Le 22 juillet 2026
Contemplatif et féministe mais pas assez innovant, Rose convainc mais ne passionne pas.
- Réalisateur : Markus Schleinzer
- Acteurs : Sandra Hüller, Maria Dragus, Godehard Giese, Robert Gwisdek, Caro Braun, Marisa Growaldt
- Genre : Drame, Historique, Noir et blanc
- Nationalité : Allemand, Autrichien
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h34mn
- Date de sortie : 9 septembre 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Au lendemain de la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.
Critique : Alors qu’il se remet à peine de la guerre de Trente Ans, un petit village protestant du fin fond de l’Allemagne se voit accueillir un homme pas comme les autres puisque c’est une femme. Rose est un soldat qui, après dix ans au front, va usurper l’identité d’un camarade tombé au combat pour hériter d’une parcelle dans la petite bourgade. D’abord hésitants, les villageois vont adopter Rose, respecter son courage et sa droiture mais aussi accepter son argent. Désireuse de s’établir, de faire grandir sa ferme, Rose est poussée à épouser Suzanna, la fille d’un des hommes du village. Toujours plus ambitieuse mais de plus en plus coincée dans ses mensonges, Rose parviendra-t-elle longtemps à préserver son identité ?

- © 2026 Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz /KMBO. Toud droits réservés.
C’est à partir de cette proposition rocambolesque que Markus Schleinzer nous offre son austère film dont le noir et blanc épouse la sévérité, la monotonie et l’étroitesse de ce village mais aussi la dichotomie, la polarisation entre deux états, que personnifie totalement Rose. Tout le film est tourné vers ce personnage intéressant et nuancé sans être tout à fait aimable. Elle incarne parfaitement le paradoxe du genre : jeu de simulacres élevé au rang de réalité biologique. Rose ne veut pas devenir un homme à proprement parler : elle souhaite juste vivre avec autant de choix, d’opportunité et avec toutes les facilités que cela comporte, et elle y parvient avec brio. Elle est mari, père, soldat, patron, autant de grands archétypes dont se sert le film pour se jouer de ce que l’on attend d’une femme de son époque et parfois même encore d’aujourd’hui. La femme soldat va incarner toute l’absurdité des normes liées au genre. La famille de Rose est sans doute le point le plus intéressant du film. Son mariage et le désir d’enfant de son épouse offrent un souffle au récit, une véritable présence, mais ce thème est un peu trop vite mis au second plan pour que l’intrigue suive véritablement son cours. Un cours qui est d’ailleurs bien trop balisé, sans grande surprise et d’une linéarité presque excessive. On aurait apprécié plus de digressions, de fioritures, dans un ensemble beaucoup trop sec.
Schleinzer nous présente également un lien intéressant entre Rose et son épouse, un lien important lorsque l’on est opprimé, une solidarité qui rend plus fort. Suzanna est d’abord la femme parfaite, la docile fille de son père, avant de se révéler désireuse de liberté. Traitée comme une commodité par un père qui la voit comme une charge et la vend au premier venu, elle se révèle, in fine, aussi rebelle et vaillante que Rose. Elle trouve dans les mensonges de Rose un échappatoire, une manière de mener sa vie comme elle l’entend mais aussi d’apprendre de son épouse, de connaître le monde à travers elle. Ensemble, elles sont plus à même de survivre dans un environnement aussi hostile que le leur. Le récit met en scène cette solidarité féminine qui se construit doucement plutôt que d’évoquer, de près ou de loin, la moindre once de lesbianisme chez ses personnages, réaffirmant ainsi que leur motivation première demeure la volonté de liberté et d’échapper aux contraintes imposées aux femmes.

- © 2026 Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz /KMBO. Toud droits réservés.
Cette réflexion sur le genre est pertinente et tout à fait entendable, mais elle reste aussi très en surface. On en retient l’idée que le genre est une construction sociale, mais aussi un système de domination, sans que le film n’aille jamais vraiment plus loin. Quand on est déjà familier de ce type d’idées, cela semble un peu simpliste et coupe l’herbe sous le pied du film, dont la subversion apparaît finalement très commune.
En outre, la mise en scène de Schleinzer manque d’éclat pour sortir véritablement du lot, le film produisant assez peu d’images marquantes. Sa narration est également assez inégale : le réalisateur convoque de temps à autre une voix off qui explicite l’action avec lourdeur, puis se retire comme elle est apparue, sans que l’on puisse vraiment y déceler de sens. Le film aurait pu gagner quelques moments de flottement, de respiration entre les personnages, au sein d’une intrigue qui avance souvent trop vite. L’ironie dramatique sur laquelle se base la narration est néanmoins amusante et sert le propos, puisqu’on sait bien que Rose est une femme : les villageois n’en paraissent que plus bêtes et le mariage de Rose plus incongru. On n’est cependant jamais assez proches des personnages, dont les actions glissent un peu trop facilement et pour qui il est ardu de ressentir véritablement de l’empathie. Rose est un film manquant de chaleur, non pas dans son image ou dans son histoire, mais dans son approche, qui nous tient constamment à distance, presque comme effrayé par le mélodrame.
Schleinzer propose donc un film aussi paradoxal que son personnage, entre des évènements étranges et un cadre très cyclique et gris. Il peine à produire des images, des scènes saisissantes, et l’on oublie vite ce que l’on a vu. Si son discours sur le genre est intéressant, il a également déjà été formulé de nombreuses fois et semblera convenu à toutes celles et ceux qui ont déjà eu ce type de réflexion. Il est difficile de trouver beaucoup d’originalité dans ce portrait de travestie, tant il semble déjà vu et déjà écrit, et même si la fascination pour ce type de cas demeure, on ne sort pas du film avec quoi que ce soit de neuf. Rose est ainsi un film aux intentions nobles et à la forme maîtrisée, mais qui n’apporte rien de véritablement nouveau.
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