Le 8 juin 2026
Un film d’une grande dignité dans sa forme comme son fond, appuyé par une direction d’acteurs époustouflante. Julien Gaspar-Oliveri est une révélation à suivre de très près.
- Réalisateur : Julien Gaspar-Oliveri
- Acteurs : Sophie Cattani, Bastien Bouillon, Héloïse Volle, Jean-Louis Garçon, Florence Janas, Diego Murgia, Manon Clavel, Romane Fringeli
- Genre : Drame, Drame social
- Nationalité : Français
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h46mn
- Date de sortie : 2 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026, Semaine de la Critique 2026
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Résumé : Enzo, dix-neuf ans, et sa sœur Carla, vingt ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.
Critique : La frappe, premier long métrage de fiction de Julien Gaspar-Oliveri, peut être qualifié de film physique. Littéralement. Le long métrage s’ouvre sur un travelling rapproché d’une peau. La peau d’Enzo. Cette peau dans laquelle, on l’apprendra petit à petit, réside une souffrance et un manque d’amour abyssal. Une peau traumatisée dans laquelle se distille mille et une cicatrices.
Julien Gaspar-Oliveri filme les corps avant de filmer les mots, comme si le langage était devenu insuffisant pour exprimer ce qui ronge ses personnages. La caméra glisse sur les pores, les poils, les marques laissés par le temps et les violences. Le cinéaste s’inscrit ainsi dans un naturalisme radical où le corps devient le premier territoire du récit.

- © 2026 Ad Vitam Distribution. Tous droits réservés.
Le titre lui-même interroge. On pourrait croire qu’il renvoie à un geste précis, à cette scène de violence physique. Finalement, au fil du récit, la frappe sera apparue davantage comme une onde de choc qui traverse les êtres. Elle est un coup initial dont les répercussions continuent de se propager des années après l’exécution. Comme la trace invisible laissée par la domination, l’emprise et le traumatisme.
Le plus marquant dans La frappe est sa manière d’aborder un sujet que le cinéma français traite rarement de front. Lorsque l’on découvre que le CNC a refusé de soutenir financièrement le projet, il est difficile de ne pas y voir le symptôme d’une certaine frilosité institutionnelle face à des œuvres qui s’attaquent à des réalités aussi inconfortables. Julien Gaspar-Oliveri montre les ravages de l’inceste non comme un simple fait divers ou un ressort dramatique, mais comme une contamination intime des rapports humains. Son film s’intéresse moins à l’acte lui-même qu’à ses répercussions : la confusion des sentiments, la culpabilité, l’incapacité à nommer l’horreur et la difficulté à se libérer de l’emprise.

- © 2026 Ad Vitam Distribution. Tous droits réservés.
Une approche qui explique pourquoi le film évite constamment le spectaculaire. Le cinéaste ne cherche jamais à provoquer. Il construit au contraire un climat de malaise progressif où chaque regard, chaque silence et chaque hésitation prennent une importance considérable. Le hors-champ devient alors le véritable lieu de violence.
L’ambition du sujet repose en grande partie sur l’interprétation de Diego Murgia. Son Enzo semble perpétuellement en retrait du monde, comme enfermé dans un état de sidération permanente. Face à lui, Bastien Bouillon compose un père dont la banalité devient peu à peu inquiétante. Le film trouve alors sa force la plus troublante : montrer que les monstres peuvent se tapir dans ce qu’il y a de plus ordinaire.
En revenant sans cesse aux corps, aux peaux et aux cicatrices, Julien Gaspar-Oliveri réussit finalement à filmer ce qui échappe à l’image : les traces laissées par la violence. La frappe est une tentative, rare et bouleversante, de rendre visible l’invisible. Une tentative réussie.
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