Le 1er octobre 2026
Le médecin et spécialiste de l’IA poursuit sa fascinante exploration des enjeux de l’intelligence artificielle à travers un roman drôle et incisif qui, à bien des égards, rappelle la plume ironique et cruelle d’un certain Beckett. Une réussite.
- Auteur : Jean-Emmanuel Bibault
- Editeur : Éditions des Équateurs
- Genre : Roman, Anticipation
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 24 septembre 2026
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Résumé : Théodore Berle a trente-deux ans et un métier que personne n’envie. Agent Qualité Sémantique Niveau 2 chez Atlas, le service public entièrement numérique conçu pour simplifier la vie des Français, de leur naissance à leur mort. Quatre cents dossiers par jour, deux boutons. Il passe ses journées à approuver les décisions de la machine. C’est la garantie humaine...
Critique : Et si du fait d’un passage aux urgences pour des symptômes bénins, vous vous retrouviez confondu avec un patient schizophrène, puis écarté des registres nationaux d’identité ? C’est ce qui arrive à Théodore Berle, un homme ordinaire d’une trentaine d’années, parisien, qui, du jour au lendemain, disparaît de la superstructure publique Atlas qui organise et régule les relations sociales en France. Alors, il existe bien des agents chargés de vérifier que les actes administratifs ont été effectués par des êtres humains — c’est d’ailleurs la mission du héros —, mais l’erreur est monnaie courante. C’est ainsi que des milliers de personnes se retrouvent du jour au lendemain sans identité numérique, voire sans existence sociale, leur accès à ce système public numérique leur étant refusé.
La garantie humaine n’est pas un roman de science-fiction. L’auteur, le cancérologue Jean-Emmanuel Bibault, s’attache à restituer le quotidien ordinaire d’un homme qui pourrait en tout point ressembler au nôtre. Sauf que nous sommes en 2032. L’intelligence artificielle a accompli des progrès aussi extraordinaires qu’effrayants : elle permet désormais de soigner des leucémies incurables, mais surtout, elle se substitue peu à peu à toutes les formes d’humanité qui composent notre quotidien.On reconnaît la patte de l’auteur de 2041, l’odyssée de la médecine, qui décrit à plusieurs reprises l’univers médical, qu’il s’agisse du destin de la sœur du héros, d’une psychiatre reconvertie en chercheuse, ou encore des errements diagnostics où la parole du médecin est ravie par les algorithmes. Le récit lui a d’ailleurs été inspiré par un échange avec un patient dont le dossier avait été confondu avec celui d’un autre.
Le rythme est très vif. Le romancier balade ses lecteurs dans une série de mésaventures follement drôles, où l’absurdité du système prend peu à peu le pas sur le réel. Cette dystopie, certes inquiétante dans le fond, est contrebalancée par des scènes qui puisent directement dans notre actualité, l’auteur prenant visiblement plaisir à critiquer les évolutions de notre monde. On y retrouve Netflix, les échanges de mails, l’effacement progressif de l’humain dans les procédures administratives, bref, tout ce qui constitue le creuset de nos vies contemporaines. Dans le même temps, l’auteur poursuit sa réflexion sur les transformations à l’œuvre sous couvert de révolution technologique. Pour autant, le livre demeure avant tout un récit de fiction. Par son style comme par son thème principal — la perte d’identité —, il fait constamment penser aux grands textes de Samuel Beckett, et en particulier à L’Innommable. Les phrases, courtes et alertes, décrivent avec une remarquable efficacité le drame d’un homme qui se retrouve dépourvu d’identité. L’amour s’invite lui aussi dans cette course haletante à la reconstruction personnelle, notamment à travers le personnage d’une chercheuse en psychiatrie chargée de sonder l’âme des personnes sans identité. Comble du progrès, il faut désormais s’enregistrer avant un rapport sexuel afin d’attester que les deux partenaires sont bien consentants.
On trouve quelque chose d’éminemment cinématographique dans la manière dont Jean-Emmanuel Bibault orchestre son récit. Le lecteur se retrouve ainsi précipité dans une aventure qui se déroule sur une période relativement courte, sans que son attention ne soit jamais relâchée. On visite un tribunal glacial où le défenseur est une machine vocale et, dieu merci, encore quelques lieux de vie comme les cafés, où les humains continuent de se retrouver malgré le mouvement irrésistible du progrès de l’IA, qui se fait peu à peu au détriment de ceux qui l’ont créée.
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