Le 26 juin 2026
Denise Fernandes réalise un premier long métrage d’une grande sensorialité grâce à une mise en scène parfaitement maîtrisée.
- Réalisateur : Denise Fernandes
- Acteurs : Sanaya Andrade, Daílma Mendes , Alice Da Luz Gomes
- Genre : Drame, Drame fantastique
- Nationalité : Suisse, Portugais, Capverdien
- Distributeur : Sudu Connexion
- Durée : 1h36mn
- Date de sortie : 8 juillet 2026
- Festival : Festival de Locarno 2025
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– Année de production : 2024
Résumé : Sur une île volcanique isolée que tout le monde veut quitter, Nana apprend à rester. Sa mère, Nia, souffrant d’une mystérieuse maladie, est partie peu après sa naissance. Lorsque Nana est prise de fortes fièvres, on l’envoie se faire soigner au pied d’un volcan, où elle découvre un monde suspendu entre rêves et réalité. Des années plus tard, alors que Nana est adolescente, Nia revient.
Critique : Avec Hanami, Denise Fernandes signe un premier long métrage d’une remarquable maîtrise plastique. Loin des récits explicatifs ou psychologisants, la réalisatrice privilégie une approche sensorielle qui fait du paysage, des corps et du temps les véritables moteurs de la narration. Le film se déploie moins comme une histoire que comme une expérience perceptive, construite autour de la présence physique de l’île de Fogo, au Cap-Vert.
Dès les premiers plans, le regard est frappé par la qualité de la composition. Fernandes travaille l’espace avec une précision picturale. Les silhouettes humaines apparaissent souvent absorbées par l’immensité minérale du décor, réduites à des formes fragiles au sein d’un environnement volcanique qui semble les dépasser. Cette mise à l’échelle constante produit un sentiment de modestie existentielle : les personnages ne dominent jamais le cadre.
La photographie privilégie une lumière naturelle dont les variations deviennent un élément dramatique à part entière. Les textures de la roche, de la poussière et de la peau sont captées avec une attention minutieuse. Chaque plan semble chercher une densité matérielle, une épaisseur du monde. Cette recherche formelle éloigne le film de l’exotisme de carte postale auquel le cinéma consacré aux territoires insulaires succombe depuis des décennies. Fogo est une matière.

- © 2024 MoreThan Films. Tous droits réservés.
Le travail sur la durée constitue l’une des grandes réussites du film. La réalisatrice adopte un rythme contemplatif qui refuse l’accélération narrative contemporaine. Les plans s’étirent suffisamment pour permettre au regard d’explorer le cadre et de s’imprégner des détails. Cette temporalité dilatée favorise une relation physique à l’image. Le spectateur n’est pas invité à consommer des informations mais à éprouver une présence.
Cette logique sensorielle se prolonge dans le traitement du son. Les dialogues demeurent relativement rares et la bande sonore accorde une place essentielle aux éléments naturels : le vent, les mouvements du terrain, les résonances du paysage. Le film favorise ainsi une forme d’écoute attentive qui complète le travail visuel. L’espace n’est pas seulement montré : il est entendu.
L’aspect le plus fascinant de Hanami réside toutefois dans sa capacité à faire coexister réalisme et onirisme sans rupture apparente. La cinéaste ne construit pas deux régimes d’images distincts. Au contraire, elle laisse progressivement émerger l’étrangeté au sein même du réel. Les frontières entre mémoire, rêve et expérience vécue deviennent poreuses. Cette ambiguïté ne relève jamais de l’artifice scénaristique ; elle naît directement de la mise en scène et du pouvoir évocateur des images.

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La réalisatrice s’inscrit ainsi dans une tradition du cinéma contemplatif où le récit se construit par accumulation de sensations plutôt que par progression dramatique. Chaque plan semble guidé par une recherche d’équilibre entre abstraction et incarnation. Les corps sont filmés avec une grande délicatesse, sans fétichisation ni démonstration. Ils deviennent des surfaces sensibles traversées par les mouvements du monde.
Ce qui distingue finalement Hanami de nombreux premiers films est sa confiance absolue dans les ressources du langage cinématographique. Denise Fernandes ne cherche jamais à sur-signifier ses thèmes. L’exil, l’absence, l’appartenance ou la transmission ne sont pas énoncés ; ils se manifestent dans la texture même des images, dans la circulation des regards et dans le rapport entre les personnages et leur environnement.
Hanami est avant tout un film de mise en scène. Sa force réside dans la manière dont il organise l’espace, la lumière et la durée. Denise Fernandes y révèle une sensibilité visuelle rare et compose une œuvre où chaque choix formel participe à la construction d’un monde profondément incarné. Peu de premiers longs métrages témoignent d’une telle conscience du cadre et d’une telle confiance dans la puissance expressive de l’image.
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