Le 23 septembre 2026
Dans une langue cinématographique qui n’appartient qu’à elle, Cheyenne-Marie Carron poursuit son exploration du pardon, de la résilience et de la quête de la foi.
- Réalisateur : Cheyenne Carron
- Acteurs : Leslie Tompson, Alexandre Triaca, Evangeline Chancerelle
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Distributeur : Hésiode Distribution
- Durée : 1h22mn
- Date de sortie : 14 octobre 2026
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Résumé : Paul éduque seul sa fille Agathe dans un village soudé autour de sa paroisse. Lorsqu’un prêtre annonce l’arrivée de migrants africains, la communauté se divise. Paul et Agathe soutiennent cette initiative, convaincus de sa richesse humaine, tandis que Marta, leur aide familiale, d’origine étrangère, s’y oppose, craignant une menace.
Critique : Cheyenne-Marie Carron, depuis qu’elle fait du cinéma, l’assume profondément. Tous ses films participent à une œuvre de foi chrétienne, interrogeant la complexité de l’âme humaine à travers ses doutes, ses espérances, ses hésitations et ses zones d’ombre. Dans ce nouveau long métrage, la réalisatrice s’intéresse à l’immigration, a fortiori dans un village dont la plupart des habitants, pourtant unis derrière leur église, doutent de l’intérêt. Le prêtre à l’origine de cette arrivée se retrouve notamment en butte à Martha, une jeune femme d’origine africaine, qui propose une représentation toute particulière de la question migratoire.
Voilà donc un sujet difficile à aborder, si l’on ne veut pas céder à la facilité de l’angélisme ou, au contraire, aux sirènes de l’extrémisme. Le langage de Cheyenne-Marie Carron fuit les évidences. Après avoir abordé la pédophilie dans le monde de l’Église ou le terrorisme, elle va à la rencontre de personnages ayant souffert dans leur chair et qui, en même temps qu’ils s’apprêtent à recevoir des migrants, expriment leur propre amertume face à un existence qui ne leur a pas toujours fait de cadeaux. D’autres membres de cette communauté catholique partagent leur insatiable goût de l’altérité. Et pourtant, quelle que soit l’envie d’accueillir dans son foyer une personne venue du bout du monde, le rapport à l’étrangeté culturelle ne va pas de soi. Les caricatures ne sont jamais loin dans les discours qui s’échangent autour des tables.

- Copyright Hésiode Productions
Il faut reconnaître que, plus Cheyenne-Marie Carron avance dans le cinéma, plus sa mise en scène gagne en assurance. On est loin du balbutiement de ses premiers films, avec des comédiens parfois un peu gauches. La caméra est très sobre, allant à l’essentiel de ces personnages qui doutent de leurs croyances et de leur vision du monde. Les acteurs s’imposent avec une aisance remarquable. Le cadrage, le montage très sobre, la lumière témoignent d’une esthétique du cinéma qui s’affermit avec le temps et s’élève vers une plus grande maîtrise.

- Copyright Hésiode Productions
Cheyenne-Marie Carron est une militante du cinéma. Film après film, elle persévère dans un métier dont les portes sont si difficiles à ouvrir. On sent que les financements sont plus importants, lui permettant de s’entourer de comédiens professionnels confirmés, de soigner davantage ses décors et ses prises de vue. Le nœud gordien du récit réside dans l’affrontement entre un père de famille, convaincu de sa bonté au nom de la foi qui l’anime, et une aide à domicile d’origine sénégalaise, hostile à l’arrivée de ses compatriotes dans le village, qui plus est sous son propre toit. Les évidences sont mises à mal, et le débat se complexifie dans un dialogue interculturel aux enjeux pluriels. On pense ainsi à L’Éden, le film précédent de la réalisatrice, et l’un de ses plus aboutis, qui mettait face à face un Palestinien et un Juif, contraints de sauver leur peau et leur honneur.
Il était une fois le printemps poursuit le cheminement artistique d’une réalisatrice qui conjugue son désir de foi, de cinéma et d’humanité. Le long-métrage va à l’encontre des représentations des communautés catholiques, optant résolument pour une vision socialiste du monde. La réalisatrice a foi en l’humanisme, pourtant mis à l’épreuve par des évènements qui n’ont rien de diaboliques, où les vérités et le regard sur l’autre sont ébranlées.
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