Le 25 septembre 2026
Touchant mais pas poignant, original mais pas vraiment marquant, Leviticus ne parvient jamais à nous transfigurer.
- Acteurs : Ewen Leslie, Mia Wasikowska , Nicholas Hope, John Bird, Stacy Clausen
- Genre : Épouvante-horreur, Romance, LGBTQIA+, Teen movie
- Nationalité : Australien
- Distributeur : Originals Factory
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
- Date de sortie : 7 octobre 2026
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Résumé : Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.
Critique : Lévitique 13:20 - Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. Voilà le synopsis du film d’Adrian Chiarella. Profondément ancré dans la tradition de l’horreur religieuse, Leviticus raconte l’histoire de Naim, jeune Australien débarqué avec sa mère dans une communauté ultra religieuse. Alors qu’il découvre son attraction et ses sentiments pour Ryan, un de ses camarades de classe, les deux garçons sont forcés par leurs parents à une cérémonie qui cherche à les libérer de leurs « démons ». Ils se retrouvent ainsi poursuivis par une entité meurtrière prenant la forme des deux éphèbes.

- © 2026 Neon / Originals Factory. Tous droits réservés.
Ce film australien s’ouvre sur une prémisse intéressante : celle d’une possession démoniaque qui pénètre dans le corps par les mains d’un prêtre. Ici la scène de l’exorcisme est détournée pour en faire l’origine du mal, l’élément disruptif dans l’innocence des premiers amours adolescents. On comprend assez vite la métaphore : ce démon qui associe la douleur et la mort à l’image de l’être aimé rappelle évidemment la thérapie de conversion et notamment les pratiques d’électrochocs pour lier désir homosexuel et souffrance. Niam et Ryan sont aux premières loges d’une punition divine, ou plutôt d’une tentative de purification menée par les habitants de la ville. Impuissants face à une force invisible aux yeux des autres, ils sont jetés dans un brasier par leurs propres parents, qui préfèrent voir mourir leur enfant plutôt que le voir sortir du cadre de leurs propres codes moraux.
Cependant, ce contexte, cette pression et cet interdit permanent manquent de présence au sein du film. On ne nous donne jamais suffisamment de détails sur cette ville et la communauté qui l’habite : en quoi croient-ils précisément ? S’agit-il d’une secte particulièrement recluse ? Comment vit-on au sein de cette communauté ? Jamais le film ne prend véritablement le temps de poser son cadre ni ses personnages secondaires, donnant une impression de vide, de monde factice, dont ne peuvent émerger ni tension ni véritable propos. Il manque dans le récit un poids, un regard des parents, une norme morale écrasante, une impression de surveillance et de contrôle des corps pour que l’on puisse sentir la présence de la croyance dans la vie des personnages. De plus, la religion n’est même pas véritablement un sujet pour les protagonistes, qui ne partagent aucunement la foi de leurs parents. Le film se prive ainsi d’une grande part de l’enjeu et de la tension qu’aurait pu susciter un combat intérieur, une lutte personnelle contre leur éducation, leur milieu et leur famille. La foi ne semble donc être qu’un moteur d’intrigue, et non un véritable thème tissé dans la trame du film : la réflexion ne va guère plus loin que le constat d’une oppression systémique.

- © 2026 Neon / Originals Factory. Tous droits réservés.
De plus, la religion n’est même pas véritablement un sujet pour les protagonistes, qui ne partagent aucunement la foi de leurs parents. Le film se prive ainsi d’une grande part de l’enjeu et de la tension qu’aurait pu susciter un combat intérieur, une lutte personnelle contre leur éducation, leur milieu et leur famille. La foi ne semble donc être qu’un moteur d’intrigue, et non un véritable thème tissé dans la trame du film : la réflexion ne va guère plus loin que le constat d’une oppression systémique.
L’un des grands points forts réside dans l’interprétation de Joe Bird et Stacy Clausen, qui incarnent respectivement Niam et Ryan. Ils parviennent à transmettre aussi bien l’innocence et la vulnérabilité d’un premier amour que la violence de leurs doubles maléfiques. Ils forment un duo touchant, dont l’alchimie fonctionne particulièrement bien et qui apporte au récit son véritable cœur dramatique et émotionnel. La réalisation est assez efficace bien que manquant de véritables moments de bravoure. Les plans larges, la désaturation de l’image rappelle It Follows dont le concept d’une malédiction sexuellement transmissible se rapproche de Leviticus, et nous plonge dans une ambiance morne, remplie par le vide et donc par la peur qu’une présence vienne le combler. Néanmoins, les scènes de tension et de peur manquent d’innovation. Le film a trop recours aux screamers, qui finissent par banaliser la tension au lieu de la renforcer. Le refus de Leviticus de développer son monde diégétique impacte sa capacité à effrayer, tant cela l’empêche de construire son mystère. Enfin, l’intrigue se situe dans une petite ville ouvrière australienne, et le réalisateur se plaît à filmer cet horizon bouché, ce ciel encombré d’usines et de lignes électriques. Il est d’autant plus dommage que cette esthétique ne débouche sur aucun véritable propos concernant la communauté dépeinte ou le milieu social dans lequel évoluent les personnages. u final, ce choix ne sert qu’à montrer cette ville comme peu attrayante, laide et pauvre, inhospitalière à l’amour de nos personnages. Le récit tombe ainsi dans le cliché d’une ville rurale et d’un monde prolétaire que les jeunes queers seraient condamnés à fuir.
Leviticus est un film d’horreur efficace fondé sur une idée intéressante : la conversion du prêtre exorciste en magicien insufflant le démon aux adolescents, ainsi qu’une bonne métaphore de la thérapie de conversion, sujet horrifique à lui seul. Le film gère assez bien son réseau de symboles, mais manque de profondeur, notamment dans son traitement de la religion, des communautés croyantes et de l’impact de la morale sur les jeunes qui y grandissent. Un manque d’autant plus dommageable pour une œuvre qui fait aussi clairement référence à la Bible, jusque dans son titre. Leviticus cherche à montrer l’influence négative — indéniable — de la religion sur les jeunes queers, sans jamais leur donner la foi ni, par conséquent, la possibilité d’éprouver un véritable conflit intérieur face à celle-ci. En refusant de montrer des hommes homosexuels qui pourraient eux-mêmes avoir la foi, le long métrage finit paradoxalement par auto-exorciser son propre propos libérateur.
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