrêmement violents et s’injectent constamment des produits dopants. Ce qui devrait être terrifiant apparaît ridicule et cartoonesque, ne nous laissant jamais apprécier le drame ou le tragique de la moindre situation. Tous les personnages et les intrigues qui les entourent sont beaucoup trop stéréotypés pour que l’on puisse les prendre au sérieux. Là où la volonté de la réalisatrice est louable et digne d’intérêt, il reste peu de cette énergie dans le résultat final, qui laisse au spectateur l’impression d’une œuvre brouillonne et terriblement caricaturale, ne transmettant aucun propos et ressemblant parfois à une mauvaise parodie post-apocalyptique de 300. Le film est même assez hypocrite dans son exécution tant les personnages féminins, surtout secondaires, sont sous-développés, dépourvus de véritables buts et agissent de façon inexplicable. Gorgonà a du mal à se rendre compte qu’un film doit être écrit avant d’être projeté.
L’usage de la mythologie grecque est omniprésent, autant par l’intrigue fantastique que par des motifs comme celui de la princesse étrangère incarnée par Eleni, la figure du mentor, les drames familiaux qui se répètent ou encore la vengeance, mais aussi par des éléments plus évidents comme le tatouage sur le ventre du chef de gang représentant Méduse. Cependant, cet usage n’est pas au service de grand-chose, le tragique n’étant pas au rendez-vous et la mythologie n’étant qu’un vernis. La figure de Méduse et des Gorgones est utilisée de manière cosmétique, presque pour surfer sur les réinterprétations plus modernes de Méduse comme personnage féministe. Là où il est intéressant et signifiant d’utiliser des mythes antiques dans un cadre dystopique afin de leur redonner un nouveau souffle, de voir sous un nouveau jour des histoires et des thématiques ayant traversé le temps, cela ne fonctionne pas dans le cas de Gorgonà. Les références à la mythologie s’incorporent mal au film : elles semblent comme un passage obligé, et un peu poseur, dans une quête de profondeur perdue d’avance.

- © UFO Distribution
Enfin, la mise en scène n’est jamais à la hauteur des ambitions du film : elle ralentit les quelques scènes d’action et empêche de ressentir l’impact des actions des personnages. La réalisatrice ne parvient à donner de la substance ni à son univers ni à ses personnages, et ne trouve aucune manière véritablement marquante de matérialiser son récit.
Seule échappée dans ce laborieux labyrinthe : l’usage des couleurs dans les costumes des personnages et dans certains décors est judicieux. Les femmes portent des tissus iridescents rappelant les reflets du pétrole, et les fleurs en tissu présentes tout au long du film évoquent la volonté des personnages de créer un paradis, un oasis aussi luxuriant qu’artificiel dans un monde ravagé.
Gorgonà réussit ainsi peu de ce qu’il entreprend. On en ressort avec l’impression d’un film poseur, manquant de travail, multipliant les points de scénario ou les effets de mise en scène plus inutiles et insignifiants les uns que les autres. Le long métrage se sert de la mythologie grecque et de la dystopie comme d’un artifice certes charmant mais, encore une fois, vain. Gorgonà ne fait pas beaucoup et ne dit pas grand-chose malgré de nombreuses gesticulations et une présomption grandiloquente.
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