Le 28 octobre 2024
Décalé, absurde, et emprunt d’une certaine fraîcheur, le nouveau film de Stefan Liberski s’égare dans un humour assez plat, que l’interprétation engagée et sincère de Benoît Poelvoorde ne parvient pas à redresser.


- Réalisateur : Stefan Liberski
- Acteurs : Benoît Poelvoorde, Gustave Kervern, François Damiens, Lorella Cravotta, Ambre Grouwels, Camille Cottin, Gustave Kervern
- Genre : Comédie
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h50mn
- Date de sortie : 30 octobre 2024

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Résumé : Jean-Yves Machond, peintre mondialement méconnu et globalement malheureux, décide un jour de changer de vie. Il va chercher l’inspiration dans une petite ville normande, afin de concevoir un chef-d’œuvre qui lui vaudra enfin gloire et reconnaissance éternelle. Mais sa rencontre avec les artistes locaux, du chaleureux Bagnoule à l’habile Cécile, va quelque peu le faire dévier de son chemin, et le mettre face à son rêve le plus profond : celui d’être un homme heureux, tout simplement.
Critique : Pourtant, cette musique de début est si jolie. Et elle se poursuit tout au bout du film, dans un registre qui hésite entre la comédie potache, le théâtralisme absurde et la romance. Au milieu de tout cela, il y a ce peintre assommé par la feuille blanche : il a perdu le succès d’hier et s’enfuit dans une maison qui ressemble à une soucoupe volante, au-dessus de la mer normande, pour tenter de retrouver l’inspiration.
L’Art d’être heureux, qui emprunte évidemment son titre à un célèbre ouvrage de philosophie, s’affiche comme une comédie légère et sensible, sous couvert de la description d’un personnage haut en couleur, plus proche d’un héros de Voltaire qu’un peintre romantique. Il prend la vie comme elle va, avec une candeur malicieuse, au point de tout accepter des autres, notamment d’une directrice d’une galerie d’art. Cette directrice allumeuse et vulgaire, c’est Camille Cottin dont on se demande comment elle a pu accepter de jouer un personnage aussi peu sympathique, voire grotesque. Ce rôle abîme considérablement le genre féminin, partagé entre un médecin alcoolique et lourdaud, et surtout une propension à attiser le désir des hommes pour ensuite les repousser.
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Le problème central du long-métrage ne demeure pas les acteurs, bien au contraire : ils assument avec sincérité d’incarner ces drôles de personnages. La difficulté réside autour de l’écriture qui non seulement se complaît dans une série de facilités scénaristiques, mais surtout s’enlise dans des excès qui, au lieu de provoquer le rire, poussent à une certaine lassitude du spectateur. On a mal pour Jean-Yves Machond qui accepte toutes les humiliations, tous les compromis, et s’oublie dans des toiles de hérissons qui ne font qu’accabler son talent de peintre. Les relations qui se créent entre les habitants et lui s’égarent ainsi dans une superficialité étrange, qui ne lui permettent pas de sortir de la caricature de lui-même. En réalité, Stefan Liberski dresse un portrait de son héros débonnaire, qui flirte hélas souvent avec le grotesque.
L’Art d’être heureux, à l’exception de rares moments, n’emporte pas vraiment le rire. La mise en scène multiplie les gesticulations des personnages, quand il ne s’agit pas de forcer l’accent belge. Les personnages féminins ne rattrapent pas le ton, entre cette directrice de galerie, cette artiste qui travaille sur des galets ou cette peintre qui aurait fréquenté Dubuffet en son temps. À cela s’ajoute un format beaucoup trop long, qui au lieu d’apporter de la nuance aux personnages les réduit à des archétypes.
Par contre, une mention spéciale revient au directeur de la photographie. En effet, les images de la Normandie, et particulièrement des falaises blanches qui jalonnent la côte, sont merveilleuses. Mais elles se suffisent pas à générer le charme et la tendresse qui normalement s’imposent pourtant dans ce type d’exercice comique.