Le 7 novembre 2026
Cette première œuvre époustouflante, réalisée et interprétée par une étoile filante, demeure un archétype du film générationnel, tout en incarnant le meilleur du cinéma d’auteur.
- Réalisateur : Cyril Collard
- Acteurs : Romane Bohringer, Maria Schneider, Clémentine Célarié, Samir Guesmi, Marine Delterme, Claude Winter, Cyril Collard, Laura Favali, Carlos López
- Genre : Drame, Biopic, Romance, LGBTQIA+
- Nationalité : Français
- Distributeur : Dulac Distribution, Pan-Européenne
- Durée : 2h06mn
- Reprise: 2 décembre 2026
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 19 octobre 1992
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– Reprise en version restaurée : 2 décembre 2026
Résumé : En 1986, Jean a trente ans. Il vit avec Laura, dix-sept ans, une histoire d’amour mouvementée et chaotique. Il se jette dans la vie sans parvenir à faire des choix. Jean est séropositif. La passion que lui porte Laura et la menace qui pèse sur lui, l’amènent peu à peu à s’ouvrir aux autres et au monde. Il apprend à aimer, tout en continuant à dévorer la vie.
Critique : Ancien assistant de Maurice Pialat, Cyril Collard avait publié en 1989 un roman plus ou moins autobiographique, dont ce film, au titre éponyme, est l’adaptation. La finalisation du projet n’a pas été facile, tant les producteurs étaient effrayés par le caractère pessimiste et sulfureux du matériau, sa noirceur ambiante, ainsi que par le sujet de l’homosexualité, encore traité avec prudence au début des années 1990. Patrick Bruel avait été un temps pressenti pour le rôle de Jean, avant que Cyril Collard, nettement moins connu, n’endosse lui-même le personnage, en plus de son travail de mise en scène. Coécrit avec Jacques Fieschi, Les nuits fauves n’est pas véritablement un film sur le sida, même si la maladie est le « MacGuffin » évident des ressorts de la narration. En 1986, Jean, cadreur de films publicitaires et séropositif, tombe amoureux de Laura, une adolescente rencontrée à l’occasion d’un casting. Leur couple, très soudé, se fragilise lorsque Jean annonce sa maladie à Laura, seulement au bout de quelques mois. La jeune fille prend alors conscience qu’il l’a mise en danger sans la prévenir. Mais leur passion demeure, malgré de fortes zones de turbulence, d’autant plus que Jean continue de multiplier les relations sexuelles, notamment avec son meilleur ami, Samy. Mêlant romance émotionnelle et digressions allant des plus tragiques (une agression raciste, une menace de tentative de suicide) aux plus pittoresques (l’altercation jubilatoire avec un voisin entreprenant des travaux), Les nuits fauves est à la fois un beau portrait de couple et une évocation juste d’une génération prise entre le tourbillon de la liberté sexuelle et les ravages d’une épidémie, partagée entre la peur, le doute et l’espoir.

- Cyril Collard, Romane Bohringer
- © Bernard Fau © 1992 Ban Film, La Sept Cinéma. Tous droits réservés.
Cyril Collard avait ainsi déclaré : « J’ai d’abord voulu raconter une histoire d’amour et de passion. C’est vrai qu’ensuite, au deuxième niveau, il y a tout un tas de satellites sur l’époque : la ville, la nuit, l’extrême droite et aussi la séropositivité. Mais ce n’est pas un film sur le SIDA. La séropositivité intervient comme quelque chose qui transforme le personnage : au début il est égocentrique et fermé sur lui-même. Cette menace qui pèse sur lui, en même temps que l’histoire passionnelle avec Laura, font que ce personnage s’améliore, il s’ouvre au monde et aux autres et arrive à dire je t’aime. » (Journal de 20 h de France 2, propos cités dans le dossier de presse). Les nuits fauves, inspiré de l’univers de Jean Genet et dédié à Lino Brocka, est un coup d’essai éclatant, dont la mise en scène révélait un auteur singulier. Certes, l’influence de Pialat est manifeste, notamment dans les scènes d’engueulades : entre Jean et Laura, mais aussi entre Laura et divers personnages, dont sa mère et l’ex de son compagnon. Les plans sont cependant plus courts que ceux de l’auteur d’À nos amours, et le montage elliptique contribue à en faire un bel objet visuel. D’aucuns avaient regretté, à la sortie du film, des prises de vue relevant parfois du clip et des plans narcissiques sur son protagoniste.

- Cyril Collard
- © Bernard Fau © 1992 Ban Film, La Sept Cinéma. Tous droits réservés.
Ces réserves nous semblent pourtant mineures au regard de la puissance du film et du magnétisme de Collard. Et si Romane Bohringer est parfaite dans le rôle de cette jeune fille à la fois déterminée et vulnérable, la qualité du casting dans son ensemble est à souligner, avec une mention pour trois actrices incarnant, brièvement mais efficacement, de touchantes figures féminines : Maria Schneider, Laura Favali et Claude Winter. Le film connut un bouche-à-oreille positif et fut un triomphe au box-office. Cyril Collard devait décéder quelques jours avant la cérémonie des César, où Les nuits fauves remporta quatre récompenses : meilleur film, meilleur premier long métrage, meilleur espoir féminin et meilleur montage (Lise Beaulieu). Quelques semaines plus tard, des polémiques éclatèrent au sujet du comportement passé de Cyril Collard, jugé trop similaire à celui de son personnage. Toujours est-il que la mort du réalisateur a sans doute privé le cinéma français d’une série de films qui s’annonçaient prometteurs. En 1995, la Fondation Cyril Collard fut créée pour favoriser la réinsertion des personnes malades du sida. Plus de trente ans après sa sortie, Dulac Distribution propose la ressortie d’une sublime version restaurée des Nuits fauves, qui révèle que cette œuvre culte n’a aucunement vieilli.
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