Le 25 juin 2026
C’est un feel good movie qui a du mordant, une comédie consciente d’elle-même, et un film suffisamment riche pour mériter plusieurs visions.
- Réalisateurs : Marco Nguyen - Nicolas Athane
- Acteurs : Philippe Katerine, Jérémy Gillet, Alex Ramires
- Genre : Comédie, Animation, LGBTQIA+
- Nationalité : Français
- Distributeur : The Jokers
- Durée : 1h25mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 17 juin 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels .
Critique : Certains films savent exactement à qui ils s’adressent et font de cette clarté non pas une limitation, mais une force. Jim Queen est de ceux-là. Film d’animation français ouvertement politique, queer, décidé à faire rire tout en disant des choses sérieuses sur la société occidentale contemporaine, il assume son entre-soi avec la conviction de ne pas chercher à plaire à tout le monde. C’est un feel good movie qui a du mordant, une comédie consciente d’elle-même, et un film suffisamment riche pour mériter plusieurs visions.
L’animation est suffisamment bonne pour ne jamais nuire au film, avec un soin lui permettant un style propre, sans être la dimension qui le définit le plus. Elle est au service du projet plutôt qu’elle n’en est le moteur, ce qui est la juste position pour un film dont les forces principales sont ailleurs, dans l’écriture et la façon dont les couches de sens s’accumulent.
Les différentes voix sont excellentes, portant quelque chose que l’animation ne peut pas toujours produire seule : une présence humaine, une façon d’habiter le texte, montrant que les comédiens ont compris ce qu’on leur demandait et ont décidé de le faire avec une conviction qui dépasse la simple exécution. Dans un film aussi fondé sur la parole, sur la façon dont les mots font et défont le réel, la qualité des voix est une dimension fondamentale. Elle est ici à la hauteur du reste.
Jim Queen se voit et se revoit. Les références politiques, queer et cinématographiques s’accumulent avec générosité, montrant que les réalisateurs ne se sont pas demandés si tout le monde comprendrait tout, mais ont décidé que la richesse valait mieux que l’accessibilité totale. Les caricatures de personnalités politiques connues fonctionnent simultanément à plusieurs niveaux : elles sont drôles pour qui les reconnaît, révèlent des informations sur les personnages fictifs qu’elles habitent, et constituent un commentaire sur le réel qui n’a pas besoin d’être explicite pour être lisible. La référence à La Petite Sirène est l’exemple d’une citation qui fonctionne à la fois comme hommage, subversion, et blague. Les références à la communauté queer sont l’aspect le plus discuté de cette densité. Elles sont à la fois sympathiques et excluantes. Sympathiques car elles révèlent que le film existe vraiment pour et depuis cette communauté, qu’il ne simule pas une inclusion mais l’incarne. Excluantes parce qu’une partie du public ne pourra pas en saisir toutes les nuances, et que cette opacité partielle change l’expérience du film selon le spectateur. C’est un choix conscient, assumé et défendable. Un film qui appartient entièrement à sa communauté tient un discours que les œuvres cherchant à plaire à tout le monde ne peuvent pas dire.

- © 2026 The Jokers Films. Tous droits réservés.
Le film est d’une drôlerie qui refuse de choisir entre les registres, les mélange avec une désinvolture témoignant que la hiérarchie entre la blague graveleuse et la référence fine est une construction qu’il n’a pas envie de respecter. On trouve dans Jim Queen des blagues qui font rire par leur grossièreté assumée, et d’autres par leur précision culturelle. Les deux coexistent sans que l’une n’invalide l’autre, sans que le film ait besoin de se choisir un registre et de s’y tenir. Cette façon de ne pas avoir peur du ridicule, de l’autodérision, des faux stéréotypes poussés jusqu’à leur propre subversion, est incarnée par le fait que les réalisateurs ont saisi la façon dont l’humour peut fonctionner comme critique : non pas en se tenant à distance de ce qu’il critique, mais en l’habitant jusqu’à l’excès, jusqu’au point où l’excès lui-même devient la démonstration. C’est une tradition comique qui a une histoire, du vaudeville au camp, de la parodie à la comédie politique, et Jim Queen s’y inscrit avec la conscience qu’il sait d’où il vient.
Ce qui distingue Jim Queen de la comédie pure, c’est sa façon d’être à la fois drôle et tragique. Le film utilise l’ironie et l’humour pour dénoncer des éléments sur la société occidentale contemporaine, sans que cette dénonciation prenne la forme du pamphlet ou de la leçon. C’est une façon de tenir des propos sérieux en faisant rire, ce qui est peut-être la forme la plus efficace de critique sociale au cinéma, parce qu’elle déjoue les résistances, affirme des vérités difficiles par un chemin qui ne met pas le public en position défensive.

- © 2026 The Jokers Films. Tous droits réservés.
La question de l’entre-soi est néanmoins réelle, et le film lui-même semble en être conscient. Les personnes visées par la critique n’iront peut-être pas voir Jim Queen, ne seront pas dans la salle pour recevoir son discours. C’est la limite fondamentale de toute satire politique s’adressant à un public qui partage déjà ses convictions : elle conforte plutôt qu’elle ne convainc, renforce les certitudes d’une communauté. Mais on peut valider aussi la volonté de ne pas toujours devoir s’adapter à un large public, de faire un long métrage pour la cible véritablement visée, sans compromis.
La faiblesse principale du film est structurelle et arrive à un moment précis : à partir de la révélation et jusqu’à la résolution, le rythme est plus lent et moins soutenu. C’est là que l’humour ne suffit plus à porter seul la trame narrative : Jim Queen montre que sa construction dramatique n’est pas tout à fait à la hauteur de sa richesse référentielle et de son énergie comique. C’est un problème classique des comédies très denses dans leur premier acte : elles épuisent une partie de leur énergie dans l’installation, et la résolution demande un type d’engagement narratif différent, plus dramatique, moins fondé sur l’accumulation de références et de blagues, que le film n’a pas entièrement préparé. Le long métrage est plus que regardable et drôle, même dans ses chutes de rythme, mais cette baisse de tension perceptible témoigne que le scénario a été davantage travaillé dans ses intentions que dans sa construction globale.
Jim Queen est un feel good movie incisif, qui donne du plaisir et véhicule un message par le rire et la réflexion, s’adressant à une communauté avec sincérité, sans chercher à s’excuser. Il est imparfait dans sa construction dramatique, partiellement excluant dans sa densité référentielle, mais globalement réjouissant. Ce film cohérent et personnel détonne dans un paysage cinématographique qui confond trop souvent ambition et prétention : cette qualité est en soi une réussite.
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