Le 17 mai 2026
Un beau récit d’initiation dans la lignée de tout un pan du cinéma d’auteur français, qui distille un réel charme et révèle une cinéaste inspirée.
- Réalisateur : Marine Atlan
- Acteurs : Julie Sokolowski, Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier
- Genre : Comédie dramatique, LGBTQIA+, Teen movie
- Nationalité : Français, Italien
- Distributeur : Tandem
- Durée : 2h25mn
- Date de sortie : 4 novembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Semaine de la Critique
Résumé : Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.
Critique : Marine Atlan signe ici son premier long métrage, produit par les Films du Poisson, distribué par Tandem, et sélectionné à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2026. Mais elle n’est pas nouvelle dans la profession. On a déjà pu apprécier son remarquable travail de directrice de la photographie, et en particulier sur deux films attachants, Le ravissement d’Iris Kaltenbäck (Semaine de la Critique 2023) et L’engloutie de Louise Hémon (Quinzaine des Cinéastes 2025), ce dernier lui ayant valu une nomination aux César. Le titre de son premier film a été inspiré par une nouvelle de Wilhelm Jensen racontant l’obsession d’un archéologue pour un bas-relief représentant une femme qui marche (Gradiva en latin). Car le récit de Marine Atlan se déroule essentiellement à Naples et Pompéi. Une classe de terminale d’un lycée français est en voyage scolaire, organisé par leur professeure de latin. L’ambiance de travail n’est pas au top. Au-delà des inévitables transgressions adolescentes inhérentes à ce type de séjour, une tension est perceptible, et particulièrement entre Mme Mercier, l’enseignante, et Toni. Ce dernier, mal dans sa peau et dissipé, peine à maintenir une attitude sérieuse et perturbe les visites par son comportement gênant et ses propos déplacés. L’envie du jeune homme est plutôt de rencontrer un Italien via une application de rencontre gay, et surtout d’éclaircir le mystère de ses origines familiales.

- © 2026 Les Films du Poisson. Tous droits réservés.
Car sa mère est originaire de la région napolitaine et un lourd secret semble avoir terni son passé. Le mal-être de Toni s’accélère au cours de la narration, malgré le soutien de son meilleur pote, Jame, élève plutôt brillant et beau parleur. La tragédie collective historique de Pompéi, relatée au cours du récit, va alors fusionner avec les tourments individuels des protagonistes. En même temps, Marine Atlan a souhaité donner une dimension sociologique à son récit. Elle déclare ainsi sur le site de la Semaine de la Critique : « Car ma première intuition était de raconter un personnage déraciné, qui prend conscience du déterminisme social dont il est victime et se voit rattrapé par un héritage — à rebours des récits de transfuges. Je voulais montrer comment ce destin social s’entremêle au hasard, comment le déterminisme est scellé par des contingences et prend une dimension tragique. À mesure que les personnages s’enfoncent dans la tragédie, le film change de forme. Il prend plus son temps, j’affirme de plus en plus les effets de style, les couleurs, la musique, jusqu’au lyrisme, pour basculer dans le mélodrame. » Évacuons d’emblée les réserves que l’on peut formuler à l’encontre de ce délicat premier film. Tout d’abord, la narration a du mal à se mettre en route, comme l’atteste la première séquence dans le train, interminable, que ne valorisent pas un éclairage incertain et la diction inaudible de certains interprètes.

- © 2026 Les Films du Poisson. Tous droits réservés.
Ensuite, c’est précisément le regard sociologique qui ne convainc pas toujours et manque de crédibilité : on peine à comprendre comment ces jeunes, dont le comportement évoque parfois celui de collégiens d’Entre les murs, ont pu intégrer une section de latinistes. Ces limites n’empêchent pas La Gravida d’être lumineux et touchant. La réalisatrice dresse le beau portrait d’une jeunesse fragile et en construction, et plusieurs séquences (la conversation entre la professeure et le chauffeur de bus, les confidences entre élèves, une échappée en scooter) dégagent la beauté déployée par le meilleur d’un certain cinéma d’auteur français, celui de Pialat, Eustache ou Kechiche. Il ne faut pas s’attendre à une œuvre consensuelle et traditionnelle, comme a pu l’être Le péril jeune, mais à un long métrage métaphorique et suggestif, récit d’apprentissage qui dénote un vrai sens de l’écriture et de la mise en scène. Signalons également la révélation éclatante de Colas Quignard, comédien de vingt ans à qui Marine Atlan avait proposé le rôle alors qu’il était, comme son personnage, élève de terminale. Dans un rôle difficile, Antonia Buresi, que l’on avait croisée chez Dominique Moll ou Samuel Theis, livre une prestation étonnante. Les atouts de La Gradiva sont donc multiples et évidents. Et l’on attend avec un réel intérêt le second long métrage de la réalisatrice.
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