Le 13 mai 2026
Chapitré à la manière d’un roman, La vie d’une femme offre une nouvelle fois l’occasion à Léa Drucker de se prêter à une performance d’actrice assez exceptionnelle. Un beau film dense et gracieux.
- Réalisateur : Charline Bourgeois-Tacquet
- Acteurs : Charles Berling, Léa Drucker, Bernard Blancan, Marie-Christine Barrault, Mélanie Thierry, Laurent Capelluto, Yumi Narita
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Pyramide Distribution
- Durée : 1h38mn
- Date de sortie : 9 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
Résumé : Gabrielle, cinquante-cinq ans, se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Gabrielle est chirurgienne. Et pas n’importe quelle chirurgienne puisqu’elle répare les visages cabossés par un accident de la vie. C’est une femme énergique, brillante, qui s’adonne à son travail avec une fougue épatante. Et pourtant, autour d’elle, sans qu’elle ne le verbalise vraiment, le vide affectif se fait peu à peu, jusqu’au moment où elle fait la rencontre avec une écrivaine qui lui avoue son désir pour elle. La vie d’une femme est, quasiment à la manière d’un roman de Flaubert, une œuvre qui ne cultive pas l’ambition de juxtaposer les évènements dans un rythme inouï.
Ce qui intéresse avant tout Charline Bourgeois-Tacquet est de dresser le portrait sensible et complexe d’une femme pendant quelques mois de son existence. La comédienne et réalisatrice offre ainsi à Léa Drucker un rôle de composition magistral, pour ce deuxième long-métrage de la metteuse en scène. Ce dernier est encore plus abouti et travaillé que Les amours d’Anaïs qui d’une certaine manière traitait d’un sujet assez analogue, à savoir l’émoi amoureux d’une femme à l’égard d’une autrice. Mais cette fois, le scénario dépasse le cadre délicat et sympathique d’une amourette feutrée et délicate pour brosser la figure d’une femme brillante, comme en lutte permanente contre sa propre chute.

- Léa Drucker
- © 2026 Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
Le long-métrage est construit en une suite de chapitres reliés par la musique. C’est une histoire de femme écrite par une femme, dans une langue cinématographique qui prend le temps de dérouler la complexité du personnage. Tour à tour détestable, sympathique, tendre, défensive, Gabrielle révèle de multiples facettes de sa personnalité. Léa Drucker apprivoise avec un talent immense les ressorts psychiques de son personnage sans jamais tomber dans les excès. Il y a même un certain parti pris de froideur qui tranche avec le personnage relativement frivole d’Anaïs Demoustier dans le premier long-métrage de la réalisatrice. On avait vu Léa Drucker sur la Croisette en 2025, en policière qui enquête sur les bavures pendant le mouvement des gilets jaunes, dans Dossier 137. On se souvient aussi de L’été dernier (2023) où elle incarnait une bourgeoise qui tombait amoureuse de son beau-fils. Une nouvelle fois, l’actrice fait la démonstration d’un talent incroyable à endosser tous les rôles sans jamais tomber dans la faute de goût ou l’invraisemblance.

- Mélanie Thierry, Léa Drucker
- © 2026 Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
Le long-métrage fait preuve d’une densité romanesque assez incroyable. Chaque titre de chapitre reprend une parole ou un geste. Les parties se succèdent avec une apparente non-continuité et pourtant, peu à peu, elles donnent forme à un film cohérent. Le rire n’est jamais loin non plus dans ce qui ne ressemble ni à un drame ni à une comédie. À la façon de la nouvelle de Stefan Sweig Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Charline Bourgeois-Tacquet observe les déambulations sentimentales d’une femme mûre, mais qui ne parvient pas à se départir de son existence bourgeoise, dominée par une certaine forme d’addiction au travail. La scène où elle reprend les internes sur leur engagement dans le service de chirurgie faciale dénote le fossé en matière de représentation de la vie entre les jeunes gens et la génération des cinquantenaires.
La vie d’une femme ne se contente pas de décrire un personnage féminin à la fois déterminé et fragile. Le long-métrage traite de multiples sujets d’une grande contemporanéité comme la maladie d’Alzheimer, l’usure des couples, les familles décomposées : autant de thèmes qui font de ce long-métrage une œuvre complète et d’un grand intérêt.
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