Le 21 juin 2026
Avec Noise, Kim Soo-jin transforme les nuisances sonores du quotidien en un dispositif horrifique où le silence devient paradoxalement la plus grande source d’angoisse.
- Réalisateur : Kim Soo-jin
- Acteurs : Ryu Kyung-soo, Lee Sun-bin, Kim Min-seok, Jun Ik-ryoung
- Genre : Thriller, Épouvante-horreur
- Nationalité : Sud-coréen
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h33min
- Titre original : Noijeu
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
- Date de sortie : 24 juin 2026
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– Année de production : 2024
Résumé : Ju-young, malentendante, découvre que sa sœur a mystérieusement disparu de son appartement. En cherchant des réponses, elle se heurte à des voisins terrifiés, obsédés par le silence, et à une atmosphère de plus en plus oppressante. La nuit, des bruits inexpliqués résonnent dans l’immeuble déserté, éveillant une présence invisible. Ce qu’elle croyait être une simple disparition devient une plongée terrifiante dans un cauchemar hanté par le silence.
Critique : Depuis quelques années, le cinéma de genre sud-coréen ne cesse de renouveler ses figures de l’épouvante. Après les zombies, les fantômes ou les thrillers domestiques, Noise, premier long-métrage de Kim Soo-jin, s’attaque à une peur beaucoup plus quotidienne : celle des nuisances sonores qui traversent les immeubles collectifs. Une idée simple, presque banale, que le réalisateur transforme progressivement en véritable dispositif de mise en scène, jusqu’à brouiller la frontière entre menace réelle et manifestation surnaturelle.
Le point de départ est volontairement minimaliste. Une jeune femme malentendante revient dans l’appartement de sa sœur, mystérieusement disparue après s’être plainte d’étranges bruits provenant de l’immeuble. Plus l’enquête progresse, plus les phénomènes deviennent difficiles à expliquer. Les voisins semblent cacher quelque chose, les autorités peinent à prendre la mesure de la situation, tandis qu’une présence invisible paraît se rapprocher.

- © KMBO
L’une des grandes réussites de Noise tient précisément à cette manière de ne jamais révéler immédiatement ses cartes. Kim Soo-jin entretient son mystère avec suffisamment de patience pour que chaque découverte ouvre davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. Le spectateur avance constamment à tâtons, dans un univers où le moindre son peut annoncer une présence... ou n’être qu’un bruit du quotidien. Cette ambiguïté irrigue tout le film et rappelle combien le cinéma d’horreur fonctionne avant tout sur l’attente.
Le choix d’une héroïne malentendante renforce encore ce principe. Là où beaucoup de films d’horreur utilisent le son pour signaler le danger, Noise construit certaines de ses séquences les plus angoissantes autour de son absence. Les silences imposés par la perception altérée de son personnage principal deviennent presque insoutenables : privés d’informations, nous guettons le moindre surgissement, incapables d’anticiper le prochain jumpscare. Le bruit devient paradoxalement plus inquiétant lorsqu’il disparaît que lorsqu’il éclate. C’est probablement là que le film trouve sa meilleure idée de mise en scène.
Cette réflexion sensorielle s’inscrit dans un environnement particulièrement travaillé. Les immeubles sont filmés comme de véritables labyrinthes verticaux, où couloirs, cages d’escaliers et appartements identiques composent un espace oppressant. Les compositions architecturales, très géométriques, traduisent efficacement l’écrasement urbain et l’anonymat des grandes résidences coréennes. Fidèle à une tradition bien ancrée dans le cinéma sud-coréen, Noise glisse au passage une critique sociale des logements dégradés et de l’indifférence des autorités face aux difficultés du quotidien.

- © KMBO
Tout n’est pourtant pas parfaitement maîtrisé. Kim Soo-jin multiplie parfois les expérimentations visuelles — contre-plongées, très gros plans, caméra subjective, changements brusques de focales — sans toujours parvenir à les harmoniser. L’ensemble finit occasionnellement par produire un sentiment de surcharge qui contraste avec la sobriété de son dispositif sonore. Le récit souffre également de quelques déséquilibres : certains personnages apparaissent tardivement, le rythme connaît quelques flottements, tandis que plusieurs flashback explicatifs manquent de subtilité. Il semble ainsi parfois hésiter entre conserver le mystère et guider le spectateur.
Cette hésitation culmine dans son dernier acte, qui mêle violence horrifique, drame psychologique et surnaturel, sans toujours clarifier les liens entre ces différentes strates. Certains spectateurs pourront y voir une faiblesse, tant plusieurs éléments demeurent volontairement ouverts. Pourtant, ce choix correspond à la démarche du réalisateur : Kim Soo-jin explique avoir refusé de tout expliciter, estimant que le surnaturel perd de sa force dès lors qu’il est entièrement rationalisé. À rebours d’une époque qui réclame des réponses immédiates, il revendique un cinéma laissant au public la possibilité de construire sa propre interprétation. Une intention stimulante, même si l’équilibre entre mystère et lisibilité reste ici parfois fragile.
Malgré ces réserves, Noise s’impose comme un film de genre particulièrement efficace. Parce qu’il comprend que la peur naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on croit entendre, il transforme un objet aussi banal qu’un bruit de voisinage en expérience sensorielle particulièrement éprouvante. Un long métrage imparfait mais suffisamment inventif pour rappeler une nouvelle fois combien le cinéma d’horreur sud-coréen continue de renouveler les codes du genre.
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