Le 21 juillet 2024
Here est un film quasi contemplatif qui offre au spectateur une bouffée heureuse de paix et de douceur. Bas Devos réussit un véritable coup de maître grâce au soin particulier apporté notamment aux images et au son.


- Réalisateur : Bas Devos
- Acteurs : Teodor Corban, Saadia Bentaïeb, Stefan Gota, Liyo Gong, Cédric Luvuezo
- Genre : Drame
- Nationalité : Belge
- Distributeur : JHR Films
- Durée : 1h22mn
- Date de sortie : 10 juillet 2024
- Festival : Festival de Berlin 2023

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Résumé : Stefan est ouvrier dans le bâtiment à Bruxelles. Sur le point de rentrer chez lui en Roumanie, il rencontre en traversant la forêt une jeune chercheuse d’origine chinoise qui étudie les mousses et les lichens. L’attention qu’elle porte à l’invisible l’arrête net dans son projet de retour.
Critique : Deux images s’opposent : celle de tours en cours de construction, énormes et rigides ; et celle de la nature crépusculaire où les mousses ouvrent des perspectives inimaginables à la vie. Ces deux écarts illustrent parfaitement le nouveau film de Bas Devos qui s’épanche sur le parcours d’exil de deux solitaires habités par d’inestimables qualités humaines. À l’heure où d’ailleurs l’Europe se précipite dans la facilité des nationalismes de toutes sortes, Here témoigne avec une grande douceur de la gentillesse, de la dévotion de nombres de personnes qui ont migré vers notre vieux continent et le servent avec une grande humanité. Il n’y a pas aucun danger chez ces individus : au contraire, tous les deux apportent un souffle, une émotion, de la connaissance et de l’expertise à un pays, la Belgique, en fort besoin de main-d’œuvre et peut-être de douceur.
Mais ne nous trompons pas, Here n’est pas un plaidoyer sur les vertus de l’immigration. C’est d’abord un film sur la rencontre de deux êtres, épris de solitude, qui s’aménagent des espaces de paix et de pureté au milieu du vacarme de la ville. Lui, Stefan, est ouvrier, il se prépare à des vacances et a à cœur de vider son réfrigérateur des soupes qu’il distribue à ses collègues ou amis ; elle, Shuxiu, quand elle ne dispense pas son beau savoir à des étudiants créatifs, observe les mouvements invisibles de la nature.
- Copyright JHR Films
Il y a beaucoup de pudeur et de simplicité chez Bas Devos, à commencer par le générique de fin où il met largement en valeur toute son équipe, en noyant son propre nom au sein de ceux des autres. Son regard de cinéaste est également emprunt d’un goût intarissable pour les choses humaines, dès lors qu’elles expriment de la tendresse et de la grâce. Les mots sont rares, l’essentiel du long-métrage se jouant dans des gestes, des regards, des sursauts d’âme. Le cinéaste donne à ses deux comédiens un espace pour exprimer tout ce qu’il peut y avoir de plus beau dans la nature humaine.
Cela n’en fait pour autant pas un film naïf ou simpliste. Au contraire. On pressent pendant toute la projection le soin immense apporté à la lumière, au son et surtout à l’étalonnage qui apporte à l’image une ambiance tout à fait particulière. Car Here apparaît comme un film très écrit, très abouti. Il alterne les scènes dans les rues et les parcs, comme les deux bouts de l’incarnation de l’existence humaine. Les dialogues sont pertinents, suffisants, permettant autant chez les deux personnages principaux que l’ensemble des protagonistes de faire valoir la complexité et la grandeur des existences humaines.
- Copyright JHR Films
Here offre aux spectateurs, en plein été, un véritable espace d’apaisement et de décontraction. Voilà une œuvre relativement courte qu’il faut appréhender comme une parenthèse enchantée dans le mouvement infernal parfois de nos vies. Bas Devos réussit ici un véritable tour de force qui ne se révèle qu’à bas bruit, au gré de la nature qui découvre ses mystères ou de la relation magnifique qui se noue entre les deux héros.