Le 1er avril 2026
Encore un film dont on voudrait qu’il soit d’un autre temps, avec cette jeune femme en fuite d’un monde où les hommes imposent leur loi et leur violence. Un film turc, rare et profond.
- Acteurs : Doğu Demirkol, Osman Alkaş, Miray Daner, Burak Dakak, Cem Davran, Umut Kurt, Melis Birkan, Kayhan Açikgöz
- Genre : Drame
- Nationalité : Turc, Bulgare
- Distributeur : Damned Distribution, Zeki Demirkubuz
- Durée : 2h40mn
- Date de sortie : 15 avril 2026
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Résumé : Contrainte à un mariage arrangé, Hicran s’enfuit de chez elle. Inquiété par sa disparition, son supposé fiancé Riza quitte son village pour Istanbul, à la recherche de celle qu’il n’a pas eu le temps de connaître. Face à la réalité d’un monde masculin qui veut la soumettre, Hicran s’abandonne à son destin qui ne cessera de la surprendre.
Critique : On est en 2026 et, manifestement, les mariages forcés sont encore en vigueur en Turquie. C’est tout le drame de cette adolescente, Hicran, qui n’a d’autres solutions que de fuir le domicile familial, situé en pleine campagne. Elle pense qu’Istanbul est la capitale de la modernité avec des femmes et des hommes évolués, modernes, mais elle se retrouve acculée à d’autres problématiques tout aussi graves telles que l’enrôlement de force dans des réseaux de prostitution.
La grande intelligence du film de Zeki Demirkubuz se trouve dans le fait que le portrait de la jeune fille, de plus en plus présent au fil de la narration, passe essentiellement par le regard des hommes qui gravitent autour d’elle. On peut dire que le récit est construit en quatre parties, à savoir en premier temps la recherche au cœur de la capitale turque de l’adolescente par le mari supposé, en second temps le retour au village d’Hicran, en troisième temps la vie en couple avec un homme veuf et âgé, et enfin l’épilogue. Les hommes, en dépit des aspirations à l’émancipation et à la liberté, ne cessent de contraindre le destin de l’héroïne qui ne parvient jamais à échapper à leur emprise, du fait notamment du poids de la tradition. Le réalisateur refuse de céder à la facilité du manichéisme. Les hommes sont tout autant en souffrance dans un univers où ils perdent de leur aura et sont confrontés à une solitude affective tragique. Pour autant, leur violence implicite ne cesse de hanter les relations sociales dont les femmes sont les premières victimes.

- Copyright Damned Distribution
Zeki Demirkubuz est un réalisateur turc important. Fort de longues années de carrière, il opte pour un cinéma du cœur, où il entend faire droit à toujours plus de démocratie et de progrès social et politique dans son pays. On connaît en effet les relations sombres que le gouvernement entretient avec les libertés et le réalisateur brave avec courage tous les risques qu’il prend. La prise de risque est compensée par une mise en scène très précise, cadrée, où l’improvisation n’a pas sa place. Les acteurs sont aussi très impliqués dans cette fiction qui n’enferme surtout pas les personnages dans des rôles univoques. Le bien se cache dans le mal et la direction d’acteurs permet justement d’apprécier la nuance et la subtilité dans la psychologie des protagonistes.
La photographie occupe une place certaine. Le réalisateur oppose la ville et la ruralité le plus souvent dans des plans larges qui permettent de donner au récit une impression autant sensible que radicale. La ville n’a rien à envier aux campagnes, et l’on pense d’ailleurs au cinéma iranien qui joue très souvent dans l’opposition entre une capitale, Téhéran, qui serait le fief d’une fausse modernité, et une campagne qui serait le siège de la tradition. En réalité, ce sont les hommes qui écrivent le lien entre ces deux univers culturels, perpétrant leur désir de pouvoir et d’emprise dans la société turque.

- Copyright Damned Distribution
Il ne faut pas avoir peur des deux heures quarante de durée du long-métrage. Au contraire, c’est une durée nécessaire pour appréhender toute la densité narrative du récit. On trouve quelque chose de profondément romanesque dans la manière d’étirer l’histoire. La construction narrative est très précise, empruntant sa structure à de grands romans. Hélas, le déterminisme social qui scande les différentes parties finit par gagner. On perçoit ainsi l’art du montage qui donne au récit une puissance évocatrice particulière.
Hayat s’impose comme un grand film dans le cinéma contemporain actuel. C’est une œuvre qui invite à la réflexion dans un environnement politique et culturel qui ne parvient pas à s’extraire de la domination masculine. Et pourtant, les hommes sont faibles, contraints aussi par une mécanique culturelle délétère. En tout cas, le film rappelle que la modernité avancera dans le pas des femmes, qui peuvent être capables de faire bouger les sociétés du monde.
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