Le 19 septembre 2026
En échappant résolument à la facilité du manichéisme, Markus Schleinzer offre une œuvre complexe et puissante où Sandra Hüller démontre toute l’étendue de son talent d’actrice.
- Réalisateur : Markus Schleinzer
- Acteurs : Sandra Hüller, Maria Dragus, Godehard Giese, Robert Gwisdek, Caro Braun, Marisa Growaldt, Annalisa Hohl, Augustino Renken
- Genre : Drame, Historique
- Nationalité : Allemand, Autrichien
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h34mn
- Date de sortie : 9 septembre 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Au lendemain de la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.
Critique : Du jour où Rose a revêtu un pantalon, elle n’était déjà plus du tout la même. Parlerait on aujourd’hui du parcours genré d’une personne vers la catégorie binaire ? On est ici au milieu du XVIIe siècle, quand les soldats sont revenus de la fameuse guerre de Trente Ans, qui ne sera jamais vraiment digérée par l’Empire germanique, à une époque où les religions se livraient bataille âprement. Le soldat balafré qui revient sur ses terres est dépositaire d’un document qui le rend héritier d’une maison à moitié démolie, qu’il va reconstruire de ses propres mains avec l’aide de quelques domestiques. Le rejet du village est brutal, jusqu’au jour où il protège les villageois d’un ours dangereux. Mais la quiétude apparente du village va vite être mise à mal au moment où se pose la question de l’identité sexuelle de ce soldat revenu du chaos de la guerre.

- © 2026 Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz /KMBO. Toud droits réservés.
On trouve dans cette reconstitution historique quelque chose de très romanesque. Le noir et blanc contribue fortement à cette sensation, offrant au récit une dimension atemporelle. On oublie très vite qu’on est au XVIIe siècle, dans un contexte universel où les discriminations pèsent depuis toujours sur le destin de nombre de personnes. Pour autant, le long-métrage ne se veut pas un plaidoyer contre les discriminations sexuelles ou raciales, mais d’abord le récit d’une femme qui a choisi de vivre sa singularité dans un monde où le patriarcat organise les relations sociales. L’histoire est portée par Sandra Hüller, remarquable dans l’interprétation de ce soldat qui tente de satisfaire son désir d’avidité et son honneur, considérant que le statut d’homme est préférable pour faire valoir son identité et ses droits. Elle incarne un être aussi puissant que brisé par des démons intérieurs, dans une ligne qui oscille entre le contrôle de soi, l’autoritarisme et le désarroi.
Rose est une anthologie autant sociale que romanesque. Les personnages sont emportés dans une dynamique narrative qui, à la façon d’une œuvre à la Zola, joue sur le réalisme et la dramaturgie. Le protagoniste central de Rose prend une épaisseur toute particulière dès lors qu’elle est engagée dans un processus de mariage. La relation conjugale qui se crée, évidemment faussée par la confusion des genres, est pétrie de non-dits, de malentendus, et en même temps de tendresse partagée. Le couple se solidifie paradoxalement au moment où la faillite s’empare de lui. Et ainsi, les tensions montent, dans un subtil entrelacs de drame et de beauté. L’enjeu des identités contrariées ou usurpées se mêle à celui d’une société villageoise obligée de bouger dans ses représentations et ses contradictions, faisant éclore à son apogée le drame.

- © 2026 Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz /KMBO. Toud droits réservés.
Par bien des aspects, on pense, dans la mise en scène très dépouillée, aux films de la Nouvelle Vague, et notamment à certaines œuvres de François Truffaut. Le noir et blanc accentue le sentiment de cette référence. Une voix off accompagne le récit, comme le marquage d’un style cinématographique qui oscille entre revendication réaliste et transcendance du réel. Le cinéaste prend beaucoup de distance avec le contexte historique, préférant, à une restitution brute des évènements, des prises d’images et de sons qui jouent habilement avec les émotions du spectateur.
Rose apparaît comme l’une des plus grandes découvertes de la rentrée 2026. Le long-métrage donne une dimension cinématographique très intéressante, rappelant que le cadrage, le montage très fluide, le format et la texture de l’image contribuent à mise en exergue du Beau. Les deux comédiennes principales se donnent en vérité dans un récit où les identités sont confuses.
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