Le 12 avril 2026
William Bagley a réalisé un film agréable pendant dix minutes et répétitif pendant le reste, ce qui est, pour un film de genre, une façon de ne pas tenir sa promesse.
- Réalisateur : William Bagley
- Acteurs : Chris Mayers, Levi Burdick, Julian Smith
- Genre : Épouvante-horreur, Nanar, Comédie horrifique
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h14mn
- Festival : Festival de Gérardmer 2026, BIFFF 2026
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Résumé : Après avoir déménagé en banlieue, un jeune couple se retrouve piégé dans une bataille épique entre leur nouveau HOA et une attaque de monstres venus de l’enfer.
Critique : Ce film a une forme d’échec particulièrement frustrante dans le cinéma de genre de série B, car il a une bonne idée de départ, des personnages sympathiques, une énergie apparente, mais il dilapide tout cela dans une mécanique narrative si répétitive qu’elle finit par annuler elle-même le plaisir qu’elle cherchait à produire. Hold the Fort n’est pas sans charme, il en a par intermittences, mais ne sait pas quoi en faire ; il tourne en rond jusqu’à épuiser le spectateur, et confond simplicité avec pauvreté.
On trouve dans le point de départ une promesse de comédie horrifique désinvolte, le genre de prémices qui peut fonctionner avec peu de moyens si exécutée avec rythme et inventivité. Les personnages, dans leurs grandes lignes, sont attachants, ont chacun une couleur, une façon d’exister dans le cadre qui les rend immédiatement identifiables et, dans les premières séquences, suffisamment agréables à suivre pour qu’on leur accorde le bénéfice du doute. Le problème n’est pas dans ce que le film pose. Il est dans ce qu’il fait de ce qu’il pose, ou plutôt dans ce qu’il ne fait pas. Au bout d’un moment, quelque chose se ferme dans l’esprit du spectateur. C’est le moment où l’on comprend que le récit ne va pas évoluer, que ce qu’on a vu constitue non pas une introduction mais le film entier, que la structure va se répéter jusqu’au générique de fin, sans variation significative. Un monstre arrive. Un personnage meurt. Moment de réaction des survivants. Un monstre arrive. Un personnage meurt. Et ainsi de suite. Cette mécanique n’est pas en soi condamnable, le film de survie à huis clos fonctionnant souvent sur une logique d’élimination progressive. Mais pour que cette logique produise de la tension plutôt que de l’ennui, il faut que chaque mort change quelque chose : dans l’équilibre des forces, la dynamique entre les personnages qui restent, les options disponibles pour la suite. Ici, les morts s’accumulent sans modifier grand-chose à l’atmosphère ni aux enjeux. On perd des personnages comme on perd des pièces dans un jeu dont les règles ne changent jamais, mécaniquement, sans que la partie en soit vraiment affectée.

- © Bleu Finch Film Releasing. Tous droits réservés.
Hold the Fort mise visiblement sur l’humour comme principal vecteur d’engagement, et c’est là que le film révèle sa limite la plus fondamentale. L’humour est un pari risqué dans le cinéma de genre parce qu’il ne tolère pas la médiocrité : une scène d’action ratée peut être pardonnée si le reste tient, mais une blague qui ne fait pas rire laisse un silence gênant qui contamine tout ce qui suit. On ne peut pas tout miser sur l’humour quand il n’est pas suffisamment drôle, et le film ne l’est pas assez, pas assez souvent, pas assez franchement, pour justifier le poids que le projet lui fait porter.
Les effets spéciaux participent de cette ambiguïté. Leur nullité est manifeste, mais est-elle délibérée ? Le film semble vouloir jouer sur ce registre assumé du cheap, de l’artisanal revendiqué, du mauvais effet spécial comme gag en soi. C’est une stratégie qui peut fonctionner, et a fonctionné dans des longs métrages qui ont fait de leurs contraintes budgétaires un parti pris comique pleinement assumé. Mais pour fonctionner, elle demande que la nullité soit suffisamment extrême pour être franchement drôle, ou suffisamment cohérente pour constituer un style. Ici, elle flotte dans un entre-deux inconfortable : pas assez mauvaise pour être hilarante, pas assez travaillée pour être un choix artistique. Elle est simplement là, comme un symptôme d’un film qui n’a pas décidé exactement ce qu’il voulait être.
Hold the Fort est trop long, ce qui, pour un film dont la structure est aussi répétitive, est une double peine. La longueur n’est pas le produit d’une ambition narrative qui aurait besoin d’espace pour se développer : c’est le produit d’un scénario qui n’a pas fait les coupes nécessaires, a gardé des séquences parce qu’elles existaient, a confondu durée et substance. Chaque minute superflue aggrave l’effet d’usure, creuse davantage le fossé entre l’ouvrage et un spectateur qui attend simplement que cela se termine.

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La fin est à l’image du reste : très moyenne, ni franchement satisfaisante ni vraiement ratée, simplement insuffisante. Elle ne résout pas les questions que le film aurait dû poser, parce qu’il ne les a pas posées. Elle met un point final à une histoire qui n’a pas vraiment commencé à raconter quelque chose, et le spectateur la reçoit avec le même détachement poli qu’il a développé au fil des trois quarts d’heure précédents.
Hold the Fort s’est contenté de peu, et le problème est que ce peu n’est pas suffisant. L’intention de légèreté est là, ainsi que la sympathie des personnages et l’envie de faire quelque chose d’amusant. Mais l’intention ne suffit pas, et la sympathie ne remplace pas le rythme, l’invention, la capacité à surprendre un spectateur qu’on a pris la peine de mettre en confiance. William Bagley a réalisé un film agréable pendant dix minutes et répétitif pendant le reste, ce qui est, pour un film de genre, une façon de ne pas tenir sa promesse.
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