City of Black and White
Le 11 janvier 2026
Candidat malheureux pour représenter la Chine lors de l’édition 2025 des Oscars, Le studio photo de Nankin est une superproduction à la visée moins historique que mémorielle, qui, en dépit d’une réalisation maîtrisée, pêche par son patriotisme appuyé et son manque de sobriété.
- Réalisateur : Shen Ao
- Acteurs : Liu Haoran, Wang Chuan-jun , Gao Ye, Wang Xiao, Yang Haoyu
- Genre : Drame, Historique, Film de guerre
- Nationalité : Chinois
- Distributeur : Space Odyssey
- Durée : 2h17mn
- Titre original : 南京照相馆 [Titre international : Dead to Rights]
- Âge : Interdit aux moins de 16 ans
- Date de sortie : 7 janvier 2026
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Résumé : Au moment de la prise sanglante de la ville chinoise de Nankin par l’armée japonaise en décembre 1937, un jeune homme échappe à la mort en prétendant pouvoir aider l’armée nippone à développer les photos de ses exactions. Il s’installe dans un studio photo qui devient alors un lieu de résistance, et risque sa vie pour sauver des familles et révéler les preuves des atrocités commises.
Critique : Le studio photo de Nankin n’est pas le premier film chinois à traiter du massacre de Nankin : outre l’injustement oublié Don’t Cry, Nanking (1995) de Wu Ziniu, Lu Chuan en proposa une reconstitution dans un film de guerre à grand spectacle, City of Life and Death (2009), souvent comparé à La liste de Schindler en raison de l’utilisation du noir et blanc et du point de vue centré sur un soldat japonais humaniste ; deux ans plus tard, Zhang Yimou en faisait le cadre de son Flowers of War, qui s’attachait davantage au sort des civils, et en particulier de prostituées, avec Christian Bale dans le rôle d’un thanatopracteur américain perdu dans le chaos du sac de la ville.
Coproduit par le gouvernement chinois, le film vise sans doute à remplacer les deux précédents longs-métrages – City of Life and Death ayant, bien qu’amputé de certaines scènes par la censure, suscité de vives polémiques. Pari gagné auprès du public continental puisque Le studio photo de Nankin a été le film local à remporter le troisième plus grand succès au box office en 2025 : las, malgré une reconstitution soignée, un casting convaincant et une intrigue convenablement ficelée, le long-métrage manque cruellement de nuances.

- Crédits : Heylight / Space Odyssey
Ao Shen, dont le film est le troisième long-métrage et le premier à sortir dans les salles françaises, parvient certes à traduire l’angoisse permanente qui étreignait les habitants de la ville confrontés à l’armée japonaise, mais il traite le sujet sans la finesse et le sens de la nuance de ses prédécesseurs : cherchant avant tout à prendre le spectateur par les sentiments, il alterne des scènes mélodramatiques, des dialogues célébrant le patriotisme des habitants chinois de la ville et des séquences, pour certaines difficilement soutenables, qui donnent à voir les violences perpétrées par la soldatesque de l’Empire du Soleil Levant.
De fait, le cinéaste reconstitue un épisode tragique du conflit sino-japonais, trop peu connu en Occident : car, en pillant ce fief du Kuomintang dont le parti avait fait sa capitale, l’armée impériale nippone massacra, en l’espace de six semaines, entre 50 000 et 200 000 Chinois, à la fois civils et militaires, et viola également plus de 20 000 femmes. Mais fallait-il pour autant confronter le spectateur à une violence aussi crue et proposer une représentation aussi noire et monolithique des soldats japonais ?

- Crédits : Heylight / Space Odyssey
Le film n’en propose pas moins une réflexion intéressante sur l’usage de la photographie comme pièce à conviction en ce qu’elle peut tout autant témoigner du réel que servir d’outil de propagande. De fait, le personnage principal est un jeune postier chinois qui, pour échapper à la mort, se fait passer pour l’apprenti du studio photo où il a trouvé refuge : se retrouvant chargé par un officier japonais de développer des clichés présentant l’occupation de Nankin sous un jour pacifié, il saisit l’occasion pour documenter clandestinement les atrocités commises par les troupes impériales en conservant les photos prises par ces mêmes soldats afin d’immortaliser leurs « faits d’armes ».
Le scénario, bien que fictif, renvoie en outre à une réalité historique, puisque ce sont des clichés, ainsi qu’un film réalisé par un missionnaire américain, qui ont permis d’alerter l’opinion internationale sur les exactions qui étaient commises à Nankin : mais ce sont aussi et surtout seize négatifs tirés par Luo Jin, l’apprenti d’un studio de photographie alors âgé de quinze ans, qui constitueront autant de preuves accablantes et capitales dans le dossier d’accusation présenté dix ans plus tard devant le tribunal des crimes de guerre de Nankin.
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