Le 16 mars 2026
Un film gothique maori assez charmant mais qui peine à surprendre.
- Réalisateur : Taratoa Stappard
- Acteurs : Toby Stephens, Ariāna Osborne, Umi Myers
- Genre : Épouvante-horreur, Historique
- Nationalité : Britannique, Néo-zélandais
- Distributeur : Grindhouse Paradise Pictures
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 22 avril 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angleterre Victorienne, Mary Stevens, une femme māorie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d’ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant.
Critique : Dans le Yorkshire de l’ère victorienne, une jeune femme maori nommée Marama (ou Mary de son prénom anglais) a entrepris un long voyage depuis son île natale dans le but de découvrir la vérité sur sa famille et ses origines. Elle rencontre Nathaniel Cole, un ancien baleinier récemment anobli, qui lui offre une charge de gouvernante auprès de sa petite fille, Anne, une enfant de neuf ans passionnée comme lui par la culture maori. Loin des siens entre les murs du manoir de Lord Cole, Marama cherche inlassablement qui elle est alors que son hôte ne semble pas lui dire tout ce qu’il sait.

- © 2025 Grindhouse Paradise Pictures. Tous droits réservés.
Taratoa Stappard s’engage d’emblée avec l’intéressante idée d’un film d’horreur gothique maori, mélange inédit qui semble, à la vision du film, couler de source. La violence coloniale, cause de bien des maux et traumatismes, apparaît comme un sujet parfait pour le genre de prédilection de Radcliffe et Shelley. Cela lui confère même une dimension plus actuelle, la problématique coloniale s’étant récemment fait une place dans l’horizon culturel tout en restant assez tabou pour certains. On constate ainsi l’universalité des grands codes gothiques d’une façon assez similaire au Southern Gothic, sous-genre qui déplace son action dans le Sud des États Unis. Cependant, cette grande fidélité au roman gothique rend le film assez, voire très prévisible selon la familiarité de chacun avec le genre littéraire. On en ressort avec le sentiment que Stappard s’est servi des archétypes les plus emblématiques pour construire son récit, donnant une œuvre qui applique une formule à la lettre sans trop essayer de lui conférer un souffle nouveau. Le traitement des ancêtres et des visions de Marama est un des aspects les plus intéressants puisque le réalisateur offre ici un angle novateur : il ne se contente pas de faire appel à de simples spectres, il présente les songes éveillés de son héroïne comme des résidus du passé, des échos qui l’effleurent malgré le voile du temps. De plus, au lieu de participer à l’effroi de la jeune femme, de symboliser ses peurs et ses failles, ces apparitions sont ce qui la rattache à elle-même, lui permettant d’avancer et de trouver en elle la force d’affronter toute la brutalité de la société coloniale anglaise qui lui fait face. C’est en retrouvant son passé que Marama peut appréhender son futur, c’est dans l’irrationnel qu’elle trouve comment prendre le contrôle sur la réalité, bien plus effrayante que n’importe quel fantasme.
Le personnage de Marama, premier rôle d’Ariāna Osborne, est la clef de voûte du film, presque au détriment des autres personnages. Il s’agit d’une jeune femme fracturée, écartelée entre deux identités symbolisées par son double prénom. Enfermée dans le rôle et la tenue d’une gouvernante anglaise, Marama est appelée par tout ce qu’on lui a pris, par les femmes fortes de sa lignée qui n’ont pas pour habitude de se laisser faire. Son errance fait écho à celle de son peuple, elle est perpétuellement étrangère à elle-même puisqu’on cherche à lui faire oublier d’où elle vient. De nombreux plans sur des miroirs aux reflets distordus ou même complètement différents transmettent visuellement ce sentiment de deux femmes coincées dans un seul corps. On peut également voir en la petite Anne un double de Marama, puisqu’elle aussi est perdue entre deux cultures et éloignée de sa famille immédiate. Par ce qu’elle est dans sa chair, par son sang maori, Marama devient une possession, un spécimen de choix pour le collectionneur qu’est Lord Cole. Son appropriation de la culture, des œuvres, costumes et symboles maoris est distillée tout au long du film. Il démontre un grand fétichisme pour ce peuple et leurs traditions qu’il ne désire pas vraiment voir vivre et prospérer mais enfermées dans sa maison comme une énième babiole, dépouillée de tout sens et de toute histoire. Il est le colon par excellence : tout ce qui est maori lui revient de droit, il peut s’en saisir et le remodeler à son image en particulier lorsqu’il s’agit d’une femme. Même la langue maori qu’il utilise sans cesse et qui devrait être une main tendue, une preuve de son désir de faire communiquer des peuples d’un bout à l’autre du globe lui sert d’outil de soumission, pour dominer sans même avoir à combattre. De plus, le métier dans lequel il a fait fortune est lourd de sens : il chasse la baleine, animal protecteur pour les maoris, guide bienveillant qui ramène les bateaux égarés à bon port. Cole détruit et vend ces pauvres animaux comme il le fait avec la culture maori, empêchant Marama de retrouver le chemin vers son foyer.

- © 2025 Grindhouse Paradise Pictures. Tous droits réservés.
Évidemment le film de Stappard ne se contente pas de poser des questions sans y répondre. Pour toutes les souffrances, égarements et humiliations subies par Marama, il offre une conclusion simple, celle de la vengeance pure et dure. L’œuvre devient ainsi un retour de bâton très cathartique, une manière pour son personnage comme pour son réalisateur de rendre les coups. Il y a une violence rendue pour toute violence donnée. Cette vengeance est célébrée comme un moyen de guérison, comme le seul moyen d’exorciser les démons de la colonisation et même comme un point d’honneur, une affaire de dignité. Par cette rébellion, Marama devient maîtresse de son destin, et montre à quel point il est dangereux de sous-estimer un peuple tout entier. Le réalisateur lui-même s’inclut dans cette démarche : en effet, même si son film se déroule en Angleterre, il est entièrement tourné en Nouvelle-Zélande, comme une réponse à Lord Cole qui cherchait à recréer l’île de façon factice dans sa demeure britannique.
Néanmoins, si l’on peut louer la cohérence thématique du film, ce dernier est souvent trop sec, dans le sens où il ne s’écarte jamais de son scénario principal, et prend assez peu de temps pour laisser son ambiance se déployer. Tout avance beaucoup trop vite au point où l’on ne voit jamais le personnage principal être réellement mis en difficulté. On ne sent pas le danger, la peur ou le poids d’une atmosphère viciée, malsaine pesant sur le manoir, tant et si bien que le film doit souvent se résoudre aux jumpscares afin de justifier son statut de film d’horreur sans jamais procurer vraiment de frayeur. De plus, Stappard ne dévoile pas de nouvelle manière de dépeindre une histoire gothique au cinéma : on reste avec des belles ombres bien travaillées, des contrastes entre bleu de la nuit et l’orange des flammes mais rien ne marque vraiment. Moins glaçant que le Nosferatu de Robert Eggers, moins baroque que Crimson Peak de Guillermo del Toro, Marama convainc dans son sujet plus que sa forme.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.




















