Le 21 juin 2026
Ce documentaire, qui suit un enfant devenu adulte sur une dizaine d’années, évite le didactisme propre au film rural et séduit par la subtilité de son montage autant que par son émotion contenue.
- Réalisateur : Maxence Voiseux
- Genre : Documentaire, Teen movie
- Nationalité : Français, Allemand, Suisse
- Distributeur : Arizona Distribution
- Durée : 1h45mn
- Date de sortie : 18 novembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Dans le nord de la France, Gabin, le petit dernier de la famille Jourdel, est destiné à reprendre la boucherie de son père. Tiraillé entre loyauté familiale et envies d’échappées, il a d’autres rêves : dresser une vache de concours, devenir éleveur canin, sauver la ferme de sa mère de la faillite. GABIN nous plonge dans la vie de ce garçon, de ses huit à ses dix-huit ans.
Critique : Présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2026 où il a été très bien reçu, Gabin est le premier long métrage de Maxence Voiseux. Après des études scientifiques, ce dernier avait suivi la formation de cinéma documentaire de l’Université Paris VII, en réalisation et montage. Maxence Voiseux a fait la connaissance de la famille Jourdel en 2014, à l’occasion de son film de fin d’études. Cela avait donné le court métrage Des hommes et des bêtes, suivi du moyen métrage Les héritiers (2015), dans lequel apparaît le jeune Gabin. Des images de ce film sont d’ailleurs utilisées au début de Gabin. Le projet du réalisateur était de filmer divers membres de la famille. Il a finalement choisi de se focaliser sur Gabin, le benjamin de la parentèle, pour sa sincérité, sa complicité avec la caméra, et ce qu’il représentait : un enfant ordinaire mais attachant, essayant de résoudre le dilemme entre son attachement à sa famille et au monde rural et son désir de s’en affranchir. Nous suivons donc l’enfant, devenu ensuite adolescent, jusqu’à l’âge de sa majorité et son départ du domicile familial.

- © 2026 Arizona Distribution. Tous droits réservés.
La mère de Gabin est éleveuse et son père boucher. Si leurs difficultés professionnelles sont évoquées, Maxence Voiseux évite le piège inhérent aux films sur le milieu rural, à caractère documentaire ou de fiction, s’enlisant souvent dans le didactisme et le militantisme. Gabin est plus subtil, dans le sens où les difficultés des parents sont plutôt un moyen de montrer l’évolution de leur rapport avec le jeune homme. Que la caméra scrute des scènes de rires avec la mère ou de tensions avec le père, aucun jugement n’est porté sur le comportement de protagonistes forcément en interaction avec le processus filmique. Car Gabin se situe bien dans le registre du « documenteur » ou « docu-fiction », les dialogues et témoignages présentés étant clairement conditionnés par la présence du réalisateur, ce qui n’empêche pas, dans un tel cas, la sincérité de Gabin et ses proches.

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À ce propos, Maxence Voiseux déclare : « Sur le tournage, il se passait toujours quelque chose, il n’y avait jamais de carence de réel. En revanche, la préparation et l’écriture ont été plus complexes car le film leur appartenait tout autant qu’à moi et très rapidement, ils s’en sont servi pour faire avancer leur vie. Le film a opéré comme un catalyseur qui leur permettait de rêver. » Le film frappe par l’alternance d’ellipses (Gabin enfant qui devient subitement ado au gré d’un montage subtil) et ses plans d’une longue durée au cours desquels le réalisateur s’attarde sur des confessions ou des silences révélateurs des doutes ou certitudes de la famille Jourdel. Et l’on apprécie également le délicat dosage de sobriété et d’émotion, y compris lorsque Gabin n’apparaît pas à l’écran. C’est le cas lorsque le père effectue une retraite dans un monastère du Gard, ou quand la mère évoque le souvenir d’une aïeule disparue. Si le suivi d’une famille sur dix ans n’est pas sans évoquer Boyhood de Richard Linklater, Gabin s’inscrit aussi dans la lignée du meilleur cinéma documentaire français, qui a donné naissance à des films aussi forts que le diptyque Farrebique et Biquefarre de Georges Rouquier ou la trilogie Profils paysans de Depardon. Davantage qu’une chronique rurale ou qu’un portrait d’adolescent, Gabin saisit l’instant fragile où l’attachement à son milieu requiert un arbitrage entre héritage et libre arbitre.
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